« Une grave erreur judiciaire » : dans un roman policier, une journaliste retrace les agissements d’Edwige Alessandri.
Elle a été reconnue coupable du meurtre à trois reprises de son mari, qualifié de « veuve noire » par les médias, très différente de ses enfants. Et pourtant, Edwige Alessandri reste optimiste. Geoffrey Le Guilcher a déclaré : « Il s’est toujours dit qu’un jour il serait libéré. C’est l’objectif que s’est fixé le journaliste, qui signe Deux fessesouvrage publié le 6 février édité par la Goutte d’Or.
Dans un livre d’investigation passionnant, il prend le dossier de fond en comble et expose les nombreuses failles et incohérences dans la manière dont a été menée l’enquête sur le meurtre de Richard Alessandri en juillet 2000 à Pernes-les-Fontaines, dans le Vaucluse.
Alors que sa femme parlait de l’entrée dans leur maison des personnes qui avaient tiré sur son mari, bien sûr avec l’intention de voler, celui-ci s’est vite retrouvé soupçonné d’être celui qui avait tué la victime. Pour Geoffrey Le Guilcher, au contraire, il est clair que « la justice a commis une injustice » dans cette affaire, écrit-il dans son livre.
« Si tu veux une fille innocente, je l’ai. »
Pour le journaliste, tout commence en 2023 lors d’un déjeuner avec Me Damien Brossier, avocat au barreau de l’Essonne. « Si vous voulez une fille innocente, je l’ai », dit-il, révélant l’histoire d’une femme qui a été reconnue coupable à trois reprises du meurtre de son mari, ce qu’elle dit ne pas avoir fait. Les vrais coupables pourraient être des voleurs qui ont accidentellement tiré sur la victime.
La seule victime démolir une maison Avec sa famille étant enfant, Geoffrey Le Guilcher a laissé mûrir l’idée de reprendre les recherches sur le sujet. Le journaliste, qui a à son actif plusieurs ouvrages et une enquête de longue haleine, accepte finalement d’examiner les 7 000 pages qui composent le procès, les témoins, les proches et les enquêteurs. Et cela montre ce qui semble être une surprenante « erreur de jugement ».
« J’ai vu l’ampleur de cette erreur judiciaire et je me suis dit que cela valait la peine de consacrer mon temps et mes efforts », explique-t-il.
Le piratage a mal tourné ?
Le soir du 16 juillet 2000, Richard et Edwige Alessandri dormaient dans leur chambre, dans leur mas de Pernes-les-Fontaines. Un peu plus tard, juste avant minuit, un bruit les réveilla. Selon son récit, Edwige Alessandri a ouvert les yeux et a trouvé un homme debout au bout du lit. Elle tient une arme à double canon et la pointe sur son mari.
Des coups de feu sont tirés et il entend une voix d’homme qui dit : « Merde, la fusillade est finie, dégagez ! », a-t-il dit plus tard à la police. A côté de lui, Richard Alessandri est allongé : une balle l’a atteint, le tuant sur le coup.
Le couple possède un grand magasin, ils ne comptent pas leurs heures, ils travaillent sans relâche… et ils gagnent très bien. Dans le même temps, Edwige Alessandri pense à un vol qui a mal tourné : les malfaiteurs veulent conduire la famille vers un endroit sûr avec une arme à feu, lorsqu’un coup de feu explose accidentellement, tuant son mari.
Suspect numéro 1
Au lieu de cela, les détectives ont retracé le schéma du meurtre jusqu’à Edwige Alessandri elle-même. Selon M. Geoffrey Le Guilcher, cette idée est née de l’invitation qu’il s’est rendue au SAMU, quelques minutes après le drame.
De l’autre côté de la ligne, l’utilisateur interprète mal ce qu’il dit. Il a dit qu’une femme avait tué son mari et qu’elle allait donner cette information à la police et aux pompiers. « Tous ceux qui sont arrivés sur les lieux la nuit du crime sont arrivés avec cette fausse information en tête et étaient convaincus de la culpabilité de la veuve », nous a expliqué le journaliste.
Cependant, selon lui, les gendarmes continuent d’enquêter avec des statues mystérieuses, auxquelles manquent des choses très importantes, comme les pieds dans le jardin qui n’appartiennent à aucun membre de la famille, le voisin qui a entendu du bruit dehors cette nuit-là, ou – et surtout – deux cigarettes dont on connaît l’ADN d’un homme inconnu…
Par omissions, enquêtes mal conduites ou documents mal rédigés, les enquêteurs mènent l’enquête sur un seul type d’homicide dans la famille, explique Geoffrey Le Guilcher, qui pointe un subtil mélange de « cynisme et d’ignorance ».
« Il y a eu des choses qui n’allaient pas. Les enquêteurs, les juges et les gendarmes n’ont pas correctement expliqué ce qu’ils avaient recueilli lors de l’audience, ils ont déformé les résultats de l’expertise. Quoi qu’il soit arrivé en premier dans le meurtre, il y avait des preuves qui ne pouvaient pas être balayées sous le tapis, et ils l’ont quand même fait. »
De faux aveux entre les mains de la police
Quelques mois après le meurtre de Richard Alessandri, la garde à vue d’Edwige Alessandri et de ses deux fils, Yohann et Justin (son prénom a été modifié), amène la crise finale. Après des heures d’interrogatoire, l’aîné des deux enfants a révélé que c’était sa mère qui l’avait tué. La répétition du garçon n’y fera rien : les enquêteurs sont désormais sûrs de trouver le coupable.
« De l’extérieur, on ne comprend souvent pas les fausses informations », estime Geoffrey Le Guilcher. Ce dernier décrit un phénomène « généralisé, touchant particulièrement les jeunes vulnérables ». « Yohann a eu 18 ans deux semaines avant d’être emmené à la police. Son beau-père, qu’il considère comme son père, a été tué. (…) Après avoir passé près de 24 heures en garde à vue, il avait l’impression de devenir fou. Il s’en voulait, mais cela n’était pas d’accord avec la police, alors il a accusé sa mère.
S’ensuivent la détention provisoire d’Edwige Alessandri, son acquittement et trois procès devant les cours d’assises du Vaucluse, du Gard et du Rhône, entre 2006 et 2009.
« Il croit toujours en la justice »
En 2009 pourtant, l’ADN prélevé sur deux mégots de cigarettes la nuit du crime parlait : il identifiait une personne déjà connue de la justice pour plusieurs braquages. Edwige Alessandri et ses proches sont heureux. Aux mains de la police de Montpellier, l’enquête avance. Le fournisseur d’informations le confirme démolir une maison qui a glissé.
Mais là encore, retournement de situation incompréhensible : le dossier aboutit dans le bureau des gendarmes de Carpentras, qui ont mené la première enquête. Et là encore, ils ont choisi d’interdire la théorie du vol.
Avec l’aide d’un rédacteur de documents, Geoffrey Le Guilcher parcourt le dossier, rassemble des informations, constate les erreurs des gendarmes et du juge. Et il a travaillé pendant trois ans pour montrer que la voie du voleur était la seule acceptable.
Compte tenu des nombreuses choses et références qui constituent le cœur de Deux fessesil y a maintenant deux demandes pour Edwige Alessandri. « La première chose est de frapper à la porte du Tribunal administratif. Et deuxièmement, si ça ne marche pas, j’irai devant la Cour européenne des droits de l’homme pour que la France soit condamnée pour manque de justice », explique le journaliste.
Aujourd’hui libre, Edwige Alessandri garde toujours espoir d’être rétablie : « Ce qui est surprenant, c’est qu’il croit encore en la justice.