La passion (et la mode fantastique) des confréries alimentaires françaises
Qu’est-ce qui oblige les groupes d’adultes les hommes et les femmes en France à porter des chapeaux blancs en peluche en forme d’énormes roues de brie ? Ou des capes rouges aux cols verts déchiquetés, les faisant ressembler à des fraises géantes ? Ou même des casquettes grises avec de longues vrilles blanches ondulées, signifiant leur amour des intestins de porc ?
Ce ne sont pas les dernières modes parisiennes. Au lieu de cela, ces tenues spectaculaires symbolisent une profonde dévotion à la cuisine et aux produits français.
La France compte des centaines de confréries, ou confréries, consacrées aux vins locaux, liqueurs, fruits, légumes, fromages, ou spécialités cuisinées régionales. Se joindre à l’un de ces groupes de bénévoles est un engagement sérieux. Lorsque les membres sont assermentés, ils prêtent serment de soutenir leur produit local. Souvent, ils portent des couvre-chefs, des médaillons et de longues robes dont les couleurs et les coupes reflètent leur nourriture bien-aimée. Cela peut signifier des tenues qui honorent des spécialités uniques telles que l’ail rose ou le poireau bleu. Leurs fonctions solennelles incluent la marche en processions, le jugement des concours de cuisine et l’attribution de prix au meilleur agriculteur, chef ou restaurant soutenant la gloire d’un comestible particulier.
Meaux, charmante ville à environ 45 minutes de Paris, abrite la Confrérie du Brie de Meaux, dont les membres arborent le grand couvre-chef en forme de brie. Thierry Bitschené, publicitaire à la retraite, est l’actuel président de la confrérie. Les devoirs des membres, dit-il, incluent la promotion des avantages de la réglementation AOP de l’Union européenne, ou appellation d’origine protégée, qui établit des normes et des droits d’étiquetage pour des fromages tels que le Brie de Meaux. « Lors des visites dans les écoles élémentaires, notre rôle est de faire découvrir aux jeunes les fromages AOP », explique-t-il. « Nous les encourageons à apprécier leur patrimoine gastronomique à travers des dégustations et des cours. »

Les festivals sont une autre façon pour ces groupes de célébrer leurs produits, souvent en collaboration avec d’autres confréries locales. Au « Brie Happy ! », organisé par la Confrérie du Brie de Meaux en octobre 2022, les membres de 15 confréries locales étaient présentes, représentant principalement le fromage, le vin et le cidre, plus une dédiée à la terrine de faisan. Leur concours annuel réunissait les meilleurs fabricants de brie du pays. dont les créations ont été jugées par un jury d’éminents spécialistes.
Une autre confrérie est née du désir d’une pâtisserie bien-aimée. Olivier Carbonneau, le grand maître de La Confrérie des Chevaliers du Tougnol, est un célèbre champion de rugby qui a grandi dans le village de Chalabre, dans le sud de la France. Enfant, il a toujours aimé les petits pains en forme de croissant à l’anis appelés tougnol, mais en tant qu’adulte, j’ai découvert que cette friandise avait disparu. Carbonneau et ses compagnons Chevaliers déterminés ont finalement récupéré la recette manquante du petit-fils du boulanger du village et l’ont ressuscitée, vendant cette spécialité régionale dans les marchés et les foires de producteurs. Leurs tenues bleues et dorées arborent les armoiries de la ville, ainsi que leur rouleau préféré.
Membres de l’oignon Zewwelatrepple confrérie, arborant le chapeau de paille et la médaille à l’oignon du groupe. Ilan Garzone/Getty ImagesLa plupart des confréries ont un groupe central d’une à deux douzaines de membres officiels. De plus, ils peuvent compter des centaines de supporters, tels que des chefs bien connus, des politiciens ou des personnalités sportives qui agissent en tant qu’ambassadeurs pour répandre l’amour de chaque aliment respectif. Un exemple illustre est La Compagnie des Mousquetaires d’Armagnac, qui compte environ 4 500 « mousquetaires » d’Armagnac dans le monde, dont des membres célèbres tels que le Prince Albert de Monaco, Leonardo DiCaprio et Stanley Tucci.
Les confréries culinaires ne sont pas une nouveauté. Le Moyen Âge a vu une multitude d’organisations de vignerons, dont beaucoup ont été autorisées par les rois de France. À une époque où le vin empoisonné ruinait de nombreux banquets royaux en tuant un invité ou un hôte, l’organisation de groupes de maîtres vignerons de confiance garantissait que ces festins pouvaient être sans drame. Les membres cultivaient la vigne, élaboraient le vin, puis le dégustaient, garantissant ainsi la pureté de la boisson et la sécurité du roi et de ses invités. En 1248, le roi Louis IX de France autorisa également une convention de rôtisseurs d’oie.
En 1791, pendant la Révolution française, une loi interdit toutes ces confréries au nom de la libre entreprise. Ils ne renaissent qu’au milieu du XXe siècle, lorsque le développement de la France d’après-guerre permet à ses concitoyens de retrouver le goût des bonnes choses de la vie. Dans le même temps, au milieu des craintes croissantes d’empiètement de l’industrie alimentaire industrielle sur les goûts régionaux authentiques, un besoin de protéger les produits locaux s’est imposé.

Bien que ces groupes aient été à l’origine des organisations à prédominance masculine, beaucoup accueillent maintenant des membres féminins. Un groupe, La Confrérie des Goûts-Sanciaux de Châtres-sur-Cher, qui promeut une crêpe normande farcie aux pommes, n’accepte que des membres féminins, qui reçoivent la recette secrète lors de leur initiation. « Les hommes ne sont là que pour aider à mettre en place et à rentrer le matériel », explique Hélène Degrigny, la Marquise de la confrérie, dans une interview de 2019. « Sinon la cuisine serait un gâchis. »
Parallèlement à la convivialité des défilés et des fêtes, ces confréries ont pour but de protéger les produits liés à des terroirs spécifiques, de sauvegarder les recettes ancestrales et de les transmettre aux jeunes générations. Selon la chercheuse Nathalie Louisgrand, les actions décisives entreprises par les confréries peuvent sauvegarder le patrimoine gastronomique français. Par exemple, le safran français local a été sauvé de l’oubli par la Confrérie des Chevaliers du Safran du Gâtinais. Après plusieurs décennies d’absence, l’épice est à nouveau cultivée en France.
Dominique Vignot est le Grand Maître de la Confrérie des Chevaliers du Véritable Camembert de Normandie. Adhérente depuis 10 ans, sa motivation reste la même : « Préserver, protéger et valoriser le terroir normand et l’art de fabriquer des fromages au lait cru », précise-t-elle. En 2021, après une longue bataille juridique, les camemberts industriels ne peuvent plus être confondus avec les camemberts au lait cru de la région, seuls ces derniers étant autorisés à porter le label « Made in Normandie ». « Notre prochain objectif est d’inscrire le camembert au lait cru sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO », déclare Vignot.

Tous ces groupes n’entreprennent pas des projets aussi sérieux. Alors que la plupart des confréries célèbrent un vin local, un fromage ou un autre produit comestible, quelques confréries se consacrent à la fabrication et au partage de versions gigantesques de plats français classiques, comme une énorme tarte aux fraises de 30 pieds de long sur 6 pieds de large ou une énorme omelette.
La Confrérie Mondiale des Chevaliers de l’Omelette Géante de Bessières a commencé son rituel en 1973 en fabriquant une fois par an une énorme omelette à partager gratuitement. Cette tradition serait enracinée dans l’amour de Napoléon pour une omelette qu’il mangeait autrefois dans la ville de Bessières.
Chaque lundi de Pâques depuis 50 ans, les membres de cette confrérie préparent une omelette gargantuesque avec 15 000 œufs, 22 livres de sel, quatre gallons d’huile et un seau d’herbes. Cette tradition s’est maintenant propagée à six autres villes francophones à travers le monde, dont Abbeville, en Louisiane.
Mais à Bessières, le vrai sens de l’événement est clair. Chaque année, pendant les festivités, les enfants locaux apprennent à faire des omelettes, afin de s’assurer que le savoir-faire est transmis à la génération suivante.
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