« Pourquoi la France se comporte-t-elle ainsi dans notre région et pas autrement ? » Vue depuis Bakou

Erkin Gadirli sur la politique française du Caucase

La France est l’un des alliés traditionnels de l’Arménie. La dernière tentative des responsables français d’acheminer de l’aide humanitaire via le poste de contrôle de Latchine à la population arménienne du Karabakh sans faire appel au responsable de Bakou a provoqué l’indignation en Azerbaïdjan. Le député azerbaïdjanais Erkin Gadirli a analysé le comportement de la France dans le Caucase du Sud et a tenté de donner un sens à la politique française.



La confrontation entre Paris et Londres

« Pourquoi la France se comporte-t-elle dans notre région de cette manière et pas d’une autre ? J’en ai parlé et écrit à plusieurs reprises. Je précise tout de suite que nous ne parlerons pas de raisons ou de réactions, mais d’intérêts», dit Erkin Gadirli.

Selon le député, la principale raison de la politique caucasienne de Paris est la confrontation avec Londres :

«Tout le monde sait que la France est confrontée à une confrontation géopolitique de très longue date (depuis plusieurs siècles) avec la Grande-Bretagne. Cela ne s’est pas arrêté même lorsque la France et la Grande-Bretagne étaient alliées et luttaient contre des ennemis communs. Il semble que même maintenant, ils font partie d’une alliance (OTAN). Mais les alliances n’ont jamais affecté l’essence de la politique française à l’égard de la Grande-Bretagne. On peut en dire autant de la politique britannique à l’égard de la France. Mais nous nous intéressons ici à la France, car la Grande-Bretagne est un pays ami pour nous et la France se comporte clairement de manière hostile à l’égard de l’Azerbaïdjan.

Pourquoi? Qu’a trouvé la France en Arménie ? Rien! »

« Syndrome de Fachoda »

« La France est intéressée par ses propres intérêts face à la Grande-Bretagne. C’est la stratégie de la France. Cette stratégie porte même un nom : le « syndrome de Fachoda ». Il doit son nom à l’échec de l’aventure militaire en Afrique, lorsque les Français, à la toute fin du XIXe siècle, envahirent le sud du Soudan (village de Fachoda), contrôlé par la Grande-Bretagne, et durent ensuite honteusement se retirer sans combattre.

Depuis lors, le « syndrome de Fachoda » a été un déterminant majeur de la politique française à l’égard de la Grande-Bretagne. Cela peut être résumé succinctement par le fait de ne pas laisser la Grande-Bretagne seule dans le monde. Là où la Grande-Bretagne est présente, la France doit également être présente », poursuit Gadirli.

Sur les tentatives françaises d’« entrer » en Azerbaïdjan

Le député souligne que la position de la Grande-Bretagne en Azerbaïdjan est très forte. Cela peut être facilement observé dans des domaines tels que le pétrole, le gaz, la sécurité, etc.

«Les Français tentent depuis longtemps de prendre une part dans l’économie azerbaïdjanaise, ont tenté de nombreux projets différents, mais ils n’ont pas réussi à renforcer leurs positions géopolitiques. Il ne faut pas oublier que deux présidents français (Sarkozy et Hollande) se sont rendus en Azerbaïdjan. Mais ils n’ont pas réussi à écraser la Grande-Bretagne.

Le « syndrome de Fachoda » a une option de secours. Si la France ne parvient pas à prendre pied dans un pays où la Grande-Bretagne est présente, elle doit prendre pied dans un pays voisin. Vous pouvez réprimander Macron tant que vous voulez, mais il agit clairement selon le « syndrome de Fachoda » : il tente de renforcer la position de la France en Arménie pour empêcher la Grande-Bretagne de s’emparer de l’ensemble de la région. C’est pourquoi la France s’oppose au corridor de Zanguezour et agit au détriment des intérêts de l’Azerbaïdjan.»

Erkin Gadirli sur la déclaration trilatérale

« La France ne sera pas là longtemps. »

Selon Gadirli, tôt ou tard, la France devra quitter la région du Caucase :

« L’Arménie ne doit donc pas se laisser tromper et se faire des illusions alliées sur la France. La France ne sera pas là pour longtemps, elle sera contrainte de partir d’ici comme elle a dû quitter le village sud-soudanais de Fachoda.

Et cela parce que la France ne construit pas sa propre politique, elle s’adapte à la politique britannique. C’est pourquoi la France est si dépourvue de principes dans notre région, faisant le jeu de l’Iran et de la Russie ».

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