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La France envisage de révoquer la citoyenneté de son lieu de naissance sur son île de Mayotte, dans l’océan Indien.

Les autorités françaises ont annoncé dimanche un projet controversé visant à modifier la Constitution afin de révoquer la citoyenneté de son lieu de naissance sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien, aux prises avec des troubles sociaux et une crise migratoire paralysante.

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La France accorde actuellement la citoyenneté en fonction de la lignée et du lieu de naissance, et cette proposition risque d’accroître encore les tensions en France suite à l’adoption d’une nouvelle loi stricte sur l’immigration.

Alors que la gauche a dénoncé ce nouveau plan comme une nouvelle attaque contre les valeurs françaises, certains militants locaux à Mayotte l’ont salué, et les dirigeants politiques de droite et d’extrême droite ont rapidement suggéré qu’il soit appliqué à l’ensemble de la France.

La réforme a été annoncée dimanche par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin après son arrivée sur l’île, le département le plus pauvre du pays, après trois semaines de manifestations.

A Mamoudzou, la capitale de Mayotte, plusieurs centaines de manifestants ont accueilli Darmanin et son entourage avec des huées et des cris de « Mayotte est en colère ».

Mayotte est composée de deux îles qui ont voté pour rester partie de la France en 1973. Les autres îles de l’archipel à majorité musulmane environnante ont cherché leur indépendance et sont devenues les îles Comores.

« Nous allons prendre une décision radicale », a déclaré Darmanin.

« Il ne sera plus possible de devenir Français si l’on n’est pas l’enfant d’un parent français », a-t-il déclaré. Cette mesure réduirait « l’attractivité » de l’archipel pour les candidats à l’immigration, a-t-il déclaré.

« C’est une mesure extrêmement forte, claire, radicale, qui sera évidemment limitée à l’archipel de Mayotte », a précisé Darmanin.

La droite accueille favorablement cette mesure

Boris Vallaud, chef des socialistes à l’Assemblée nationale, a déclaré qu’ils s’opposeraient à la révision de la constitution. « La citoyenneté de naissance n’est pas négociable », a-t-il déclaré à la chaîne France 3.

Manon Aubry, du parti d’extrême gauche La France Insoumise (LFI), a dénoncé cette décision.

L’administration du président français Emmanuel Macron « s’attaque au concept même de nationalité, fondement de la République », a-t-elle écrit sur X, anciennement Twitter.

Le groupe français SOS Racisme a également dénoncé ce qu’il appelle « une remise en cause particulièrement spectaculaire du principe d’égalité ».

« Si cette disposition est adoptée et si Marine Le Pen arrive au pouvoir, ce sera la fin de la citoyenneté de droit en France », a déclaré sur BFMTV le député centriste Aurélien Taché.

Mais Eric Ciotti, chef du parti de droite Les Républicains, a accueilli favorablement la réforme proposée par Darmanin, tout en déplorant qu’elle n’aille pas assez loin.

« Ce qui se passe à Mayotte risque de toucher demain la France métropolitaine », a-t-il posté sur X, anciennement Twitter. La mesure devrait être appliquée sur l’ensemble du territoire français, a-t-il ajouté.

Sébastien Chenu, porte-parole du Rassemblement national d’extrême droite de Le Pen, a adopté une position similaire.

« Beaucoup de temps a été perdu pour arriver à cette conclusion que la suppression du droit du sol, non seulement à Mayotte mais partout en France, est non seulement nécessaire mais possible », a-t-il déclaré sur Europe 1. Cela pourrait être réalisé par un référendum et une révision de la constitution, a ajouté Chenu.

La nièce de Le Pen, Marion Maréchal du groupe d’extrême droite « Reconquête », a également salué cette annonce.

« Bravo d’avoir enfin reconnu des preuves qui auraient dû être mises sur la table depuis maintenant plus de dix ans », a-t-elle déclaré sur la chaîne BFMTV. Elle a elle aussi soutenu que la mesure pourrait être étendue à toute la France.

« Ne changera pas des vies »

Mayotte, située au nord-ouest de Madagascar, est devenue un département français à part entière en 2011.

Des milliers de Comoriens fuyant la pauvreté et la corruption se rendent chaque année à Mayotte à la recherche d’un niveau de vie plus élevé.

Cet afflux a provoqué des tensions majeures, de nombreux habitants de Mayotte se plaignant de la criminalité et de la pauvreté. Il y a eu des semaines de protestation contre l’insécurité et la crise migratoire. Une crise de l’eau qui dure depuis plusieurs mois a exacerbé les tensions.

En savoir plusL’accès à l’eau potable, un combat dans le territoire français d’outre-mer Mayotte

Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), cette île de 375 kilomètres carrés abrite environ 310 000 habitants, mais les autorités estiment que ce chiffre est sérieusement sous-estimé.

Plus de 40 pour cent des insulaires survivent avec moins de 160 euros par mois, selon l’Insee. Près de la moitié des habitants de l’île n’ont pas la nationalité française.

Les titres de séjour délivrés aux étrangers à Mayotte ne sont valables que pour l’île et ne peuvent pas être utilisés pour voyager en France métropolitaine. La suppression de ce système est l’une des principales revendications des manifestants.

Darmanin a déclaré que les autorités aboliraient cette mesure dans le cadre de la réforme, ce que certains manifestants ont salué.

La France accorde la citoyenneté en fonction de la lignée et du lieu de naissance, bien que la législation sur le « jus soli » ait été massivement renforcée au fil des ans.

En décembre, le Parlement français a adopté un projet de loi sévère sur l’immigration, adopté sous la pression de la droite.

En janvier, la plus haute autorité constitutionnelle française a censuré des ajouts controversés faits sur l’insistance de la droite.

(AFP)

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