La réforme des retraites en France pose à Macron son plus grand défi à ce jour

Le président français Emmanuel Macron a décidé d’aller de l’avant avec l’initiative la plus impopulaire qu’il ait entreprise depuis son arrivée au pouvoir en 2017 : la réforme des retraites. Après avoir suspendu le plan en 2020 face aux protestations généralisées, le gouvernement français a admis le projet de réforme pour débat lundi, par lequel l’âge de la retraite en France sera relevé à 64 ans de 62 d’ici 2030 et l’exigence pour les travailleurs d’avoir cotisé une minimum de 43 ans de cotisations à la sécurité sociale pour avoir droit à une pension complète de l’État sera avancé de huit ans jusqu’en 2027.

La proposition de Macron s’est heurtée à une large opposition sociale. Selon un sondage Ifop, 68% des Français sont contre la réforme. Jeudi dernier, alors que Macron était à Barcelone pour signer un traité d’amitié avec le Premier ministre espagnol Pedro Snchez, plus d’un million de manifestants sont descendus dans les rues de France. Les grèves et les manifestations ont mis en évidence le schisme entre Macron et l’électorat sur la question, que paradoxalement, le président français pourrait être en mesure de recueillir suffisamment de voix au parlement pour adopter.

Bien qu’il ait perdu sa majorité absolue au parlement lors des élections législatives de juin dernier, le parti centriste Renaissance de Macron est convaincu de pouvoir compter sur le soutien des Républicains libéraux-conservateurs (LR). S’il ne parvenait pas à obtenir suffisamment de voix de la part de LR, le gouvernement pourrait opter pour la voie des décrets, ce qui risquerait d’aggraver le mécontentement social. S’opposent au plan l’ensemble du bloc de gauche et la droite dure de Marine Le Pen, ainsi que les syndicats dont la CFDT modérée, la plus importante de France en termes d’adhérents et généralement conciliante envers Macron.

Les travailleurs des transports tiennent une banderole sur laquelle on peut lire
Les travailleurs des transports tiennent une banderole sur laquelle on peut lire « l’atelier TGV Paris Sud-Est en grève » lors d’une manifestation appelée par les syndicats français devant la gare de Lyon, à Paris, le 19 janvier 2023.STÉPHANE DE SAKUTIN (AFP)

A l’issue de la session parlementaire de lundi, le ministre du Travail Olivier Dussopt a déclaré que le gouvernement chercherait à maintenir deux points clés de la réforme des retraites : le relèvement de l’âge de la retraite à 64 ans et l’exigence de 43 ans de cotisations. Cependant, Dussopt a ajouté qu’il restait ouvert à des améliorations du projet de proposition au cours du processus parlementaire. S’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe avec le chancelier allemand Olaf Scholz dimanche dernier, Macron a déclaré que le gouvernement devait être autorisé à travailler avec le Parlement pour faire avancer le pays. Le message du président était clair : quoi que puisse ressentir le personnel français, cette réforme est une initiative fondamentale du second et dernier mandat de Macron, et bien qu’il soit ouvert à la discussion sur les modifications, il ne cédera pas aux pressions pour mettre le projet de côté.

Au-delà du raisonnement financier de la réforme, c’est une question de crédibilité : Macron est arrivé au pouvoir il y a près de six ans en promettant de transformer la France économiquement, et son héritage présidentiel dépendra de sa réussite dans cet objectif. Après avoir fait passer les réformes du marché du travail, des chemins de fer publics et de l’impôt sur la fortune lors de son premier mandat, il a choisi de reporter la réforme des retraites en 2020 alors qu’elle était sur le point d’être approuvée, lors du premier verrouillage du coronavirus en France. Lors de sa campagne pour les élections présidentielles de 2022, il s’est engagé à s’attaquer à la mère de toutes les réformes s’il était réélu.

Les opposants à la réforme accusent Macron d’éroder l’État-providence français avec des politiques néolibérales. Ils soulignent que, selon un rapport officiel, en 2021, le système de retraite avait un excédent de 900 millions et en 2022, ce chiffre était de 3,2 milliards, bien que le même rapport note également qu’il sera déficitaire pendant les 25 prochaines années. L’étude souligne également que la réforme pénalisera les personnes sans formation supérieure qui sont entrées plus jeunes sur le marché du travail et, souvent, dans des emplois précaires qui entraînent une usure physique.

Les partisans de l’initiative affirment que davantage de travail est nécessaire pour rendre ce pilier de la protection sociale viable dans le contexte d’une population vieillissante, et affirment que la réforme proposée par Macron est une option préférable à une augmentation des impôts pour financer le système ou à une réduction des retraites. Selon leurs chiffres, en 2002, pour chaque retraité, il y avait deux actifs cotisant à la sécurité sociale. En 2022, ce chiffre était de 1,7 ; en 2030, il sera de 1,6 et en 2040, de 1,5. Ils affirment que selon leur proposition, les livres seront équilibrés d’ici 2030, tout en notant également que l’âge de la retraite dans la plupart des pays européens est déjà supérieur à 64 ans.

Les manifestations du jeudi ont été parmi les plus importantes observées en France ces dernières décennies et ont donné une idée de l’ampleur du rejet public de la réforme des retraites. En France, dès qu’on touche à ce qui a été le fondement de nos sociétés dans l’après-guerre, comme l’État-providence et le progrès social, il y a un tollé, a déclaré vendredi à la presse Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale de l’institut de sondage BVA France. En matière de retraite, vous touchez quelque chose d’intime aux Français : leur équilibre de vie, leur portefeuille et leurs projets d’avenir.

Reste maintenant à savoir si la pression sociale sera maintenue. Une deuxième série de grèves et de manifestations est prévue pour le 31 janvier et fournira une mesure du sentiment public. La question est alors de savoir si, si les protestations s’accélèrent, Macron sera contraint de faire marche arrière.

Zulfikarpasic estime que même si le mécontentement du public pourrait forcer Macron à édulcorer sa réforme, le président français ne cédera pas entièrement. Je me trompe peut-être, dit-elle, mais j’ai l’impression que le plus important pour lui est de pouvoir faire passer cette réforme. Il n’a pas à se représenter et c’est quelque chose qu’il veut inscrire à la fin de son mandat. je suis un réformateur; J’ai fait la réforme des retraites.

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