Attaque de Nice : l’histoire du cœur et de l’ange, ces deux monuments en hommage aux victimes du 14 juillet 2016

A Nice, ils font désormais partie du paysage. Dans les jardins du somptueux musée de la Villa Masséna, un cœur tracé par des dizaines de noms surplombant une fontaine. Un peu plus loin, sur la Promenade des Anglais, face au luxueux Palais de la Méditerranée, un grand ange en aluminium s’élève au-dessus d’une vague. Ces deux symboles trônent dans la ville comme autant de souvenirs, douloureux mais nécessaires pour de nombreuses victimes, de l’attaque meurtrière au camion du 14 juillet 2016.

Ce mardi, la ville commémore les dix ans de l’attaque revendiquée par l’organisation État islamique, qui a coûté la vie à 86 personnes et fait plus de 400 blessés dans une foule rassemblée pour assister au feu d’artifice de la Fête nationale. Depuis cette date, le traditionnel spectacle pyrotechnique a laissé place à 86 faisceaux lumineux, qui apparaissent sur la mer pour rendre hommage aux victimes. Et chaque année, les commémorations passent par la Villa Masséna et « Ange de la Baie ».

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Le premier de ces deux mémoriaux a été érigé en 2017. Dans la quiétude des jardins de l’un des musées les plus importants de la ville, a été installée une fontaine, entourée de dizaines de portraits de victimes et surmontée d’un cœur dessiné sur du plexiglas. Ce cœur est né sur les maillots des footballeurs de l’OGC Nice, qui ont souhaité rendre hommage aux victimes pour leur premier match après l’attentat, un mois après le drame.

« Nous voulions un symbole qui porte l’amour et la paix, et qui ne soit pas sombrenous a dit il y a 9 ans Jessica Marcou, directrice associée de l’agence de communication Comback, qui a conçu ce symbole pour le club de football. Nous voulions aussi donner un nom aux victimes. Des familles entières ont été décimées dans cette attaque, et on s’en rend compte en voyant se succéder les noms d’une même famille. » sur le coeur.

Le cœur des victimes, né sur le maillot de l’OGC Nice

Depuis, ce logo est régulièrement utilisé par les associations de victimes – il n’a volontairement jamais été déposé comme marque par Comback, qui l’a mis à disposition gratuitement. « C’est un très beau cadeau qui a été offert peu de temps après l’attaquerappelle aujourd’hui Anne Murris, présidente du Mémorial des Anges, l’une des quatre associations. C’est un hommage très humain et pertinent, qui montre à la fois l’unité des victimes, et leur caractère individuel avec les noms de chacune. » L’OGC Nice le montre toujours à la 86ème minute de ses matchs à domicile, sur les écrans de l’Allianz Riviera.

Attaque de Nice : l’histoire du cœur et de l’ange, ces deux monuments en hommage aux victimes du 14 juillet 2016
LUIS BOZA / NurPhoto via AFP La fontaine surmontée des cœurs des victimes de l’attentat de Nice, photographiée à la Villa Masséna en septembre 2025.

Conçu d’abord pour être éphémère, le mémorial de la Villa Masséna est devenu un lieu de contemplation incontournable, apprécié pour son calme et sa situation en retrait du lieu du drame. « Certaines personnes avaient du mal à regagner la Promenade des Anglais. Là, ils pouvaient passer par la rue derrière la villa pour accéder à la fontaine.explique Anne Murris, interviewée par HuffPost. Le mémorial est donc resté.

Un appel d’offres avait encore été lancé, en 2021, pour la conception d’un nouveau monument en hommage aux victimes. Après de longues discussions, la mairie et les associations ont convenu de l’installer sur la Promenade des Anglais, à l’endroit même où le camion meurtrier a terminé son trajet. « Pour moi, faire revivre la mémoire, c’était avoir un monument au plus près du site »» croit Anne Murris, qui a perdu sa fille Camille dans la soirée du 14 juillet 2016.

L’Ange de la Baie, « une sentinelle »

Après un vote, l’œuvre créée par le sculpteur niçois Jean-Marie Fondacaro a été installée en 2022. Elle représente une silhouette, les bras tendus, penchée au sommet d’une vague au fond de laquelle on retrouve, encore une fois, le cœur des victimes. « La vague est un cycle de vie : elle grandit, elle monte puis elle s’écrase. C’est très symbolique par rapport à ce qui s’est passé »confie Anne Murris, qui voit en cet ange « une sentinelle qui protège ce qu’il a en dessous, c’est à dire ces victimes ».

Désormais, le travail «appartient aux passants et aux familles»accueille son sculpteur à une interview pour le site du projet de musée commémoratif du terrorisme. A tel point que cela lui a échappé. « Ce que je n’avais pas prévu (…) c’est qu’en se baissant pour lire les noms des victimes, les passants forment à nouveau un cœur » en miroir avec la vague, dit-il. Début juillet, l’Ange de la Baie a été retiré de son socle pour être nettoyé avant les commémorations. « Des non-victimes ont envoyé des messages à l’association pour savoir où il était passé. Cela a laissé un vide dans le paysage »est d’accord avec Anne Murris.

Mais l’attachement à ces lieux de mémoire n’est pas le même chez toutes les victimes. Pour « avancer »certains ne ressentent pas le besoin de s’approcher des monuments ou des commémorations, selon Jean-Claude Hubler, fondateur de l’association Life for Nice. « Le plus important pour nous, ce sont les deux essais » devant la cour d’assises spéciale de Paris, il avance à la HuffPost. Peines de 2 à 18 ans de prison ont été prononcés en 2022 contre huit complices de l’auteur, tué par la police le soir de l’attaque. Deux d’entre eux ont fait appel et ont vu leur peine confirmée en 2024.

Une enquête est également toujours en cours. concernant la sécurisation de la Promenade des Anglais le soir de l’attentat. « Nous restons vigilants »prévient Jean-Claude Hubler, concentré sur l’agenda judiciaire. Son association a fait annuler mi-juin une lecture sur l’attentat prévu au Théâtre national de Nice car le texte s’appuyait notamment sur des propos tenus par des victimes lors du procès. Elle prépare également le procès en appel du rappeur Freeze Corleone, condamné en avril pour apologie du terrorisme pour une chanson qui évoque l’attaque sans la dire. « La mémoire, pour nous, c’est aussi ça »insiste Jean-Claude Hubler.

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