Logement, alimentation, asile : les primo-arrivants en Ile-de-France ont besoin d’informations
Les migrants qui viennent d’arriver à Paris n’ont souvent pas accès à des informations vitales, selon une nouvelle enquête. Les causes : la précarité des conditions de vie, la barrière de la langue et l’analphabétisme.
Où puis-je trouver un abri et un repas chaud ? Où puis-je prendre une douche ? Comment puis-je demander l’asile en France ? Les réponses à des questions clés comme celles-ci sont difficiles à trouver pour de nombreux migrants et réfugiés lorsqu’ils arrivent dans la région métropolitaine de Paris, selon une nouvelle étude publiée par France Terre d’Asile, Watizat et Action contre la Faim ce mois-ci.
Il est basé sur des entretiens avec 135 personnes – des réfugiés, des demandeurs d’asile et des personnes attendant de déposer une demande d’asile.
L’article explore pourquoi les réfugiés et les migrants en France n’ont pas accès à l’information, quelles en sont les conséquences et ce qui pourrait être fait pour améliorer la situation.
InfoMigrants s’est entretenu avec La Richardot, chef de projet à l’Action contre la Faim, à propos de l’étude.
InfoMigrants : De quel type d’informations parle-t-on dans l’enquête ?
La Richardot : Ces informations sont liées aux nécessités (nourriture, hygiène, santé, logement, etc.), et aux informations liées au dépôt d’une demande d’asile.
Certaines informations sont extrêmement difficiles à comprendre pour les migrants. Par exemple, concernant le système de santé, les personnes exilées doivent respecter un délai de carence de trois mois entre leur arrivée sur le territoire français et le début de la Protection Maladie Universelle (PUMA). [Editor’s note: PUMA allows an asylum seeker, as well as his or her family, to receive medical care free of charge.]
Pendant cette période de trois mois, les exilés ne peuvent bénéficier que de permanences téléphoniques d’accès aux soins (PASS), mais ces services sont saturés, compliqués d’accès et il n’y a souvent pas d’interprète présent sur place. [Editor’s note: Located in public hospitals, these hotlines are for people without any health coverage, including undocumented migrants. You can find more information in this article: PASS: medical centers to treat the « invisible ».]
Soins de santé, alimentation : moins d’un nouveau migrant sur quatre sait où obtenir de l’aide
Seuls 18 % des migrants interrogés dans notre enquête déclarent avoir reçu des informations sur les services de santé à Paris dans la première semaine de leur arrivée. Pourtant, un grand nombre d’exilés arrivent en France dans un mauvais état de santé.
Il y a d’autres exemples. Les informations de base telles que les sites et les horaires de distribution alimentaire à Paris sont difficiles à obtenir pour les nouveaux arrivants. Les exilés restent souvent sans manger, car ils ne savent pas que des associations distribuent des repas dans des endroits à travers la ville.
Dans notre enquête, seulement 22 % des personnes interrogées avaient connaissance d’une distribution alimentaire suite à leur arrivée en Ile-de-France. La portion restante a passé sa première semaine sans savoir où aller pour se restaurer.
Comment les migrants s’informent-ils ?
Nous avons remarqué que les nouveaux arrivants se réfèrent en grande partie à leur communauté. Ce terme est large : la communauté peut être constituée de membres de la famille, de personnes avec lesquelles ils ont effectué le parcours migratoire, d’individus de la même nationalité ou qui parlent la même langue. Ce sont des gens qui, en général, partagent les mêmes conditions de vie qu’eux.

Alors il y a 115 [editor’s note: the emergency call service, usually used for accommodation requests]. Cette ressource est largement utilisée, notamment par les familles. Des auditeurs du 115 renseignent, orientent, tantôt sur l’accueil de jour, tantôt sur les démarches pour déposer une demande d’asile, etc. Il est plus simple, pour les exilés, d’appeler le 115 que d’essayer de trouver la réponse à une question sur internet [editor’s note: even if it is not uncommon for the waiting time for this help service to be up to two hours and 30 minutes]. Le 115 est bien connu, les migrants en ont parfois entendu parler avant leur arrivée en France.
Enfin, il y a ceux qui font ce qu’on appelle « l’aller », ce sont les ONG et associations qui se déplacent pour aller à la rencontre des exilés dans les lieux où ils vivent.
Informations souvent uniquement en français et sous forme écrite
Quels sont les obstacles à l’accès à l’information pour les nouveaux arrivants?
Les conditions de vie précaires des personnes exilées en Ile-de-France sont une cause importante de ce manque d’accès. Être en situation de précarité limite l’accès à l’information, car se déplacer d’un logement à l’autre demande beaucoup d’énergie. Lorsque vous ne savez pas où vous allez passer la nuit le soir même ou le lendemain, cela vous empêche d’entreprendre d’autres démarches comme celle de vous renseigner sur les modalités d’une demande d’asile. Les migrants à la rue peuvent aussi avoir des contraintes techniques (téléphone non déchargé, manque d’accès à Internet, etc.).
La barrière de la langue est, bien sûr, un autre obstacle. Sur les réseaux sociaux, par exemple, très peu d’informations sont disponibles dans les langues parlées par les exilés.

Cette enquête nous a également permis d’identifier un autre facteur que nous n’avions pas forcément mis en évidence jusqu’à présent : l’analphabétisme.
Parmi l’échantillon de population, 30 % des personnes ne savent ni lire ni écrire. Ils viennent majoritairement de Côte d’Ivoire et, dans une moindre mesure, d’Afghanistan [editor’s note: the proportion of people with a limited command of French was around 51%]. Malgré cela, la quasi-totalité des informations délivrées par l’Etat sur la procédure d’asile est présentée en version papier.
Tous ces obstacles ont des conséquences concrètes pour la population migrante. Cela rend leurs conditions de vie encore plus compliquées car, par exemple, ils n’ont pas un accès immédiat aux services de santé de base.
Cela a également un impact sur leur demande d’asile elle-même. Nous avons recueilli de nombreux témoignages de personnes qui disent : « Pour l’instant, je cherche juste de la nourriture et un toit au-dessus de ma tête, et après je demanderai l’asile. Cependant, il existe un délai pour déposer une demande d’asile : il est de 90 jours après l’arrivée sur le territoire français. Passé ce délai, le migrant passe en procédure accélérée, une procédure plus courte que la procédure de demande d’asile traditionnelle et qui n’inclut pas nécessairement les mêmes droits en matière d’hébergement.
Recommandations : Médiateurs culturels, centres d’information, information vidéo et audio
Quelles sont vos recommandations pour améliorer la situation ?
Pour répondre au problème de l’analphabétisme, nous pensons qu’il faut produire des guides pour les nouveaux arrivants en développant d’autres formats que l’écrit. La population interrogée nous a donné des retours positifs concernant les contenus vidéo, audio ou réseaux sociaux, avec par exemple des pictogrammes. Cela pourrait être une piste.
Il faudrait aussi développer davantage de relais communautaires, comme des médiateurs qui parlent leur langue et qui ont vécu des situations d’exil similaires. Celle-ci pourrait travailler en collaboration avec les associations, afin de rendre l’information plus fiable et plus claire.
Il serait également intéressant d’avoir des points d’information à l’arrivée de ces personnes. [Editor’s note: In Paris, many refugees and migrants first arrive at Gare du Nord.] Il est facile d’imaginer une sorte de point d’accueil avec des informations clés sur l’hébergement, la localisation des centres de jour ou encore l’accès à la nourriture. Cela a été fait lors de l’arrivée des réfugiés ukrainiens dans les gares françaises et il faudrait s’inspirer de cette bonne pratique pour l’étendre à tous les exilés.
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