Paix en Afrique :
Monsieur le Président,
Je voudrais remercier le Gabon pour l’organisation de ce débat, et je voudrais remercier le Secrétaire général et le Président de la Commission de l’Union africaine pour leurs interventions. En ce 20ème anniversaire de l’Union Africaine, je voudrais souligner deux points.
Je voudrais tout d’abord saluer les progrès accomplis par cette organisation, grâce aux efforts de ses États membres, mais aussi au partenariat avec l’ONU et d’autres organisations régionales. Je pense d’abord à l’Union européenne. Le sommet Union européenne-Union africaine des 17 et 18 février a réaffirmé la volonté commune d’un partenariat renouvelé. Je voudrais rappeler que l’Union européenne reste le premier contributeur au budget de l’Union africaine.
L’Union africaine est devenue l’acteur de référence pour la prévention et la résolution des conflits sur le continent. Elle a su donner corps au principe de non-indifférence, comme on l’a vu lors du sommet de Malabo en mai 2022, qui a marqué l’opposition des chefs d’État des continents aux changements anticonstitutionnels de gouvernement. Ce même sommet a noté le soutien de l’Union africaine aux efforts de médiation entre la RDC et le Rwanda.
Je pense aussi au rôle de l’Union africaine dans la résolution du conflit dans le nord de l’Éthiopie ou dans le dépassement de la crise politique au Soudan.
Mon deuxième point est un appel à l’action.
A cet égard, je voudrais saluer l’initiative sur le Sahel du Secrétaire Général et du Président de la Commission de l’Union Africaine. La France souhaite plein succès au panel de haut niveau conduit par le président Issoufou et espère que ces travaux déboucheront sur des propositions concrètes et ambitieuses.
Au-delà du Sahel, la France réitère son appel à des ressources permanentes et durables en soutien aux opérations de paix africaines, y compris au titre des contributions mises en recouvrement par l’ONU. Les négociations engagées par ce Conseil et par l’Union africaine doivent reprendre rapidement.
Nous devons aussi agir pour réformer ce Conseil, afin que l’Afrique en particulier soit mieux représentée, y compris parmi les membres permanents. La France y est favorable. Nous voudrions entamer les discussions sur la base d’un texte le plus tôt possible, dès l’ouverture de la prochaine session de négociations intergouvernementales. Nous appelons tous ceux qui, comme nous, souhaitent sincèrement voir la réforme aboutir, à soutenir le principe de négociations sur la base d’un texte.
Monsieur le Président,
Au-delà des grands enjeux de la gouvernance, de la participation des femmes et des jeunes, de l’éducation, du développement, de la lutte contre le changement climatique, je voudrais insister sur les nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés.
Premièrement, la propagande et la manipulation de l’information. Il est facile de créer des usines à trolls déversant des torrents de haine. C’est une menace pour nos sociétés, pour les États et les citoyens du continent, mais aussi pour les missions de maintien de la paix qui y sont déployées. Nous avons alloué près d’un million de dollars en 2022 pour la lutte contre la désinformation et le renforcement de la communication stratégique pour les opérations de paix. La France continuera à travailler main dans la main avec les États et la société civile pour renforcer l’accès à une information libre, plurielle et fiable.
Deuxièmement, l’insécurité alimentaire mondiale et la malnutrition, aggravées par l’agression russe contre l’Ukraine. L’initiative européenne FARM vise à apporter aux pays vulnérables une réponse concrète et solidaire. Nous appelons tous les acteurs publics et privés concernés à se joindre à cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre des efforts du Secrétaire général et en coordination avec d’autres initiatives internationales. L’urgence aujourd’hui est de répondre aux difficultés d’approvisionnement en engrais. C’est pour proposer des solutions concrètes à cette crise que la France a lancé « l’Opération Sauvetage des Cultures » à l’Assemblée Générale, en collaboration avec des partenaires.
Enfin, troisièmement, les mercenaires. Ceux-ci ne supportent pas des états, mais plutôt une personnalité ou un clan. Ils maintiennent le pouvoir en échange du contrôle des ressources naturelles. Leur présence s’accompagne d’un affaiblissement systématique de la démocratie et de la souveraineté de l’État d’accueil, de la fermeture de l’espace public et de violations massives des droits de l’homme. Nous ne pouvons pas accepter cette dérive. La France suit avec intérêt les travaux de l’Union africaine sur la révision de la convention de 1977 sur l’élimination du mercenariat en Afrique.
Merci.