« Les élites françaises partagent assez largement un sentiment politique russophile »
MMoscou, 24 mars 2017. Marine Le Pen, souriante de l’air ravi de groupie un peu intimidée dans un salon du Kremlin, pose avec son « grand homme » le président russe. Elle a choisi ses mots : « Oui, j’ai de l’admiration pour Vladimir Poutine ». Ce fut pour elle un couronnement personnel, un certificat d’accord idéologique avec cette idole de la communauté ultranationaliste. Le chef du parti d’extrême droite français considère le président russe comme un allié naturel de Paris.
Au printemps 2027, à l’heure de l’élection présidentielle française, il faudra se souvenir de ces mots et de ces images. La mort d’Alexeï Navalny nous impose un devoir de mémoire. Il faut notamment rappeler qu’en 2017, le régime de Poutine se montrait déjà tel qu’il est : une autocratie vénale vivant de la guerre et une tyrannie intérieure sans cesse impitoyable. Navalny a payé cher pour avoir dit cela de l’intérieur. D’abord par son empoisonnement, puis par son emprisonnement dans des conditions de plus en plus sordides et enfin par sa mort à l’âge de 47 ans.
La France ne peut pas se permettre de ne pas entretenir de relations avec la Russie. Le plus grand pays du monde (17,1 millions de km²) sera encore demain, comme hier, l’imposant voisin de l’Union européenne. L’histoire nous lie. La Russie est un pays qui compte : une puissance nucléaire, riche en hydrocarbures, dotée d’une agriculture de pointe et regorgeant de métaux précieux. Elle consacre également une grande partie de ses revenus au renforcement de son armée. Avoir des relations avec ce pays est une chose ; Exprimer « son admiration » pour son chef suprême en est une autre.
Ce qui nous intéresse ici, ce sont précisément les raisons de la passion de Le Pen pour Poutine et ce qu’on dit de sa personnalité politique. Quel est le cocktail d’émotions qui fait chaud au cœur de Le Pen lorsqu’elle pose aux côtés du maître du Kremlin ?
Une complaisance coupable
En exprimant son « admiration » pour Poutine, soutient-elle un régime ? Celui de « l’homme fort » du régime policier, de la religion comme instrument de l’État au service des « valeurs traditionnelles » ? Salue-t-elle le brillant stratège qui, en 2017, a déjà rasé la capitale tchétchène dans son pays et certaines des grandes villes syriennes à l’étranger ? s’est-il emparé d’une partie de la Géorgie et d’une partie de l’Ukraine ? Comme le dit le proverbe : dites-moi qui vous « admirez », etc.
Renégocier un jour Poutine sera sans doute une obligation pour les Européens ; vanter ses mérites en France est un choix politique conscient. Un débat approfondi sur ce sujet nécessiterait également de mentionner le leader du parti de gauche radicale La France Insoumise : Jean-Luc Mlenchon a longtemps vu l’homme du Kremlin non pas comme un adversaire mais comme un « partenaire » de la France. Un partenaire dans quoi exactement ?
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