La France parmi les lieux de travail les plus dangereux de l’UE, selon les chiffres
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La France a le plus grand nombre d’accidents du travail au sein de l’UE et le deuxième plus grand nombre d’accidents mortels. Les chiffres ont été publiés une semaine avant une réunion de l’Organisation internationale du travail, qui s’ouvre lundi.
Selon les chiffres publiés ce mois-ci par l’organisme de surveillance des statistiques de l’UE, Eurostat, en 2020, il y a eu 2,7 millions d’accidents non mortels qui ont entraîné au moins quatre jours civils d’absence du travail et 3 355 accidents mortels dans l’ensemble de l’Union.
Il y a eu 1 444 accidents non mortels pour 100 000 employés dans l’UE. La Roumanie et la Bulgarie ont enregistré le nombre le plus bas, la France et le Danemark, avec plus de 2 500 pour 100 000, le score le plus élevé.
Mais l’agence souligne qu’un faible taux d’incidence « peut refléter un problème de sous-déclaration » tandis qu’un taux élevé pourrait être plus conforme au nombre réel, car des pays comme le Danemark et la France ont « des systèmes de déclaration/reconnaissance bien établis ».

Accidents mortels
Au total, 3 355 employés de l’UE ont trouvé la mort dans une situation liée au travail en 2020. Il s’agit d’une légère diminution par rapport à l’année précédente, mais cela peut s’expliquer par l’impact de la pandémie de Covid qui a contraint de larges segments de la main-d’œuvre de l’UE à rester à la maison.
La France maintient des chiffres élevés en ce qui concerne les accidents mortels. En chiffres absolus, 541 personnes sont décédées alors qu’elles travaillaient dans des entreprises en France. La France n’arrive qu’en deuxième position derrière l’Italie, avec 776 victimes, et est suivie par l’Espagne (392) et l’Allemagne (371).

Les chiffres reflètent la taille des quatre pays les plus peuplés de l’UE. Mais si l’on en vient au taux d’incidence, il semble que Chypre soit le pays le plus dangereux pour travailler, avec quelque 4,5 victimes pour 100 000 travailleurs, suivi de la Bulgarie (3,8) et de l’Italie (3,5). Mais avec un taux d’incidence de 2,5 décès pour 100 000 travailleurs, la France se situe toujours bien au-dessus de la moyenne européenne de 1,8.
Selon l’agence, plus d’un cinquième de tous les accidents mortels au travail dans l’UE ont eu lieu dans le secteur de la construction.
Augmentation des décès annuels
La Confédération européenne des syndicats (CES), qui compte des membres de la plupart des syndicats basés dans l’UE, a publié son propre rapport le 28 octobre, concluant que « les décès au travail continueront de ravager l’Europe pendant près d’une décennie de plus que prévu ». car il note une « augmentation des accidents mortels dans près de la moitié des États membres ».
Les projections basées sur les recherches de l’Etuc soulignent que « les accidents mortels du travail devraient maintenant se poursuivre jusqu’en 2062 sur la base du taux actuel, sept ans de plus que prévu ».
Ce retard est dû à l’augmentation du nombre de décès annuels au travail dans 12 pays entre 2019 et 2020, notamment en Italie (+285), en Espagne (+45) et au Portugal (+27).
La CES, soutenue par des groupes de pression comme Industry All, vise l’éradication complète des décès liés au travail et a publié en mai le manifeste « Zéro mort au travail ».
Pessimiste
Dans l’ensemble, la CES est très pessimiste quant à l’atteinte des objectifs fixés dans son manifeste. Selon les prévisions publiées vendredi dernier, « les décès sur le lieu de travail devraient se poursuivre jusqu’au siècle prochain en Italie ainsi qu’en Hongrie ».
Pour la France et l’Espagne, les perspectives sont encore plus sombres : « selon les tendances actuelles, les décès au travail ne seront jamais éliminés » dans ces deux pays de l’UE, selon le rapport.
La CES prédit que « 25.166 décès supplémentaires sur le lieu de travail » sont à prévoir dans toute l’Europe entre 2021 et 2029 « si les accidents mortels se poursuivent au même rythme qu’au cours de la décennie précédente ».
Droits fondamentaux
Les rapports de la CES et de l’UE sur les accidents du travail ont été publiés une semaine avant une réunion clé de l’Organisation internationale du travail (OIT) à Genève, qui se déroulera du 31 octobre au 10 novembre.
Plus tôt cette année, l’OIT a reconnu un environnement de travail sûr et sain comme un « principe et droit fondamental au travail » et a désigné deux conventions clés liées à la sécurité au travail comme « fondamentales » pour l’organisation.