Sans moutarde ? La France devient créative au milieu de la pénurie.
La France est au milieu d’une pénurie prolongée de moutarde qui a laissé les rayons des supermarchés épuisés de 21% de son stock du condiment bien-aimé. Les producteurs de moutarde ont dû plafonner les achats en magasin pour minimiser la thésaurisation.
Maintenant, avec la forte demande de moutarde due à la sécheresse et à la guerre, les agriculteurs français cherchent à innover et à revendiquer une plus grande part du marché du patrimoine gastronomique français.
Pourquoi nous avons écrit ceci
Les Français recherchent obstinément de la moutarde partout où ils peuvent en trouver, car les pénuries de céréales entravent la production. Mais l’augmentation de la demande ouvre également des opportunités pour l’innovation de la moutarde.
Les champs de moutarde français ont vu leur production réduite des deux tiers en cinq ans, passant de 12 000 tonnes en 2017 à 4 000 en 2021. Et les importations ne parviennent pas à combler la différence en raison des pénuries de céréales étrangères. Mais la demande écrasante a fait grimper les prix et a encouragé les producteurs locaux de moutarde à augmenter leur production.
Certains producteurs de moutarde testent de nouvelles variétés de graines plus résistantes aux changements climatiques et aux conditions météorologiques imprévisibles. Et les producteurs cherchent des moyens d’élargir la portée de ce que veulent les consommateurs. Le moutardier Patrice Boudignat a par exemple développé des versions échantillons d’huile de moutarde et de chocolat à la moutarde.
Si on veut réduire les coûts et les désagréments du transport et avoir un circuit d’approvisionnement plus court, alors il faut faire plus de place à notre produit local, dit-il. C’est notre patrimoine que nous essayons de préserver chaque jour.
Une demi-douzaine de touristes se rassemblent autour d’un comptoir métallique au moulin à moutarde Edward Fallot, tandis que Martine Dupin, employée de l’entreprise, pompe divers mélanges de moutarde de Dijon sur des cuillères en bois miniatures. Il existe, entre autres, des variétés de pain d’épice, de cassis et de graines entières à l’ancienne. Les visages se contorsionnent alors que le zing piquant monte jusqu’à leurs narines.
Je prévois certainement d’acheter de la moutarde aujourd’hui, dit Elisabeth Soulier, de Poitiers. Elle est délicieuse en sauce pour un lapin cuit ou en vinaigrette pour une salade. Il est difficile de trouver de la moutarde n’importe où. Et la moutarde de Bourgogne est tellement meilleure que le reste.
Comme ses collègues du groupe de touristes, Mme Soulier pourra acheter son pot de moutarde à la boutique de cadeaux, mais un seul. La France est au milieu d’une pénurie prolongée de moutarde qui a laissé les rayons des supermarchés épuisés de 21% de son stock du condiment bien-aimé. Edward Fallot et ses concurrents ont dû plafonner les achats en magasin pour minimiser la thésaurisation.
Pourquoi nous avons écrit ceci
Les Français recherchent obstinément de la moutarde partout où ils peuvent en trouver, car les pénuries de céréales entravent la production. Mais l’augmentation de la demande ouvre également des opportunités pour l’innovation de la moutarde.
Maintenant, avec la forte demande de moutarde due à la sécheresse et à la guerre, les agriculteurs français cherchent à innover et à revendiquer une plus grande part du marché du patrimoine gastronomique français. Ils se disent prêts à aller au-delà des pénuries et à trouver des opportunités de croissance.
Les grains de moutarde canadiens sont très bons, mais la moutarde est emblématique de la France, explique Patrice Boudignat, un producteur de moutarde avec 12 acres de terres en Ile-de-France. Si nous voulons réduire les coûts et les désagréments du transport et avoir un circuit d’approvisionnement plus court, alors nous devons faire plus de place à notre produit local. C’est notre patrimoine que nous essayons de préserver chaque jour.
Une année difficile pour la moutarde
La moutarde est le troisième condiment le plus populaire en France, derrière le sel et le poivre, et les Français sont les premiers consommateurs en Europe de la pâte jaune épicée, à environ 2,2 livres par an et par personne.
La région Bourgogne, et plus précisément la ville de Dijon, est au centre de la fabrication de la moutarde depuis le Moyen Âge. Ces dernières années, la Bourgogne compte quelque 300 producteurs, capables de produire plus de 10 000 tonnes de grains par an.
Mais les champs de moutarde ont été touchés par des attaques d’insectes, que les agriculteurs n’ont pas pu contenir en raison des lois françaises sur l’utilisation des insecticides depuis 2019. La région a vu sa production réduite des deux tiers en cinq ans, passant de 12 000 tonnes en 2017 à 4 000 en 2021.
Cependant, même les bonnes années, les producteurs bourguignons ne sont pas en mesure de répondre à la demande des consommateurs français en moutarde avec des céréales locales, qui nécessitent environ 30 000 tonnes par an. Les grandes maisons de disques se sont fortement appuyées sur le marché canadien pour combler les lacunes. Mais les conditions de sécheresse tout au long de 2021, largement imputées au changement climatique, ont brusquement réduit la production de moitié.
La guerre en Ukraine signifie que la France ne peut pas compter sur les céréales de Russie et d’Ukraine, qui produisent une moutarde jaune plus douce, pour augmenter l’offre en supposant que les Français l’achèteraient. L’effet combiné a exercé une pression accrue sur les producteurs locaux pour répondre à la demande du marché.
C’est une situation qui touche le monde entier, indique un porte-parole de Maille, leader du marché de la moutarde de Dijon. C’est temporaire et hors de notre contrôle.
Edward Fallot, qui représente 5% du marché français, a augmenté sa production de 20% à 25% en début d’année. Mais ils ne peuvent pas faire plus.
Nous avons un petit établissement. Nous utilisons toujours un moulin à pierre pour moudre nos graines, ce que les grands distributeurs ont depuis longtemps abandonné, raconte Marc Dsarmnien, le propriétaire de l’entreprise familiale depuis 1840 qui utilise des graines 100% bourguignonnes. Ils veulent produire vite, mais ils perdent en qualité. Je suis le propriétaire de troisième génération de cette entreprise et nous avons toujours privilégié la qualité à la quantité.
Les périodes de crise représentent des opportunités
La demande écrasante a fait grimper les prix pour la récolte de moutarde de l’année prochaine et a encouragé les producteurs locaux de moutarde à augmenter leur production et à attirer de nouveaux agriculteurs dans la culture, dans le but de ramener la moutarde à ses racines françaises et de réduire la dépendance du pays vis-à-vis du Canada.
L’Association de la moutarde de Bourgogne indique que le prix de la semence de Bourgogne devrait doubler l’an prochain par rapport à l’année dernière : 900 euros la tonne en 2021 contre un record anticipé de 2 000 euros pour 2023. Et la chambre d’agriculture de la région de Côte d’Or indique que le nombre de producteurs est passé depuis de 160 à 500, avec un objectif de produire 15 000 tonnes de semences d’ici 2023 dont 40% des besoins des producteurs.
Le défi maintenant pour les producteurs de moutarde est de rendre cette nouvelle richesse durable et résistante aux types de conditions qui ont causé les pénuries cette année, y compris les insectes et la sécheresse.
Les périodes de crise représentent des opportunités, mais le souci est que ces nouvelles [growing] les méthodes ne sont pas préservées sur le long terme, explique Stéphane Fournier, professeur d’innovation et de développement durable à l’Institut Agro Montpellier. Nous tous, citoyens, associations et tous les acteurs impliqués, devons continuer à développer des méthodes alternatives.
Les producteurs locaux de moutarde ont entendu l’appel à l’innovation. Certains testent de nouvelles variétés de semences plus résistantes aux conditions météorologiques imprévisibles liées au changement climatique. Des fermes à petite échelle dans des régions qui ne sont pas traditionnellement connues pour la moutarde font leur apparition.
Et les producteurs cherchent des moyens d’élargir la portée de ce que veulent les consommateurs. M. Boudignat en Ile-de-France a développé des versions échantillons d’huile de moutarde et de chocolat à la moutarde, en plus de ses variétés plus traditionnelles.
Edouard Fallot commercialise également désormais une moutarde sucrée-salée aromatisée à douleur dpices (pain d’épices), gracieuseté de Mulot & Petitjean, entreprise familiale dijonnaise depuis 1796. À son tour, Mulot & Petitjean a commencé à incorporer la moutarde Edward Fallot dans ses pains de dessert.
Nous étions toujours à la recherche d’innovation et le consommateur aussi, explique Catherine Petitjean, la neuvième génération à la tête de Mulot & Petitjean, basée à Dijon. Nous voulons rester ancrés dans la tradition mais c’est le 21e siècle. Nous devons continuer à nous développer ou nous n’avancerons pas.
Consommateurs responsables
Les producteurs locaux sont convaincus que les consommateurs les suivront. Les consommateurs français apprécient de connaître la source de leur alimentation et apprécient plus que jamais les produits qui contournent les grandes chaînes d’approvisionnement, surtout depuis que la pandémie de COVID-19 a frappé. Ils placent l’origine des aliments comme premier critère d’achat de fruits et légumes, selon un sondage Ipsos de 2020, 63 % des personnes interrogées déclarant acheter des produits locaux dans la mesure du possible.
Nous constatons que les gens deviennent de plus en plus attentifs à ce qu’ils consomment, pour savoir non seulementoù [their food] a été produit mais aussi comment il a été produit, explique Marc De Nale, directeur général de Demain La Terre, une association à but non lucratif qui travaille avec les producteurs de fruits et légumes pour promouvoir le développement durable. Ils veulent savoir que les agriculteurs sont engagés [in sustainable practices]dans une optique de progrès, pour produire mieux tout en préservant l’environnement.
Alors que les consommateurs français attendent la fin de la pénurie de moutarde, certains complètent leurs envies avec des produits similaires d’Algérie et de Pologne qui remplissent désormais les rayons des supermarchés. D’autres ont payé des billets de train pour la région Bourgogne dans l’espoir de toucher une cagnotte aux producteurs locaux ou paient une fortune sur Amazon. D’autres encore essaient de faire durer leur dernier pot de moutarde de Dijon le plus longtemps possible, jusqu’à ce que le zeste acidulé de ce héros culinaire local fasse son retour dans les magasins.
J’utilise toujours de la moutarde quand je cuisine, ça fait tout simplement partie de notre cuisine traditionnelle, raconte Guy Benot, natif de Beaune, lors d’une dégustation de moutarde chez Edward Fallot. J’ai encore ma petite réserve de deux pots à la maison car à moins d’aller au supermarché à 8 heures du matin, il ne reste plus rien. Mais je sais que ça va revenir.

