Un film dans le monde : la carrière internationale de

Unifrance : En quelle année On the Adamant est arrivé aux Films du Losange ?
Alice LesortAlice Lesort Alice Lesort : Losagne fête cette année ses 60 ans, et l’une des caractéristiques de l’entreprise est sa loyauté et sa fidélité à ses cinéastes, parmi lesquels Nicolas Philibert, depuis que le service international existe, c’est-à-dire depuis plus de vingt ans. Nous avons vendu Etre et Avoir de Philibert, grand succès documentaire en France et dans le monde. Nicolas travaille en autonomie, dans le sens où il ne se laisse pas dicter ses sujets, mais en revanche il en parle très tôt avec ses partenaires, dont Losange. Depuis plusieurs années, nous discutons Sur l’Adamanteavec lui, à savoir la santé mentale, qui est un sujet fort et universel, et extrêmement présent dans le monde aujourd’hui.

A quel moment de l’existence du film avez-vous commencé à travailler sur des stratégies de vente ?
Dès qu’on en a vu une première version, à l’été 2022. On s’est tout de suite demandé comment le film s’inscrivait dans le monde d’aujourd’hui, et c’est un peu dommage à dire, mais le Covid-19 a fait chuter le nombre de personnes atteintes de maladies mentales. monter en flèche. Sur une note plus positive, on parle plus facilement du sujet aujourd’hui. On savait que ce n’était pas un sujet facile, mais on savait aussi que le film était plus accessible que le sujet ne le laisse croire : c’est un film extrêmement lumineux et positif, sans naïveté, extrêmement sensible envers les personnes filmées. Cela apporte de l’espoir. On sait que sur le marché international, les films durs et sombres ont beaucoup de mal à se vendre en ce moment, et on s’est dit qu’on allait souligner auprès des distributeurs étrangers la grande humanité du regard de Nicolas, son optimisme, pour que le thème soit ne les inquiète pas.

Quand le film a-t-il commencé à être diffusé ?
Dès que le créneau de la compétition de la Berlinale a été confirmé et que la sortie française a été prévue au printemps, nous avons décidé d’organiser deux projections privées à Bruxelles et à Genève, avant Berlin. Sachant que les sorties dans les pays francophones allaient suivre la sortie française, on ne pouvait pas les laisser découvrir le film à Berlin, ça aurait été un peu injuste. En Suisse, José Michel Buhler (Adok Films), qui a une longue expérience avec Nicolas Philibert, a adoré le film et l’a acheté tout de suite. Nous étions ravis, car nous savons que les temps sont durs et que rester fidèle aux cinéastes n’est malheureusement pas toujours possible avec certains films spécifiques. La difficulté des marchés locaux peut parfois bloquer certains distributeurs art et essai dans leur élan.

En revanche, Andrea Romeo (I Wonder Pictures) avait acheté le catalogue de Nicolas Philibert pour l’Italie un an plus tôt, et dans la continuité il a pré-acheté Sur l’Adamante, sans même le voir. C’est une décision très audacieuse et qui a fonctionné pour lui !

Quand on a entre les mains le film d’un célèbre documentariste comme Nicolas Philibert, comment commence la stratégie du festival ?
Dès le départ, nous visions un grand festival, et puisque le film était prêt pour Berlin, il était logique pour nous de le montrer là-bas, d’autant plus que Nicolas a une bonne connexion avec Carlo Chatrian, qui avait déjà sélectionné ses films pour Locarno. . Si nous n’avions pas été satisfaits de la proposition de Berlin, il n’y avait pas d’urgence, nous nous serions tournés vers Cannes ou Venise. Notre condition était vraiment que le film soit sélectionné en compétition ce qui est une position assez audacieuse pour un film documentaire, car le placement est limité et très recherché. Mais nous étions convaincus que c’était un très, très gros film et que nous pouvions nous permettre d’être aussi fermes. Carlo lui-même a été très courageux dans son choix de l’inscrire en compétition, car la Berlinale sortait de deux années très difficiles et on savait qu’il subissait une certaine pression pour rendre le festival un peu plus « tapis rouge ». Et la question du glamour et des stars dans la sélection des films dans un festival est importante, qu’on le veuille ou non. Et nous présentions ici un documentaire qui cherche le contraire du sensationnalisme.
C’était la première fois que Nicolas était en compétition dans un festival A-list. Il avait toujours compris les choix des programmeurs et accepté d’être présenté dans des sections parallèles, avec la grande humilité qui le caractérise. Avec ce film, on s’est dit que c’était son tour, qu’il avait toujours joué le jeu, et que Sur l’Adamante était un film suffisamment crucial et méritait une place en compétition.

Le film a remporté le prix le plus élevé, l’Ours d’or.
Les retours ont été très bons, je n’ai donc pas été totalement surpris que le film figure dans la liste des gagnants, même si Nicolas était plus décontenancé ! Il se passe quelque chose avec les documentaires en ce moment, et j’en suis très content car c’est une époque où sortir un documentaire en salle est devenu extrêmement difficile, plus à l’étranger qu’en France. Les gens les voient sur les plateformes, mais de moins en moins au cinéma. Et c’est bien dommage, car un documentaire est un film, et le cinéma de Philibert est vraiment fait pour être vu dans un cadre où l’expérience et l’émotion peuvent être partagées. Au vu de ce qui se passe sur le marché, cet élan des films documentaires dans les grands festivals arrive à point nommé et nous aidera à lutter contre le réflexe de nombreux pays à les rediriger vers les plateformes ou la TV.

Y a-t-il eu un effet Golden Bear sur les ventes du film ?
Totalement. Pour un documentaire, les distributeurs « tous droits » s’interrogent sur la façon dont ils vont faire exister le film sur leur marché, et l’Ours d’or a éradiqué cette peur et nous a beaucoup soutenus. Mais le film a été projeté le dernier jour du festival, donc tout s’est fait très vite, et nous n’avons pas eu le temps de nous éloigner de la projection officielle et de sa première médiatisation. Nous avons signé une trentaine de territoires, avec un certain nombre encore en cours de négociation, et grosso modo, à part l’Amérique latine, qui est encore très compliquée, le film se vendra dans le monde entier, et je suis sûr que cela ne serait pas arrivé comme ça sans l’ours d’or.

Quelle est la part des ventes pour les sorties en salles ?
Absolument toutes les ventes que nous avons réalisées jusqu’à présent sont des ventes de droits complets avec des sorties en salles, notamment en Asie (Japon, Corée, Taïwan), mais aussi aux États-Unis et au Québec. C’est donc très, très bon pour le genre documentaire et pour l’histoire qui Sur l’Adamante concerne spécifiquement. Ce film parle de gens très abîmés, dont on a tendance à se détourner quand on les croise dans le métro ! Ici, nous leur laissons le temps de développer leur réflexion ; le documentaire ne fait pas de sensationnalisme. C’est un film politique mais sans être politique. Ça ne montre pas tout ce qui ne va pas avec la psychiatrie aujourd’hui, mais ça montre qu’elle peut aussi bien fonctionner, et permet de voir que l’art-thérapie, le temps passé avec ces gens, est une façon très fine et productive de soigner et de soigner d’eux ou les aider à trouver leur équilibre. En même temps, le regard du film n’a rien de naïf.

C’est un film dont la sortie suscitera très probablement de nombreux débats.
Une somme énorme. C’est ce qui se fait en France et en Suisse en ce moment, et sera reproduit à l’étranger par les diffuseurs, qui tenteront de mobiliser les acteurs du monde de la santé mentale, qui viendront à la rencontre du public et se réapproprier le sujet, au-delà du Inflexible et ce que dit précisément le film sur la santé mentale en France. Nicolas voyagera le plus possible, il a fait de la place dans son agenda car il sait à quel point, pour que les films existent à l’international aujourd’hui, il faut que les artistes s’impliquent. Son soutien sera absolument essentiel, et il le reconnaît.

Sur l’Adamante est le premier film d’une trilogie sur la santé mentale. Où en sont les deux autres films ?
Tout a déjà été tourné : c’était un geste assez homogène, avec beaucoup des mêmes personnes filmées d’un film à l’autre. Le deuxième film est en train d’être terminé, et à cause de l’Ours d’or et des ventes du premier film, à cause de la mise en lumière qui lui est faite, on attendra probablement un peu avant de sortir le deuxième film, qui ne sera peut-être pas être avant 2024.

Contact : Département Communication & Numérique

Dernière mise à jour : 09 avril 2023 12h10 CEST

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