Journée « Justice morte » : des avocats de toute la France mobilisés à Paris contre le projet de loi sur la justice pénale porté par Gérald Darmanin

« Darmanin, si tu savais… » Un air presque familier résonne près du Sénat, ce lundi 13 avril à Paris, où plusieurs milliers d’avocats ont participé à une grande journée de mobilisation contre le projet de loi sur « la justice pénale et le respect des familles ».

Dès 13h30, les robes noires ont manifesté devant la chambre haute, où le texte est débattu, après un premier rassemblement sur le parvis du tribunal judiciaire organisé un peu plus tôt dans la journée.

Outre le barreau de Paris, qui compte près de 37 000 avocats, d’autres barreaux de province ont répondu à l’appel à rassemblement pour protester contre ce texte porté par Gérald Darmanin, et qui vise, selon le ministre de la Justice, à désengorger les cours d’assises et à réduire les délais de procès.

« Aucun respect des droits des victimes »

« Nous manifestons contre le projet de loi dit « SURE », la loi Darmanin et le plaidoyer de culpabilité pénale car il ne respecte ni les droits des victimes ni la négociation de la peine », estime Me Sandrine Barré, bâtonnière de l’ordre des avocats de Bourges.

Ce lundi, plus d’une quinzaine d’avocats du barreau de Bourges sont présents à Paris. « Mais nous sommes plus d’une trentaine sur les marches du palais », précise l’avocat. A Bourges, comme ailleurs, le bar organise une journée « justice mort ». « Pour le moment, tous les justiciables et tous les clients nous soutiennent », précise le Président.

Les avocats se mobilisent surtout contre ce « plaidoyer de culpabilité pénale » qui prévoit d’éviter un procès pénal grâce à un accord entre la défense, l’accusation et la victime. Concrètement, l’accusé devra reconnaître les faits et la peine maximale encourue sera alors portée aux deux tiers de la peine.

Un système contre lequel les avocats sont fermement opposés, pour plusieurs raisons : la pression sur les accusés pour qu’ils reconnaissent des faits qu’ils n’ont pas commis, les risques d’erreurs judiciaires… Si cette réforme devait être adoptée, elle pourrait concerner 10 à 15 % des affaires pénales, hors terrorisme ou crimes contre l’humanité.

« Le plaidoyer de culpabilité en matière pénale ne prévoit aucune audition des victimes, les victimes n’ont pas le droit de s’exprimer dans le plaidoyer de culpabilité » estime Me Christophe Bayle, président de la conférence des bâtonniers, qui représente les 163 barreaux de France, sauf celui de Paris.

Journée « Justice morte » : des avocats de toute la France mobilisés à Paris contre le projet de loi sur la justice pénale porté par Gérald Darmanin

Ce lundi, les avocats des barreaux de province étaient présents en masse : Marseille, Senlis, Avesnes-sur-Helpe et Colmar pour ne citer qu’eux. Discours, sifflets et autres chants ont ponctué cette mobilisation. Les signes aussi. « La justice a besoin de moyens, pas Darmanin », peut-on lire sur l’un d’eux. « #Metoo vous a donné la parole, Darmanin vous la reprend », signe le bar du Val-d’Oise.

Ce barreau est en grève depuis le 1er avril dans les secteurs pénal, civil et administratif. Et de nombreux avocats ont fait le déplacement ce lundi. « Nous avons besoin d’être visibles, mais cette réforme concerne chaque citoyen. Un procès pénal peut arriver à un fils, un père, une tante, un ami proche, qu’il soit accusé ou victime », rappelle Me Estelle Madray. « Nous voulons que notre justice reste une justice de qualité. Nous mettons toutes nos activités de côté pour être ici aujourd’hui et essayer de nous faire entendre. »

« Une réforme absolument unique »

Venu de Cambrai, l’ancien bâtonnier, Me Guy Delomez manifeste contre « une réforme absolument unique ». Selon l’avocat, le projet de loi sur la justice pénale « déséquilibre complètement la justice telle qu’elle est, issue de la Révolution, et qui permet pour les délits les plus graves, c’est-à-dire les crimes, d’entendre les accusés et les victimes et de donner à chacun sa place dans le procès et de permettre au jury populaire de pouvoir trancher en connaissance de cause et selon sa conscience ».

Un tiers du bar de Cambrai était présent ce lundi à Paris. En France, de nombreux rassemblements ont également été organisés devant les tribunaux pour protester contre le projet de réforme, et ce fameux « plaidoyer de culpabilité pénale » qui a en revanche la faveur de Rémy Heitz, procureur général près la Cour de cassation.

Dans une interview avec Infos France, l’ancien procureur de la République de Paris a défendu ce lundi matin un « outil supplémentaire » qui permettra, selon lui, « de juger plus rapidement et de manière intelligente un certain nombre de dossiers ».

Au total, 1 000 avocats ont été mobilisés à Paris selon la préfecture de police, 2 000 selon les manifestants.

Article original publié sur BFMTV.com

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