Bataille en Colombie contre les « dragons » d’or qui détruisent les rivières

Surnommées « dragons » par les habitants, les énormes machines utilisées pour aspirer l’or des lits des rivières sont accusées de détruire l’environnement et de financer le crime organisé.

Mais leur démantèlement dans une opération militaire massive a rencontré l’hostilité des communautés qui dépendent de l’exploitation minière pour leur survie quotidienne.

Autour d’El Bagre, dans la région riche en or de Bajo Cauca, une manifestation de mineurs qui a commencé au début du mois a été marquée par des actes de vandalisme que le gouvernement a imputés au cartel de la drogue du Clan du Golfe.

Mais Luis Manuel Campo, 32 ans, l’un des mineurs, a assuré à l’AFP que « nous n’avons rien à voir avec des groupes criminels ».

Campo est copropriétaire d’une drague avec trois autres personnes.

« Nous ne nous cachons pas. Nous voulons juste que la persécution cesse », a-t-il dit.

« Nous voulons être officiellement reconnus comme mineurs afin de pouvoir travailler en paix, sans stigmatisation. »

Nouvelle ruée vers l’or

Les noms des villages de cette région tels que Saragosse et Caceres rappellent les colonisateurs espagnols qui extrayaient déjà de l’or dans le Bajo Cauca au XVIIe siècle.

Il est devenu un bastion des combattants paramilitaires de droite dans les années 1990 et est maintenant un bastion du Clan du Golfe, le cartel le plus puissant de Colombie.

Le président Gustavo Petro a annulé ce mois-ci un cessez-le-feu avec le clan, l’accusant d’être à l’origine d’attaques contre des civils commises par des mineurs protestataires.

Selon les autorités, les groupes criminels en Colombie tirent presque autant d’argent de l’exploitation minière illégale que du trafic de cocaïne.

Avec une récente hausse des prix de l’or, Bajo Cauca a été saisi par un nouveau type de ruée vers l’or, avec des communautés pauvres parcourant les lits graveleux des rivières avec des pelles, des bulldozers et des dragues.

« En dehors de l’or, il n’y a rien ici », a déclaré Campo.

Les habitants disent qu’environ 350 machines de dragage sont actives dans la région – grandes et petites – en plus de celles exploitées légalement par la multinationale Mineros Aluvial.

‘Rentable’

Les dragues illégales vont de simples machines avec des tapis roulants de fortune à de plus gros engins mécaniques qui nécessitent plusieurs plongeurs pour guider un énorme tuyau d’aspiration sous l’eau sombre.

Ensuite, il y a les « dragons » – des bateaux à trois étages de 20 mètres (66 pieds) de long avec des moteurs massifs.

Il y en a environ deux douzaines dans la région du Bajo Cauca.

Un « dragon » coûte environ un demi-million de dollars, expliquent leurs propriétaires à l’AFP.

« Au prix (de l’or) actuel, c’est rentable », estime Alex Cossio, 41 ans, qui dirige l’un de ces monstres.

Un « dragon » peut extraire jusqu’à deux kilogrammes (4,4 livres) d’or par jour, d’une valeur de plus de 50 000 dollars, selon un responsable de la police qui n’a pas souhaité être nommé.

L’AFP a visité un certain nombre de ces bêtes, dont une nommée « Indigène » qui n’est opérationnelle que depuis deux mois dans un bras de la rivière Nechi.

« Les hélicoptères (de l’armée) nous survolent tous les jours, nous avons peur », a déclaré Cossio, qui a insisté sur le fait qu’il n’y avait aucun lien avec le crime organisé.

« Gazole, nourriture, logistique… Nous achetons tout dans le quartier, un grand nombre de familles vivent de notre activité », a-t-il ajouté.

L’AFP a observé au moins six « dragons » gisant mutilés et brûlés au bord de la rivière, certains étant déjà réparés par leurs propriétaires.

Il n’y a pas de données officielles sur le nombre de dragues détruites.

« Nous avons essayé de les arrêter, c’était terrible », a déclaré Julia Tatis, propriétaire d’un petit restaurant, à propos d’un raid ce mois-ci sur trois des machines à Nueva Esperanza, un hameau pauvre au bord de l’eau.

« Les militaires viennent d’arriver en disant que nous sommes le Clan du Golfe. Et ils ont tout brûlé », a ajouté le propriétaire de la drague Juan Manuel Carcamo.

Dommage « déjà fait »

Campo insiste sur le fait que les dragues exploitent des lits de rivière « qui étaient déjà exploités par Mineros il y a 40 ans… Le mal a déjà été fait ».

L’avocat Francisco Arrieta Franco est un défenseur des mineurs qu’il décrit comme des victimes.

« Il est faux de dire que les dragues appartiennent au Clan », a-t-il déclaré à l’AFP.

« C’est compliqué et coûteux d’opérer une drague. Les criminels sont plus intéressés par l’extorsion, qui est partout dans cette région. »

Les habitants disent que les mineurs sont soumis à l’extorsion du Golfe plutôt qu’aux auteurs de celle-ci.

Dans un magasin d’or à El Bagre, un employé prévient des ennuis si le gouvernement continue de « harceler » les mineurs.

« Nous avons besoin de ces dragues pour travailler et pour manger », a crié l’employé, qui n’a pas voulu être nommé. « Ils servent toute la communauté ! »

Un mineur a ajouté, également sous couvert d’anonymat : « C’est quand on a l’estomac vide qu’on est obligé de faire des choses illégales ».

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