Rosalia divine mais divisée pour son concert à l’Accor Arena de Paris

Rosalia divine mais divisée pour son concert à l’Accor Arena de Paris
Gareth Cattermole / GETTY IMAGES AMÉRIQUE DU NORD / Getty Images via AFP

Deux salles, deux ambiances mais deux chefs-d’œuvre. Cette semaine, Paris a eu l’immense honneur d’être rythmée par les deux plus beaux concerts de ce début d’année. Le génial David Byrne qui a offert un spectacle d’une générosité folle, aussi intimiste que technologique à la Seine Musicale. Et Rosalia, idole divine de l’Accor Arena. Depuis lundi et son lancement en grande pompe à Lyontout le monde ne parle que de ça : c’est le concert qu’il faut avoir vu pour se montrer en société. Mais ceci « Tournée Lux » sur toutes les lèvres et sur les écrans depuis une semaine, mérite-t-il toutes ces éloges ? Seulement partiellement.

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« Tu veux bouger tes fesses? »

Les images circulent partout sur les réseaux sociaux. C’est telle une ballerine sortie de sa boîte que Rosalia arrive sur scène. La danseuse de Degas. Prêt à faire des dégâts. La voix est claire, cristalline, puissante. En plein Bercy, un orchestre d’une vingtaine de musiciens, mené par un chef à l’énergie contagieuse, se charge d’amener le cet opéra luxueux. Autour d’elle, les danseurs du collectif LaHorde accompagnent le ballet. C’est énorme. Avec un décor minimaliste (deux escaliers, éclairage jaunâtre) et une scène assez petite avec parquet, Rosalia conquiert l’espace, bluffante. « Reliquia », « Porcelana », « Divinize » (avec un clin d’œil au « Merci » de Didon) et l’immense « Mon Christ Crie les Diamants » a cappella. Quatre titres. Quatre gifles. Nous ne la quittons jamais des yeux. Sauf peut-être à lire les paroles toutes traduites en français sur un écran surplombant la scène. Meilleure idée de la soirée.
Premier changement. Nouvelle claque. Rosalia revient vêtue de noir, troquant la pure danseuse contre une figure démoniaque, dans la reconstitution d’un tableau de Goya. « Berghain » résonne, Bercy exulte. Surtout quand la chanson se transforme en remix techno, comme aux Brit Awards. Le public fait une standing ovation. En demander plus.  » Envie de bouger vos fesses ? » dit-elle en français dans le texte. Et le public exulte encore plus quand les premières notes de « Saoko » transforment Bercy en club caliente. C’est parti pour un retour dans le passé, l’un des rares de cette soirée qui met principalement en avant son dernier disque (15 des 24 morceaux de la setlist). Fouillant allègrement dans « Motomami », la trentenaire catalane fait chanter les fans et, malicieusement, exhibe même sa culotte rouge sur « La renommée » et « Le Versace Combi ».

Une première heure magnifique, une seconde plus faible

Le spectacle est précis, mais Rosalia s’accorde de longues pauses pour boire, essuyer son front moite et discuter avec son public, auprès duquel elle recueille la confession d’un privilégié au cours d’une séquence déjà culte. Un artiste qui reste finalement accessible. Mais la série commence à montrer ses défauts. Car après une première heure impeccable et haletante, le soufflet retombe. Certes, il y a ces deux séquences imparables qui sont sa reprise de « Can’t Take My Eyes Off You », qu’elle chante dans un tableau telle une Joconde des temps modernes, et « La Perle » avec sa chorégraphie de bras époustouflante. Mais dans le premier cas, cela ne dure qu’une minute et dans le second, le tour de magie opère sur les écrans mais moins sur scène où les danseurs « invisibles » sont trop éclairés pour créer une illusion.
D’autant que si les grandes scènes se succèdent dans les premiers actes, elles se simplifient dans cette seconde moitié du show. Qui n’évite pas les pièges du genre : ballade au piano avec option smartphone sur (« Sauvignon blanc »), passage dans le public et quinze minutes sur une estrade au milieu de la salle. Un peu dommage pour un concert présenté comme révolutionnaire… » C’est un honneur pour moi de commencer cette tournée en France. J’espère pouvoir y jouer toute ma vie » déclare-t-elle, avant une nouvelle incursion dans le passé. « Bizochito » et « Malgré » fait mouche, mais le rythme ne retrouve jamais l’intensité du début. Des pièces anciennes qui finissent par briser la narration du spectacle. Rosalia aurait même mieux fait de n’interpréter que son dernier album pour que le concept soit vraiment poussé à son paroxysme.
Dans son dernier acte, la star espagnole enfile ses ailes d’ange et termine sous une pluie de plumes, avant de tomber dans le vide. Une finale qui aurait été parfaite. Puis elle revient pour un dernier salut, une dernière offrande. Un « Magnolias » intense et sobre où elle rejoint littéralement la lumière pour quitter la scène. Du noir dans la pièce. Puis allumez. Retour brutal à la réalité. Comme les deux heures précédentes, un final à la fois fascinant et déroutant. Entre paradis et enfer.

Setlist pour le concert de Rosalia à Paris

Acte 1
Sexe, violence et pneus
Relique
Porcelaine
Diviniser
Mon Christ pleure les diamants
Acte 2
Berghain
MENTON
LA RENOMMÉE
LE COMBI VERSACE
tôt le matin
Acte 3
Le rédempteur
Je ne peux pas te quitter des yeux
La perle
Sauvignon blanc
La jugulaire
Dieu est un harceleur
La rumba du pardon
CUUUUUuuuuute
Acte 4
GÂTEAU
DESPECHA
Mariée robotique
Feu ‘ranni
Rappel :
Magnolias

Article original sur Pure Charts

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