Qui était le philosophe Guy Debord ?
Guy Debord était un rebelle, philosophe et cinéaste. Archi-critique de la consommation et théoricien du spectacle. Il était l’un des intellectuels les plus grands et les plus originaux de France. Aujourd’hui, Debord apparaît comme un prophète de notre culture de consommation hyper-digitale saturée d’images. De manière critique, il a souligné que notre descente dans un monde médiatisé par les images correspond à la production d’une aliénation sociale de masse. La critique de Debord n’a jamais été aussi pertinente qu’aujourd’hui. Lisez la suite pour en savoir plus sur sa vie et sa pensée.
Guy Debord : maître de la subversion
La Seconde Guerre mondiale a façonné la France moderne. Pourtant, au lendemain de la guerre dévastatrice, le pays a été mis à genoux. L’effondrement de l’économie française et la destruction de ses villes et de ses infrastructures étaient presque totales. Dans le cadre du plan Marshall, la reprise économique s’est manifestée sous la forme de plans de décoration, d’électroménager et de logements. Un degré relatif de stabilisation de l’économie a été atteint, alors que la France s’engageait sur la voie d’une société de consommation de masse.
Enfant, Debord a grandi à Pau, une ville huppée des Pyrénées françaises. Jeune homme, il vivait avec sa famille dans la ville balnéaire chic de Cannes. Pourtant, il allait se faire un nom dans les rues de Paris, sa ville natale.
La France de la grande distribution, de la famille nucléaire et de l’habitat résidentiel moderniste, c’était la France de Guy Debord. Écrivain, cinéaste, autoproclamé docteur de rien. Guy Louis Marie Vincent Earnest Debord a affirmé un jour que s’il avait beaucoup lu, il avait bu encore plus.
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La rébellion de Debord était contre l’émergence d’une société bureaucratique de consommation contrôlée. Il était convaincu que le monde dans son ensemble doit être démoli et reconstruit, non pas sous le signe de l’économie, mais sous la bannière de l’art, de la créativité et de la vie spontanée.
Chef de file de l’Internationale situationniste, auteur du Société du Spectacle, anti-artiste et cinéaste, Guy Debord proposait une théorie critique de la société capitaliste qui tient toujours. Avant tout, il était un maître de la subversion et un stratège de la lutte des classes.
L’Internationale situationniste
Formée en 1957 et dissoute en 1972, l’Internationale situationniste (IS) était une alliance révolutionnaire d’écrivains, de théoriciens politiques et d’artistes d’avant-garde. S’inspirant à la fois du marxisme et du surréalisme, leur totem était que ce ne sont pas les émotions, les sentiments ou les expériences qui définissent l’action humaine dans une situation donnée, mais la situation elle-même.
Le but premier du SI était de transcender la division entre artiste et spectateur. Les situationnistes cherchaient à explorer les possibilités de nouveaux modes d’expression spontanés.
Ils ont donné la priorité à la ville, à la rue et à ce qui est devenu la tactique clé des situationnistes, la lecteur.
Écrivant en 1956, Debord affirmait que le lecteur était un mode de comportement expérimental lié aux conditions de la société urbaine : une technique de passage rapide à travers des ambiances variées (Théorie de la pulsion, 1956). Pour les situationnistes, la déambulation sans but d’un voyage imprévu était une tactique.
Les expériences de déambulation sans but rompaient la monotonie de la ville et étaient généralement suivies d’élaborations théoriques secondaires, telles que Debords Guide psychographique de Paris.
Les situationnistes visaient à reconquérir l’autonomie individuelle de la passivité et à établir de nouveaux rapports à l’environnement urbain. Le guide Debords se compose d’un plan de Paris découpé en morceaux et réarrangé pour créer des parcours aléatoires. Le lecteur est étroitement lié au concept de détournement.
Le détournement a été décrit par Debord comme le réutilisation d’éléments artistiques préexistants dans un nouvel ensemble. Bien que lancée par l’IS, cette technique de détournement et de réacheminement émergera plus tard dans l’esthétique du mouvement punk et du mouvement de brouillage de la culture anti-consumériste des années 1980.
Debord était particulièrement préoccupé par la culture de consommation saturée d’images du capitalisme. À cet égard, le détournement offrait une tactique consistant à subvertir les images et à les charger d’idées radicales. L’idée que les relations sociales étaient de plus en plus médiatisé par des images serait élaboré dans l’œuvre la plus célèbre de Debord, le Société du Spectacle.
La Société du Spectacle
La Société du Spectacle (1967) est un recueil des idées de Debords et une élaboration théorique de sa critique du capitalisme. Ouvrage de théorie marxiste et de poésie lyrique, il faut le lire attentivement et lentement. Le seul objectif de Debord est de développer et d’élaborer le concept de spectacle. Les résultats sont de la dynamite.
Le spectacle, pour Debord, c’est le moment où la marchandise a atteint l’occupation totale de la vie sociale. Elle refaçonne les relations sociales entre les personnes, et correspond à une fabrication concrète de l’aliénation. ce qui est incontestable, c’est à quel point le livre décrit bien le monde dans lequel nous vivons actuellement.
Selon Debord, les médias interprètent (et réduisent) le monde pour nous. Les images influencent nos vies et notre façon de penser ; les médias de masse et la publicité façonnent nos aspirations et nos désirs. L’invasion des médias de masse dans nos vies est une expression du type de société dans laquelle nous vivons : la société du spectacle.
Le spectacle représente une forme d’unification, où le totalité des relations sociales devient médiatisée par les apparences. L’expérience directe des événements est remplacée par une contemplation passive des images (qui sont déterminées par d’autres personnes). La culture de masse saturée d’images de la publicité, de la consommation et de la célébrité occupe le devant de la scène.
En attendant, les citoyens-consommateurs individuels sont préoccupés par la recherche du bonheur. Le plaisir d’acquérir de nouvelles commodités un nouveau chapeau, de la déco, une bouteille de coca est de courte durée. Presque instantanément, nous entrons dans un nouveau cycle de désir à la recherche d’un nouveau moment de bonheur.
Les biens que le système choisit de produire lui servent aussi d’armes. En dernier lieu, la théorie de Debords est que le spectacle est la représentation visuelle de l’ordre économique dominant : sa fonction sociale première est la fabrication de l’aliénation.
Dans un appel aux armes autant qu’un appel aux cerveaux, Debord oriente habilement son artillerie contre la consommation aveugle et les rêves manufacturés du capitalisme. Chaque thèse est une explosion surréaliste de subversion politique ; en plus de 9 chapitres et 221 thèses au total, le spectacle est élaboré, tandis que Debord expose l’ampleur du défi auquel nous sommes confrontés.
Debords premier film, Hurelments en faveur de Sade (Hurlements en faveur de Sade) était délibérément non conventionnel. Tout au long du film, l’écran est tantôt blanc, tantôt sombre mais toujours vide. La bande sonore se compose de diverses citations, observations et propositions théoriques, généralement interrompues par de longues périodes de silence.
La salve d’ouverture du film affirme que: Le cinéma est mort. Les films ne sont plus possibles. Si vous le souhaitez, discutons. Il a été montré pour la première fois en 1952 à Cannes devant un public totalement indigné. Comme pour l’œuvre de Debord en général, l’objectif principal de son incursion dans le cinéma était de défier la passivité du spectateur et de mettre en évidence l’ordre réel des choses.
Pour Debord, le cinéma moderne ne faisait qu’un avec le spectacle. C’était une interprétation de la spécialisation du temps et synonyme d’aliénation et de passivité. Ainsi, pour Debord, le cinéma sous sa forme actuelle devait être détruit.
Pourtant, son problème n’était pas avec le cinéma En tant que tel, mais plutôt sa forme commercialisée et industrialisée. Le cinéma pourrait pour Debord être anti-spectaculaire ; les rythmes 24/7 du capitalisme pourraient être déplacés. Au lieu de répliquer et de reproduire le spectacle, le cinéma pourrait se préoccuper de l’examen historique, de la théorie critique, de l’expérience et de la mémoire.
Par exemple, dans le film de Debords, Critique de la séparation (1961) la volonté de retravailler le cinéma comme un projet situationniste en action est omniprésente. Des rythmes dérivants et irréguliers sont déployés pour nier le spectacle. Le but du film est de montrer au spectateur comment il vit réellement.
Des photographies rephotographiées, des images piratées et des images de Debord errant dans les rues de Paris sont recouvertes d’une voix off qui contredit à la fois les images et les sous-titres. Le film démontre que la caractéristique distinctive de la société capitaliste pour Debord est la séparation.
Critique de la séparation se déclare comme une démystification du documentaire. Debord a réalisé un total de six films entre 1952 et 1978. Chacun consiste en un exemple soutenu de détournement. Le but de chacun était bien entendu de travailler au démantèlement du spectacle. La critique du cinéma de Debord était par essence une critique de la société qui le produit.
Bien que Guy Debord ait écrit le Société du Spectacle en 1967, il reste plus que jamais d’actualité, offrant une vision de notre temps. Nous vivons dans un monde de distraction, d’écrans, de jeux et de téléphones. Publicités et fenêtres pop-up qui nous suivent au fur et à mesure que nous lisons. Séries télévisées, services de streaming et médias sociaux.
l’insistance de Debords, que dans les sociétés où prévalent les conditions modernes de production, toute la vie se présente comme une immense accumulation de spectacles, est étrange en tant que description du monde des influenceurs des médias sociaux, de la réalité via les smartphones et de la génération selfie.
Comme Debord l’a dit succinctement, tout ce qui était directement vécu s’est déplacé dans la représentation (Société du SpectacleThèse 1).
Le don de Debord était de proposer un moyen de comprendre comment le capitalisme pénètre de plus en plus profondément dans les coins et recoins de la vie quotidienne. Les Société du Spectacle est un classique moderne de la théorie critique et a été très influent, inspirant Jean Baudrillard, Georgio Agamben et Slavoj iek pour n’en citer que quelques-uns.
Pourtant, le plus important est peut-être l’influence de la vie et de l’œuvre de Debord sur la contestation, de la grande révolte de 1968 aux mouvements Occupy de ces derniers temps. Les Société du Spectacle a été libéré juste avant que n’éclate la révolte étudiante et ouvrière de mai 1968.
L’occupation de Paris est animée par les revendications debordiennes. Les refrains de ses thèses ont été badigeonnés sur les murs de Paris, de l’Université de Paris à Nanterre, aux rues de la ville du Quartier Latin. Debord lui-même serait visible sur une vieille photo de l’occupation étudiante à la Sorbonne, au cœur de l’action, tapi avec intention (Merrifield, 2018).
Deux ans après les événements de 1968, il fuit Paris pour la campagne de Bellevue-la-Montagne. Derrière les hauts murs de son château, bien que sous l’œil attentif des services de renseignement français, il se retire de la ligne de front. La vie de Debord devient floue à partir de maintenant.
Il a vécu le reste de sa vie en reclus dans un isolement relatif avec sa femme, Alice Becker-Ho. Le 20 novembre 1994, à l’âge de 62 ans, il s’est suicidé d’une seule balle qu’il s’était lui-même infligée au cœur. Pourtant, si une chose est claire, c’est que l’héritage de Guy Debord est plus que jamais d’actualité.
