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France : Comment la chaîne CNews est devenue la bête noire de la police de la pensée française

Depuis plusieurs années, la chaîne d’information française CNews est dans le collimateur des autorités politiques et médiatiques en raison de son positionnement trop à droite. Il est régulièrement accusé de violer l’éthique journalistique au motif qu’il défend des positions idéologiques à contre-courant du ton dominant. À la suite d’une plainte de l’ONG Reporters sans frontières (RSF), le Conseil d’État français a demandé qu’elle soit placée sous contrôle strict, avec toutes les apparences d’une censure.

L’hostilité envers la chaîne de télévision conservatrice tient avant tout à son pedigree. Elle appartient au milliardaire Vincent Bollor, 14e homme le plus riche de France et figure détestée de la gauche française. Issu d’une lignée profondément catholique de marins puis de papetiers bretons, Bollor et sa famille sont aujourd’hui à la tête d’un immense empire médiatique, propriétaire des groupes Vivendi et Lagardre, qui contrôlent à eux deux certaines des sociétés de médias les plus célèbres de France, dont Canal+. chaîne, l’agence de communication HAVAS, la plateforme web Dailymotion, la Paris-Match journal, la radio Europe 1, et bien d’autres. Les agissements de la famille Bollor sont régulièrement scrutés par la presse de gauche, qui s’offusque du fait que cette dynastie très soudée s’entête à fonctionner comme un clan breton traditionnel cimenté par sa foi catholique. Vincent Bollor est également connu pour soutenir, souvent discrètement, toutes sortes d’associations caritatives.

Une pépite dans le portefeuille bien garni de la famille Bollor est CNews. Chaîne d’information en continu fondée en 1999 et initialement connue sous le nom d’I-Tl, elle a connu un nouveau souffle suite à son rachat par Bollor en 2016, qui lui a donné son nouveau nom et l’a doté d’une stratégie offensive pour conquérir une part de l’audience française délaissée par les grands médias publics en adoptant une ligne conservatrice. Bientôt baptisée Fox News française, elle réussit le tour de force de devenir la première chaîne de France en termes d’audience en 2023, devant sa rivale bien plus politiquement correcte, BFM TV. À l’heure où les grands médias façonnent l’opinion publique, leur slogan est en soi un programme politique : La libert d’expression n’a jamais fait autant parler. (La liberté d’expression n’a jamais fait autant l’actualité.)

Sans surprise, avec son palmarès et ses performances, CNews est une grande source d’agacement et de mécontentement en haut lieu. Dans le paysage audiovisuel français, la chaîne se démarque en proposant des programmes animés par des chroniqueurs aux fortes personnalités qui osent utiliser les mots pour bousculer le consensus autoritaire des bien-pensance distillée par les médias publics, notamment sur les épineuses questions de l’insécurité et de l’immigration.

En 2019, Eric Zemmour arrive sur la chaîne d’information française pour prendre le créneau de 19 heures, dans une émission qui ne tardera pas à connaître un succès fulgurant : Face l’info, présentée par une jeune et talentueuse journaliste guadeloupéenne, Christine Kelly. L’audience n’a cessé de grimper, atteignant 1 million de téléspectateurs en novembre 2020.

CNews a joué un rôle déterminant dans le développement de la personnalité politique de Zemmour. Fort de sa popularité médiatique, il décide de franchir le pas et de se présenter à la présidentielle de 2022. La gauche n’est pas près de pardonner au média Bollor d’avoir servi de tremplin à la candidature du plus célèbre chroniqueur de droite français.

Le succès de Zemmour sur CNews a été le catalyseur de la première vague d’attaques sur la chaîne. A l’heure où sa candidature à l’élection présidentielle n’était pas encore officielle, la première question était de savoir s’il devait rester à l’antenne. Son discours peut-il être considéré comme celui d’un simple chroniqueur ? Avec son programme d’une heure chaque jour en prime time, n’a-t-il pas bénéficié d’une caisse de résonance exceptionnelle dont étaient privés les autres candidats ? En septembre 2021, il est invité par le CSA (Conseil suprieur de l’Audiovisuel ou Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) à se retirer de Face l’info.

Une fois la page Zemmour tournée, il ne revient plus sur la chaîne en tant que chroniqueur, mais comme l’un des nombreux invités politiques, l’attention des autorités sur CNews ne faiblit pas. La chaîne s’est retrouvée durablement dans le viseur du régulateur public. Les propos tenus sur ses programmes, qu’ils soient par des chroniqueurs ou des invités en plateau, étaient sévèrement scrutés et donnaient régulièrement lieu à des réprimandes. Qu’il s’agisse de la Seconde Guerre mondiale ou du COVID, l’obsession du politiquement correct offre de nombreuses occasions de traquer tout commentaire prétendument déviant encouragé par la chaîne d’information.

Rima Abdul-Malak, ancienne ministre de la culture du gouvernement de Lisabeth Borne, a pris en aversion CNews et a eu du mal à accepter le fait que c’est encore un lieu où une parole libre et iconoclaste peut s’épanouir. Dans deux entretiens successifs, d’abord avec le journal Le Parisien puis dans les colonnes de Le Mondeelle s’en est directement prise à la chaîne et à l’un de ses programmes grand public à succès, le talk-show Touche pas mon poste, menaçant de faire pression sur la justice et l’ARCOM (l’organisme de contrôle qui a depuis succédé au CSA) pour qu’ils ne renouvellent pas la diffusion de la chaîne. licence : Lorsque nous arriverons, en 2025, au moment de l’analyse de leur bilan pour le renouvellement de leurs licences de diffusion, l’ARCOM saura regarder comment ils ont respecté ces obligations.

Le groupe Vivendi, propriétaire de la chaîne, s’est, à juste titre, indigné que la ministre de la Culture assume si ouvertement qu’elle voulait poser des limites à la liberté d’expression. Sans surprise, les députés de gauche ont apporté leur soutien à la ministre, tandis que les députés de droite lui ont reproché de s’être clairement retiré de son rôle. Depuis l’incident, la ministre de la Culture a quitté son poste, mais l’épée de Damoclès qui pèse sur la tête de CNews, c’est le non-renouvellement de ses licences de diffusion.

La pression constante et insistante exercée sur CNEWS n’a pas empêché la chaîne de poursuivre son inexorable progression. La vérité est que la chaîne Bollor est l’un des rares espaces médiatiques accessibles au public où un discours alternatif au récit dominant est autorisé. Il présente une série de chroniqueurs et de journalistes de divers organes de la droite conservatrice, parmi lesquels des catholiques : la journaliste Gabrielle Cluzel, rédactrice en chef du site d’information. Boulevard Voltaire; le journaliste Aymeric Pourbaix, responsable du magazine France Catholique; Alice Cordier, militante féministe identitaire ; Charlotte d’Ornellas, ancienne journaliste de Valeurs Actuelles … ces gens qu’on ne retrouve sur aucune autre chaîne du paysage médiatique français. La chaîne comble un vide qu’aucun autre média audiovisuel n’est disposé à combler : celui d’un point de vue de droite décomplexé sur les questions d’autorité, de sécurité, d’immigration, d’histoire ou de foi, ignorant les barrières érigées entre eux par la droite. les partis ou les cordons sanitaires du système pour laisser libre cours à toutes sortes de figures politiquement incorrectes.

En décembre 2023, CNews devient la première chaîne d’information continue, dépassant sa rivale BFM TV, fidèle caisse de résonance de la pensée officielle promue par le régime d’Emmanuel Macron. Il semblait inévitable que la chaîne doive tôt ou tard payer pour son audace et son succès.

L’attaque émane de l’ONG Reporters sans frontières, censée promouvoir et défendre la liberté d’informer et d’être informé dans le monde, selon son site officiel. Estimant que la chaîne CNews était devenue un média d’opinion, l’ONG a déposé un recours auprès du Conseil d’État, l’une des plus hautes instances judiciaires de France, chargée de juger les litiges entre les citoyens et l’administration. Mardi 13 février, le Conseil d’Etat a rendu un avis ordonnant à l’ARCOM de renforcer son contrôle sur CNews, et de veiller dans un délai de six mois à ce que CNews respecte ses obligations en matière de pluralisme et d’indépendance de l’information. Le secrétaire général de l’ONG, Christophe Deloire, a salué cette décision historique pour la démocratie et le journalisme.

Depuis la publication du communiqué du Conseil d’Etat, une tornade s’est réveillée. La décision a suscité l’étonnement et l’indignation d’une grande partie de l’opinion française, non seulement de droite au sens le plus large du terme, mais bien au-delà, car elle a mis en lumière ce que toute personne honnête soupçonnait depuis des années : le poids de la censure. et la police de la pensée sur toute possibilité d’expression d’opinions alternatives à droite dans l’espace public et médiatique français.

Le Conseil d’Etat a expliqué que le régulateur des médias devra non seulement contrôler le temps de parole des personnalités politiques invitées à apparaître sur la chaîne, ce qui est déjà le cas, mais devra également contrôler les conditions globales de fonctionnement de CNews et les caractéristiques de sa programmation. Il s’agira désormais de constituer des fichiers sur les journalistes, contributeurs et chroniqueurs politiques afin de déterminer à quel camp ils appartiennent et, le cas échéant, de les empêcher de s’exprimer, alors même que CNews est une chaîne privée.

Ces actions (l’État qui enregistre les opinions des journalistes, contrôle ce qu’ils disent, la censure) ne se déroulent pas dans la Russie de Vladimir Poutine, mais dans la France d’Emmanuel Macron. Et cette fois, la censure n’est même plus masquée, mais avance ouvertement, par l’intermédiaire d’un tribunal d’État.

En ce début d’année 2024, la police de la pensée française est-elle allée trop loin, au risque de susciter la profonde hostilité d’un public qui, après plusieurs années de fréquentation de CNews, a pris goût à la liberté de pensée ? Au pays de Beaumarchais, il convient de retenir les paroles du barbier Figaro, devenues depuis la devise du journal du même nom : Sans liberté de critiquer, il n’y a pas d’éloge flatteur. (Sans la libert de blmer, il nest point dloge flatteur.)

Dans une prochaine analyse, nous examinerons les réactions à l’imposition de cette tutelle sur CNews et les bouleversements politiques qu’elle a provoqués.

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