Ormuz: la coalition américaine « n’est pas en concurrence » avec la proposition de Paris et Londres (Barrot)
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré vendredi que la proposition d’une nouvelle coalition dirigée par les États-Unis pour rouvrir le détroit d’Ormuz compléterait, et non concurrencerait, une mission similaire menée par la France et le Royaume-Uni.
S’exprimant à Abou Dhabi, le locataire du Quai d’Orsay a indiqué avoir informé les alliés du Golfe de l’initiative franco-britannique, désormais à un stade « avancé ».
Cette initiative fait suite à l’annonce jeudi par le Département d’État américain du Maritime Freedom Construct (MFC), une initiative qui « prendra des mesures pour assurer un passage sûr, notamment en fournissant des informations en temps réel, des conseils de sécurité et une coordination afin que les navires puissent traverser ces eaux en toute sécurité ».
Le détroit crucial, qui transporte normalement un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, est bloqué par l’Iran depuis le début de la guerre, provoquant une flambée des prix et l’étranglement des réseaux commerciaux.
Le blocus imposé par Washington aux ports et aux navires iraniens a encore réduit le trafic dans le détroit.
Le Royaume-Uni et la France ont mené des négociations sur un effort maritime distinct et ont récemment organisé une réunion avec plus de 50 pays.
La mission américaine « n’est pas de la même nature que celle que nous avons mise en place (…) elle vient en quelque sorte en complément », a insisté Barrot.
« Ce n’est pas en concurrence avec l’initiative que nous avons lancée et sur laquelle nous nous concentrons. »
Le Wall Street Journal a rapporté qu’un câble diplomatique demandait aux ambassades américaines de faire pression sur les gouvernements étrangers pour qu’ils participent aux efforts menés par les États-Unis.
A la question de savoir si la France se joindrait à l’initiative de Washington, Barrot a répondu qu’il ne pouvait pas faire de commentaire à ce stade.
« La planification de la mission franco-britannique est finalisée », a-t-il déclaré. « Je suis venu présenter le concept de cette mission à plusieurs de nos plus proches partenaires dans la région. »
Le président américain Donald Trump a critiqué la réticence des alliés à s’impliquer dans la guerre américano-israélienne contre l’Iran et a précédemment exhorté les pays dépendants du pétrole à assumer la responsabilité de la réouverture du détroit d’Ormuz.
L’Iran s’est engagé à ne pas rouvrir la voie navigable tant que les États-Unis bloqueront ses ports.
Imposition d’une politique
Par ailleurs, le chef du pouvoir judiciaire iranien, Gholamhossein Mohseni Ejei, a déclaré vendredi que Téhéran restait ouvert aux négociations avec les États-Unis, mais n’accepterait pas ce qu’il a appelé une « imposition » politique.
« La République islamique n’a jamais reculé dans les négociations (…) mais nous n’acceptons certainement pas qu’on nous l’impose », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée par le site Mizan Online, géré par le pouvoir judiciaire.
« Nous n’acceptons la guerre sous aucun prétexte ; nous ne voulons pas de guerre, nous ne voulons pas qu’elle continue. »
Ejei a insisté sur le fait que Téhéran n’était « absolument pas disposé à abandonner ses principes et ses valeurs face à cet ennemi malveillant afin d’éviter la guerre ou de l’empêcher de continuer ».
L’Iran et les États-Unis ont tenu un seul cycle de négociations au Pakistan à la mi-avril, mais celles-ci se sont terminées sans résultat et sont depuis au point mort.
Programme nucléaire
Pendant ce temps, le nouvel ayatollah iranien Mojtaba Khamenei a promis de protéger les capacités nucléaires et balistiques du pays, que Donald Trump a cherché à réduire par des frappes aériennes.
Dans une autre déclaration lue à la télévision d’État, il aurait déclaré que la seule place des Américains dans le golfe Persique était « au fond de ses eaux » et qu’un « nouveau chapitre » était en train de s’écrire dans l’histoire de la région.
En rapport
Le jeune Khamenei n’a pas été vu en public depuis qu’il a pris ses fonctions d’ayatollah après l’assassinat de son père et prédécesseur Ali Khamenei lors des premières salves de la guerre le 28 février, suscitant des questions sur son état de santé.
Ces propos interviennent alors que l’économie iranienne, déjà chancelante, est ébranlée par le fait que le rial, sa monnaie, a atteint un nouveau plus bas, tandis que l’industrie pétrolière est mise à mal par le blocus américain de ses ports.