« Une question légitime » : le procureur de Caen explique pourquoi un violeur, libéré, vivra à proximité du domicile de sa victime
Une situation qui pose question. Un homme condamné pour violset incarcéré au centre pénitentiaire de Caen, sortira de prison le 12 mai et résidera dans la même ville qu’une de ses victimes. Cette dernière a exprimé son désarroi dans un entretien avec France 3 Bretagne. « Mon violeur a retrouvé la liberté et je vais devoir me cacher chez moi. C’est le message de la justice », a déclaré Karine Jambu.
Ce dimanche 10 mai, le procureur de la République de Caen Joël Garrigue explique la décision du tribunal, dans un communiqué, estimant que la situation « soulève des questions légitimes ».
Confusion de phrases
« Roland Blaudy, aujourd’hui âgé de 73 ans, a été incarcéré le 13 avril 2005, puis condamné le 28 février 2007 par la cour d’assises de Seine-et-Marne à 18 ans de réclusion criminelle pour des faits de viols et agressions sexuelles aggravées », puis par la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine « le 6 juillet 2018 pour viol et agressions sexuelles aggravées en récidive ». délit, à 30 ans de réclusion criminelle assortis d’une période de sûreté de 20 ans.
Mais lors de cette dernière condamnation, la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine « a ordonné la confusion de cette sentence avec celle prononcée par la cour d’assises de Seine-et-Marne ».
Concrètement, « cela signifie que la peine de 18 ans prononcée par la première cour d’assises a été absorbée par la peine de 30 ans prononcée par la seconde » et donc que Roland Blaudy a dû purger une peine de 30 ans, dont 20 ans de sûreté, « dont le point de départ était la date de sa première incarcération, le 13 avril 2005 ».
Ainsi, la période de sûreté a pris fin le 13 avril 2025. Il a également bénéficié « des réductions de peine prévues par le code de procédure pénale correspondant au total à 9 ans sur les 30 ans à purger ». Cela signifie donc que sa peine prendra fin le 12 mai 2026.
Une seule adresse, à Rennes
Afin de permettre le contrôle, le suivi et la prévention des récidives, des mesures d’accompagnement ont été ordonnées. Mais « dans le cadre de la préparation de cette sortie, il est apparu que la seule adresse où Roland Blaudy pouvait résider était à Rennes ». Ville où réside également Karine Jambu.
Les tribunaux ont statué que s’il lui était interdit de résider dans cette ville, il n’aurait pas pu être correctement surveillé.
Il devra donc se soumettre, pendant 15 ans, à une mesure de suivi socio-judiciaire avec interdiction de se trouver « dans les lieux habituellement fréquentés par les mineurs » et interdiction de contact avec les mineurs et les victimes, obligation de soins et d’indemnisation des victimes.
Il fera également l’objet d’une mesure de surveillance judiciaire, avec entre autres « un dispositif de placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) pour une durée de deux ans renouvelable ».
«On peut comprendre l’inquiétude»
Le procureur de la République de Caen indique que la victime qui réside à Rennes a été informée de la situation. « Si l’on peut bien sûr comprendre l’inquiétude que suscite pour elle cette libération, il faut rappeler que toutes les mesures légalement mobilisables pour assurer une prévention efficace de la récidive et un suivi approfondi de cette condamnée ont été mises en œuvre », ajoute-t-il.
La situation reste toutefois incompréhensible pour la victime et ses proches. Sa tante, devenue sa mère adoptive, a exprimé sa colère auprès de France 3 Bretagne.
« C’est scandaleux, honteux, horrible, dégoûtant (…) Il y a deux choses inacceptables. D’abord, il n’y a pas d’inadmissibilité. Il vivra tout près de la maison de ma fille et en plus dans un quartier où il y a beaucoup d’enfants. C’est un endroit où ma fille passe pour aller travailler. Et en plus, ce pédophile bénéficie d’une confusion des peines. La loi est comme ça. C’est un nouveau coup dur », a déclaré Laurence Jambu.
Ce dernier a également lancé une pétition pour demander la suppression de la confusion des peines pour les « violeurs, meurtriers et autres criminels violents ». Jusqu’à présent, il a recueilli plus de 64 000 signatures.