En ce qui concerne la Chine, la France envisage de filtrer les investissements étrangers dans le secteur des matières premières
La portée du contrôle des investissements étrangers français sera élargie à l’extraction et à la transformation des matières premières critiques, a annoncé jeudi 24 août le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, faisant apparemment référence au quasi-monopole chinois dans ce secteur.
Cette décision s’inscrit dans le cadre des intentions plus larges du ministre de renforcer la souveraineté et l’indépendance industrielles de la France et de devenir la première économie verte de l’UE d’ici 2040, a-t-il déclaré dans un discours exposant les priorités économiques de l’année.
« Nous élargirons les secteurs qui entrent dans le champ des contrôles, notamment les activités d’extraction et de transformation des matières premières critiques », a annoncé Le Maire.
Le plus grand scandale du pays des trente dernières années est la désindustrialisation, a-t-il affirmé, s’engageant à ramener l’industrie à 15 % du PIB français dans les 15 prochaines années.
Une façon d’y parvenir est de protéger les intérêts stratégiques et, à terme, d’intensifier le contrôle des investissements étrangers dans les secteurs économiques jugés décisifs pour la souveraineté et le secteur industriel de notre pays, a ajouté le ministre.
Les intentions de la France
Le Maire a annoncé qu’il étudierait la possibilité d’élargir la portée de la législation existante sur le contrôle des investissements étrangers pour inclure les sociétés de pays tiers spécialisées dans l’extraction et la transformation de matières premières critiques (CRM).
Les succursales françaises de sociétés étrangères ayant parfois été utilisées pour contourner les obligations de notification, elles tomberont également sous le coup de la législation.
La France a adopté une loi en 2019 pour filtrer plus efficacement les investissements étrangers dans les secteurs économiques jugés essentiels à l’ordre public, à la sécurité nationale et à la défense. Lorsque des restrictions s’appliquent, les flux d’investissement doivent d’abord être approuvés par le ministère de l’Économie.
Les secteurs les plus surveillés comprennent l’IA, le stockage des énergies renouvelables (y compris les batteries), les biotechnologies et les semi-conducteurs.
Dans le contexte de la pandémie, le seuil au-delà duquel un investisseur étranger doit acquérir des actions de sociétés cotées françaises doit être approuvé par le ministère a été réduit par décret de 25 % du total des actions à 10 %.
Cette règle doit rester en vigueur, a confirmé jeudi Le Maire.
Contre la Chine
Il ne l’a peut-être pas dit explicitement dans son discours, mais la décision du ministre de cibler les sociétés minières des MRC s’aligne sur les efforts de l’UE pour sécuriser l’approvisionnement et la production de matières premières au niveau national et assurer une certaine forme d’indépendance dans un secteur largement dominé par la Chine.
Selon un rapport de l’Institut allemand de recherche économique (DIW), l’UE dépend actuellement à 100 % de fournisseurs étrangers pour 14 des 27 matières premières critiques et à 95 % de trois autres matières premières critiques.
La plupart des importations proviennent de Chine, qui détient un quasi-monopole en matière d’extraction et de transformation de nombreuses matières premières essentielles. Par exemple, l’UE importe 93 % de son magnésium et 86 % de ses métaux des terres rares de Chine.
La Chine domine même dans la transformation d’un grand nombre de ces matières premières, même si elle ne les exploite pas. Par exemple, alors que seulement 9 % du lithium mondial est extrait en Chine, environ 60 % y est raffiné.
En juillet, l’annonce par la Chine d’imposer des restrictions à l’exportation sur le gallium et le germanium, deux matériaux nécessaires aux puces informatiques à grande vitesse et aux véhicules électriques, avait une fois de plus souligné les vulnérabilités de l’UE et sa dépendance à l’égard de pays tiers pour les matériaux nécessaires à toute transition verte significative.
La Chine investit déjà dans différents secteurs en France, mais pas dans le secteur minier. En mai, le chinois XTC, spécialisé dans la fabrication de batteries, a annoncé qu’il investirait 1,5 milliard dans une joint-venture avec le magnat du nucléaire français Orano pour un site de production de batteries à Dunkerque.
Promouvoir l’indépendance de l’UE
En mars, la Commission européenne a dévoilé sa loi sur les matières premières critiques (CRMA), fixant des objectifs pour la production, le raffinage et le recyclage de matières premières clés dans l’UE et cherchant à se dissocier de ses homologues chinois.
Une dépendance excessive à l’égard de fournisseurs uniques pourrait perturber des chaînes d’approvisionnement entières, d’autant plus que les restrictions à l’exportation et autres mesures restrictives pour le commerce sont de plus en plus utilisées dans un contexte de concurrence mondiale qui s’intensifie, indique la législation.
La Chine est également au cœur de la Stratégie européenne de sécurité économique, publiée en juin, qui définit une approche globale et stratégique de la sécurité économique, réduisant les risques et promouvant l’avance technologique dans les secteurs stratégiques.
EURACTIV a rapporté cet été que les experts européens du secteur minier reconnaissaient qu’il serait très difficile d’atteindre les objectifs CRMA de l’UE à temps, avertissant que la Commission pourrait être trop optimiste quant à la vitesse à laquelle de nouvelles solutions industrielles européennes pourraient être déployées.
(Edité par Jnos Allenbach-Ammann)




