Procès pour meurtre de Corinne Di Dio : trente ans de réclusion requis contre « Ma Dalton », la défense plaide l’acquittement

Procès pour meurtre de Corinne Di Dio : trente ans de réclusion requis contre « Ma Dalton », la défense plaide l’acquittement
Une photo d’archive de Marie-Thérèse Garcia, surnommée Ma Dalton. – Crédit : DR

« Il faut juger un crime particulièrement odieux, commis il y a plus de 30 ans. » A quelques heures du délibéré, le parquet général réclame ce jeudi 2 juillet 30 ans de réclusion criminelle. de Marie-Thérèse Garciajugé pendant trois semaines à la cour d’assises des Yvelines pour le meurtre de son ex-belle-soeur Corinne Di Dio en 1995. Co-accusé dans ce procès mais absent depuis son ouverture, l’ex-compagnon de la victime Antonio Marquez-Gomez est jugé par contumace. Les avocats généraux demandent que la même peine soit prononcée contre lui.

En préambule, le premier avocat général s’adresse aux jurés qui auront bientôt pour tâche de délibérer, deux femmes et quatre hommes qui « se sont retrouvés plongés pendant trois semaines au cœur d’une affaire pénale hors du commun à plus d’un titre : un meurtre particulièrement odieux, des faits remontant à plus de 30 ans, des protagonistes multiples dont certains appartiennent au haut de gamme du spectre du crime organisé, un accusé en détention provisoire aujourd’hui âgé de 79 ans à la personnalité complexe et un coaccusé au courir. »

Si Romain Di Dio, le fils de la victime, est venu chercher des réponses sur le décès de sa mère, il quittera ce tribunal avec bien d’autres questions, souligne l’avocat général. Malgré ces zones d’ombre, il appartient aux jurés, rappelle-t-elle, de prononcer la culpabilité des deux accusés, « à condition de considérer qu’ils ont participé aux faits qui leur sont reprochés ».

Le sentier Jean-Jacques Maurice

Le 19 juin 1995, Corinne Di Dio, vendeuse de 37 ans, disparaît alors qu’elle se rend à un « étrange rendez-vous ». Son corps a été retrouvé neuf jours plus tard, démembré, dans une malle métallique flottant sur la Seine dans l’Eure. Mais il ne sera identifié que deux ans plus tard, en 1997.

Depuis les événements, l’enquête a abouti à deux reprises à un classement sans suite. Elle a finalement été relancée en 2023, conduisant à la mise en examen du père de Romain Di Dio, ainsi que de Marie-Thérèse Garcia, ex-belle-sœur de la victime et nounou de son fils, aujourd’hui âgé de 79 ans.

Depuis son incarcération, la septuagénaire continue de clamer son innocence. Sa défense avance une autre piste possible et selon elle pas suffisamment exploitée lors des investigations : celle d’une vengeance de Jean-Jacques Maurice, un ancien braqueur notoire avec qui Corinne Di Dio a eu une relation avant de le dénoncer à la police après un braquage, en 1981.

Lors de leurs réquisitions, les avocats généraux ont rappelé de leur côté que Jean-Jacques Maurice, après s’être accusé du meurtre de Corinne Di Dio, s’était rapidement rétracté. Il y a « également des témoins qui ont confirmé que Jean-Jacques Maurice leur a avoué s’être accusé à tort de ce crime », insistent-ils, rappelant que l’ADN du braqueur ne correspondait jamais aux traces génétiques retrouvées sur la malle métallique et demandant aux jurés d’abandonner « clairement » cette hypothèse.

Des propos « troublants »

Dès lors, poursuivent les deux avocats généralistes, la seule piste valable reste celle de l’implication de Marie-Thérèse Garcia et Antonio Marquez-Gomez, le premier « ayant participé à la préparation de braquages » et connaissant les « techniques policières », le second ayant « toujours été ancré dans la délinquance ». Ces deux personnages « surgissent du passé de Corinne Di Dio en janvier 1995 », alors qu’elle avait « tourné le dos à une jeunesse tumultueuse ».

Dès janvier 1995, six mois avant sa mort, la victime avait en effet renoué avec son ex-compagnon et père de son fils. Marie-Thérèse Garcia a joué le rôle d’intermédiaire lors de leurs rencontres. Le 19 juin 1995, jour de sa disparition, Corinne Di Dio se rend pour la première fois à son travail à Guyancourt, se souvient le premier avocat général. « (Sa collègue) a été très affirmative lors de ses deux auditions. Elle a indiqué que Corinne avait eu un rendez-vous le soir même avec le père de son enfant », à savoir Antonio Marquez-Gomez, et ce rendez-vous lui avait semblé « effrayant ».

Dès lors, le parquet procède à un dénombrement clinique de l’ensemble des éléments persistant contre les deux accusés, à commencer par les témoignages qui affirment que Marie-Thérèse Garcia a évoqué son implication dans la disparition de Corinne Di Dio. Quant aux deux éléments capillaires retrouvés sur la malle métallique dans laquelle la victime a été retrouvée en 1995, et qui pourraient être des cheveux de Marie-Thérèse Garcia, ils « appartiennent nécessairement à l’un des auteurs, compte tenu de leur localisation », insiste le parquet. « Le propriétaire de ces éléments capillaires est forcément impliqué. »

Par ailleurs, l’un des avocats généraux revient sur les « propos inquiétants et très violents » tenus par Marie-Thérèse Garcia en janvier 2023, lors d’une conversation téléphonique avec la belle-mère de Leslie Hoorelbeke, disparue dans les Deux-Sèvres avec son petit ami Kévin Trompat, en novembre 2022. Étant la grand-tante de Leslie, Marie-Thérèse Garcia aura ces mots au téléphone : « Il vaut mieux qu’ils attrapent (le coupables de la disparition) avant qu’on sache de qui il s’agit (…) parce que je vais les leur amener mais en morceaux, dans une valise. » Des propos qui, estime le parquet général, « résonnent de manière particulièrement inquiétante » avec les circonstances dans lesquelles Corinne Di Dio a été tuée.

Pour la défense de l’accusé, cette sentence qui a précipité la mise en examen de la septuagénaire en 2023 ne prouve cependant pas son implication. « Les mots qu’elle utilise ont imprégné son discours », réagit Me Elisa Wimmer, qui plaide ce jeudi après-midi. « Pensez-vous qu’elle aurait prononcé une telle phrase si elle avait été coupable, même si elle sait qu’elle est mise sur écoute ? »

« Vous l’acquitterez »

Implacable, Me Jérôme Goudard, autre avocat de la défense, développe toute une argumentation sur l’absence de mobile de Marie-Thérèse Garcia concernant le meurtre dont il est accusé. « J’ai écouté les réquisitions. Avez-vous entendu une raison pour laquelle Marie-Thérèse Garcia aurait fait ça ? », commence-t-il, avant d’attaquer le seul motif de vengeance évoqué depuis le début de l’audience : lors de vacances en Espagne, en 1983 ou 1984, Corinne Di Dio aurait eu une liaison avec Francisco Marquez-Gomez, alors compagnon de Marie-Thérèse Garcia.

Pour l’avocat, l’hypothèse est « invraisemblable ». « C’est un vaudeville imaginaire, ça passe à la trappe. » Aucun élément sérieux du dossier ne montre une quelconque volonté de la part de « Ma Dalton » de tuer son ex-belle-sœur, avance encore M. Jérôme Goudard. « Il faut montrer qu’elle voulait la tuer. On parle de 14 coups de couteau, d’un corps démembré. Et on n’a rien. »

Il se tourne une dernière fois vers son client. « Moi, Marie-Thérèse, je sais que ces trois semaines ont été dures. Vous devez croire en ce tribunal. Je vous souhaite de retrouver votre liberté, Madame Garcia. » Puis l’avocat se tourne vers les jurés : « Pas de peine de compromission. Acquittement. Vous l’acquitterez parce que c’est juste. »

Son collègue, Me Najwa El Haïté, enfonce le clou sur cette question du doute : « La justice n’a jamais eu pour mission de soulager la douleur en condamnant en l’absence de certitude. Sa mission est plus difficile. Elle consiste à condamner seulement lorsque la preuve de culpabilité existe, et à acquitter lorsque cette preuve fait défaut. (…) Dans un tribunal correctionnel, les fantasmes ne remplacent jamais la preuve. » Verdit attendu ce vendredi 3 juillet.

Article original publié sur BFMTV.com

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