Messe en hommage au maréchal Pétain : une amende de 5 000 euros requise pour l’organisateur

Une amende de 5.000 euros a été demandée mercredi 4 mars à Verdun contre ceux qui ont organisé la folie du hommage à Philippe Pétain, accusé d’avoir « défendu le public dans une série de crimes contre l’humanité » pour avoir affirmé que le chef du gouvernement de Vichy « avait sauvé » les Juifs.

A l’issue des débats, le tribunal de première instance a réservé sa décision au 20 mai, à 14 heures.

En tête, Jacques Boncompain, président de l’Association pour la protection de la mémoire du maréchal Pétain (ADMP), a insisté sur le caractère « insupportable » de ces appels, selon lui. « Rendez-moi ma dignité ! », a déclaré l’accusé aux cheveux blancs, âgé de 84 ans, au jury.

« Le plus grand ministre français du XXe siècle »

Le 15 novembre, à l’issue de la messe organisée pour rendre hommage au maréchal Pétain en l’église de Verdun, il le qualifie de « plus grand ouvrier français du XXe siècle ».

L’événement a rassemblé une centaine de manifestants venus s’opposer à la taxe, ainsi que de nombreux journalistes dont les caméras ont enregistré l’opposition. Durant la Seconde Guerre mondiale, Pétain « a sauvé, en présence de témoins je peux dire, au moins 700 000 Juifs », a annoncé le vieil homme, selon une vidéo publiée en ligne par le journal. Est républicain.

S’opposant à « l’apparence de négation et de révision de l’histoire et des crimes », la procureure Delphine Moncuit a estimé que M. Boncompain voulait remettre en cause « la vérité établie de l’histoire et du droit » afin de « soustraire le régime de Vichy » de sa mission d’expulsion des juifs de France.

Compte tenu des antécédents criminels de l’accusé, de son âge avancé, de sa maladie et de l’expertise psychiatrique qui a montré « une altération de sa cognition », il a requis une amende de 5 000 euros.

Pendant quatre heures, de nombreuses disputes historiques ont eu lieu au tribunal nommé Georges Blume, du nom d’un greffier né à Verdun et décédé après avoir été expulsé du pays en 1944, selon ce qu’a plaidé Me Julien Bensimhon, avocat à la Licra et à l’Observatoire juif de France.

Ni M. Boncompain ni les deux témoins cités par la défense n’ont nié ou contesté ces allégations. Au contraire, ils les ont justifiés, citant des historiens qui soutiennent la thèse selon laquelle Philippe Pétain « a protégé les juifs de France ». Une vision sans fondement, selon de nombreux autres historiens.

« Le fascisme arrive »

« Si on dit que 700.000 Juifs ont été sauvés, on nie l’existence de 80.000 » morts pendant la Seconde Guerre mondiale, a souligné Me Bensimhon, qui a demandé au tribunal de « donner l’exemple », alors que l’antisémitisme augmente et que « les derniers survivants de la Shoah meurent ».

« Le fascisme arrive » en Europe et en France, a ajouté Emmanuel Ludot, avocat des enfants déportés, accusé de « surfer sur (cette) vague ».

« Les forces de sécurité nient la réalité », a déploré Me Pierre Brunisso, représentant de la Ligue des droits de l’Homme.

Pour sa défense, Me Frédéric Pichon l’a regretté : pour lui, « l’ancien homme leucémique » a été « traîné » au tribunal devant « une foule de partis complotistes venus toucher le jackpot ».

« Personne ne s’oppose à la Shoah » ni à tous les crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale, a insisté l’avocat, qui « n’a rien à redire sur cet homme, qui n’était pas attiré par l’extrême droite » et s’est intéressé à Pétain « dans les dix dernières années de sa vie ».

Salué comme le « vainqueur » de la bataille symbolique de Verdun en 1916, Philippe Pétain prend ses fonctions en 1940 à la tête du gouvernement de Vichy allié à l’Allemagne nazie. Il fut tenu à l’honneur national en 1945 et condamné à mort, peine commuée en réclusion pour le général de Gaulle. Il meurt en prison à l’île d’Yeu en 1951.

L’article original a été publié sur BFMTV.com

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