En Chine, Macron envisage un plus grand rôle pour la France sur l’Iran et le Moyen-Orient
PARIS Une déclaration conjointe du président français Emmanuel Macron et de son homologue chinois Xi Jinping vendredi dernier a évoqué entre autres des efforts communs pour relancer l’accord nucléaire, officiellement connu sous le nom de Plan d’action global conjoint (JCPOA), avec l’Iran qui a été signé en 2015 mais au point mort après le retrait des États-Unis de l’accord en 2018.
Le communiqué note que les deux pays « réitèrent leur engagement à promouvoir un règlement politique et diplomatique de la question nucléaire iranienne », ajoutant que la France et la Chine s’engagent à travailler ensemble pour préserver le régime international de non-prolifération nucléaire et les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité de l’ONU.
Jeudi, alors qu’elle accompagnait Macron lors de sa visite en Chine, la ministre française des Affaires étrangères Catherine Colonna a rencontré à Pékin son homologue iranien Hossein Amir-Abdollahian, une rare première rencontre entre les deux.
Un communiqué du ministère français des Affaires étrangères a déclaré que Colonna avait réitéré la demande de la France pour la libération immédiate de six ressortissants français détenus arbitrairement par l’Iran et que la conversation avait abordé la situation en Iran, divers problèmes régionaux et le programme nucléaire iranien. Interrogé par Al-Monitor, le ministère a refusé de donner plus de détails sur la rencontre ou d’affirmer si d’autres rencontres entre diplomates français et iraniens sont prévues dans un proche avenir.
La visite de trois jours de Macron en Chine a mis en évidence les efforts français et européens pour engager la Chine dans les tentatives de mettre fin à la guerre en Ukraine. La présence croissante de Pékin sur la scène diplomatique internationale en général et ses liens avec Moscou ont fait du soft power chinois un acteur incontournable au Moyen-Orient et en Europe. Plus encore, cela signale que pour la France, que les États-Unis le veuillent ou non, la Chine doit être prise en compte sur l’Iran et d’autres dossiers du Moyen-Orient.
L’accord négocié par la Chine entre l’Arabie saoudite et l’Iran le mois dernier a secoué les États-Unis et l’Europe. Macron, s’adressant à Politico alors qu’il était en Chine, a déclaré que l’Europe devait réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis, en résistant à la pression pour devenir des « adeptes des Amériques ». Le président français faisait référence à la question de Taiwan, mais la même logique peut également être impliquée dans d’autres conflits. L’interview de Macron avec Politico a montré qu’il est prêt pour une diplomatie française indépendante.
Une première étape de ce type était évidente avec les deux conférences de Bagdad (août 2021 et décembre 2022) initiées par Macron afin d’aider à stabiliser l’Irak avant les élections. Paris est intervenu là où Washington a laissé un vide diplomatique. Ainsi, la France peut désormais se positionner comme l’un des acteurs clés de l’expansion de l’effet de levier à l’intérieur de l’Irak. Les pourparlers de longue date sur l’accord de 27 milliards de dollars sur l’énergie totale avec l’Irak avancent. De plus, les liens étroits de la France avec les pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, lui offrent plus d’espace diplomatique pour travailler sur le dossier iranien et le rapprochement Golfe-Iran.
La frénésie française actuelle sur l’Iran survient sur fond de relations bilatérales difficiles entre Paris et Téhéran depuis la mort en 2022 de Mahsa Amini en garde à vue et la répression de Téhéran contre les manifestants.
Paris a vivement critiqué Téhéran pour ses violations des droits de l’homme et a joué un rôle déterminant dans l’adoption par l’Union européenne de sanctions contre des personnalités et des entités iraniennes impliquées dans des violations des droits de l’homme. L’arrestation de plusieurs ressortissants français a aggravé la crise diplomatique.
Cela dit, Paris maintient sa position favorable au dialogue avec Téhéran pour un nouvel accord sur son programme nucléaire. Macron a rencontré le président iranien Ebrahim Raisi à New York en septembre dernier, et les voies diplomatiques restent ouvertes entre les deux pays. Pour l’instant, la Chine pourrait être la pièce manquante du puzzle, car la France espère que Pékin pourrait pousser l’Iran à revenir à l’accord.