Il a utilisé des photos de modèles pour attirer ses victimes : un septuagénaire derrière les barreaux pour le viol de trois femmes.
Il se faisait passer pour un mannequin. Du 6 au 15 mai, Jack Sion sera jugé devant les assises de Nice pour le viol de trois femmes. Elle a été initialement condamnée à huit ans de prison, après des années de batailles juridiques concernant la condamnation pour « viol étrange ». Des arguments qui reviendront à ce moment-là en raison de la distorsion du comportement de l’accusé.
En juin 2014, Orianna S., 33 ans, a consulté les profils de nombreux hommes à la recherche d’une partenaire sur un site de rencontre. Une jeune fille de trente ans sort d’une rupture difficile, mais elle croit au prince charmant. Peut-être qu’il le trouvera sur la plateforme. Fatiguée, la jeune fille parcourt son profil, mais personne ne l’aime. Jusqu’à ce que son regard soit attiré par la description : Anthony Laroche, 33 ans, 1,78 m, décorateur d’intérieur à Monaco.
Yeux bleu acier, grande mâchoire, cheveux parfaitement ébouriffés… L’homme a tout ce que le prince charmant a à offrir. Orianna S. intervient et décide d’entamer une conversation. Le destin lui sourit. A ce corps utile, Anthony Laroche ajoute la capacité de négocier, alliée à « la capacité de bien écouter ».
Pendant deux mois, Anthony Laroche appelait Orianna S. tous les jours. Une relation amoureuse platonique naît entre les deux internautes, qui parlent d’art ou d’autres choses légères tout au long de la journée. Pour Orianna, cette relation est trop belle pour être vraie. Il a déclaré aux enquêteurs : « Je lui ai demandé si c’était vraiment lui qui était sur les photos.
Anthony Laroche réussit à gagner la confiance d’Orianna S. Les deux tourtereaux échangent des mots doux pendant deux mois. Pour les trentenaires, quelque chose d’important doit désormais être accompli dans leur relation. Orianna veut rencontrer son beau journaliste. L’homme est d’accord, mais souhaite que la rencontre soit « spéciale ».
Comme Christian Grey, le héros de « 50 nuances de Grey » qui se compare à lui, Anthony Laroche a des « intérêts particuliers ». Pour le décorateur d’intérieur, la première rencontre entre lui et Orianna S. devrait prendre la forme d’un jeu sexuel auquel il faudrait bander les yeux.
Encore une chose : la rencontre aura lieu dans la maison d’Anthony Laroche à Nice. Orianna S. hésite, mais elle ne veut pas « briser » la force de cette relation qu’elle imagine. Il finit par accepter.
Menotté et les yeux bandés
En août 2014, la célèbre Promenade des Anglais à Nice était remplie de touristes face à la mer Méditerranée. Cette carte postale vintage de Nice montre Orianna S. debout devant une belle maison sur une promenade.
Une porte s’ouvre sur un grand bâtiment plongé dans l’ombre. Pour se déplacer, Orianna écoute la voix d’Anthony Laroche qui l’attend dans la chambre. L’homme demande à son succès numérique de se déshabiller et de se bander les yeux. Dans la chambre, il s’attache les deux mains. Une relation sexuelle sans aucune violence commence.
Pendant ce temps, Orianna S. a des doutes sur le corps de son amant. Les doutes se confirment quand Anthony Laroche permet à sa conquête de lui retirer son bandeau. Au bord du lit, pas de belle blonde aux abdominaux ciselés, mais un homme chauve de 68 ans, « pauvre » : Jack Sion.
Orianna S. a la nausée et comprend que la belle décoratrice d’intérieur n’a jamais existé. Il quitte la maison effrayé. En pleurant, il décide de porter plainte à la gendarmerie de Cap-d’Ail.
« Sa plainte lui a été refusée car on lui a dit qu’il l’acceptait. J’ai donc décidé de saisir le procureur de la République de Nice qui a décidé d’ouvrir une enquête », a déclaré sur BFM son avocat, Me Mohamed Maktouf.
L’enquête s’ouvre et révèle l’existence de plusieurs femmes prises dans un réseau initié par Jack Sion en la personne d’Anthony Laroche.
« C’est l’ennemi. »
Au cours de leur enquête, les enquêteurs se sont vite rendu compte que le cas d’Orianna S. n’était pas un cas isolé. Il découvre la personnalité « narcissique » de Jack Sion qui utilise depuis 2009 la fausse identité d’Anthony Laroche sur les réseaux sociaux, où il inclut des photos de la belle marque Marlboro.
Derrière ce faux profil, Jack Sion se connecte avec environ 300 femmes avec qui il passe plusieurs jours. Parmi elles, 24 femmes se seraient rendues au domicile de Jack Sion. Une pièce dans le noir, les yeux bandés… Face aux enquêteurs, ils décrivent les mêmes événements qu’Orianna S. Trois plaintes pour viol seront confirmées.
« Dans le livret, il a inscrit le nom de chaque femme et ses caractéristiques. Cette femme a eu une séparation douloureuse, cette femme, cette femme a un cancer, cette femme, vient de se séparer, c’étaient des personnes faibles qui avaient des problèmes dans la famille… Ils ont joué là-dessus pour tromper », raconte M. Mohamed Maktouf.
« C’est un prédateur. Les femmes ont obéi parce qu’elles pensaient avoir affaire à un bel homme de 37 ans qui voulait rencontrer quelque chose de différent », ajoute-t-elle.
Les failles de la personnalité de Jack Sion sont devenues plus apparentes aux yeux des enquêteurs lors de la fouille des ordinateurs des accusés. De nombreuses photos de femmes nues sur le lit de l’accusé se retrouveront dans la mémoire des matériaux. L’enquête n’indique pas si les femmes ont consenti à être photographiées.
« Je n’ai rien fait d’illégal »
Depuis le début de cette histoire, Jack Sion tient bon. En garde à vue, devant le juge d’instruction et sur le banc des accusés, le gérant septuagénaire l’assure : « Je n’ai rien fait d’illégal ». Une défense qui a fonctionné un temps et qui a suscité beaucoup de polémiques dans l’affaire du « viol étrange ».
En 2014, alors qu’il devait comparaître devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes pour ce triple viol, Jack Sion fit appel de sa cause, insistant sur le fait que les relations sexuelles étaient consensuelles. Une voie profitable, car sa soumission aux assises sera ébranlée.
« Dans cette affaire, c’est l’appelant qui s’est rendu volontairement chez Jack Sion », ont précisé les juges en 2018 qui ont lu l’appel de l’accusé.
« Son avocat a plaidé qu’il avait ‘fait une erreur’ en disant qu’il ne savait pas que ce qu’il faisait était illégal. Face à ce non-lieu injuste pour les victimes, j’ai décidé de me pourvoir en cassation », a déclaré l’avocat d’Orianna S à BFM.
A partir de cette décision, ce sera la première fois en France que se répandra la notion de viol spontané. Cette conception, dont le cas le plus célèbre est celui de Dominique Pélicot, punit tout viol où le consentement a été obtenu par stratagème ou injustement.
Compte tenu des événements répétés initiés par Jack Sion pour attraper les victimes, la Cour de cassation a décidé de saisir la nouvelle opportunité offerte par Internet, réaffirmant le principe du « viol extraordinaire ». Une libération qui conduira Jack Sion à la première peine de huit ans de prison et qui donne confiance aux victimes au début du procès en appel.
« Nous sommes fermes sur l’arrêt de la Cour de cassation de Paris qui lie toutes les juridictions françaises. C’est pour l’honneur des femmes que nous faisons cela, mon client n’a pas oublié la fois où le gendarme a rejeté son pourvoi… », conclut Me Mohamed Maktouf.
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