La France joue le mauvais flic alors que les tensions commerciales transatlantiques s’intensifient

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PARIS Le président américain Joe Biden doit faire attention ; La France reprend son rôle traditionnel de fauteur de trouble de l’Europe sur le front commercial transatlantique.

Il avait semblé que le mauvais sang entre Bruxelles et Washington s’atténuait sous la surveillance de Biden. Face à un ennemi commun en Chine, l’UE et les États-Unis ont conclu l’année dernière une trêve sur les tarifs que l’ancien président Donald Trump a imposés sur l’acier et l’aluminium européens. Au cours de cette année, la guerre de la Russie contre l’Ukraine a signifié que l’Amérique et l’Europe devaient présenter un front uni, au moins politiquement.

Cependant, les fissures commencent maintenant à réapparaître. L’UE est furieuse que les États-Unis versent des subventions dans l’industrie locale des voitures électriques. Accusant Washington de protectionnisme, l’Europe menace désormais de dresser ses propres défenses.

Sans surprise, le président français Emmanuel Macron mène la charge. Les Américains achètent américains et poursuivent une stratégie très agressive d’aides d’État. Les Chinois ferment leur marché. Nous ne pouvons pas être la seule région, la plus vertueuse en matière climatique, qui considère qu’il n’y a pas de préférence européenne, a déclaré Macron au quotidien français Les Echos.

Montant la barre, il a appelé Bruxelles à soutenir les consommateurs et les entreprises qui achètent des voitures électriques produites dans l’UE, plutôt que celles de l’extérieur du bloc.

Les Européens s’inquiètent pour leurs balances commerciales pour de bonnes raisons.

La guerre a provoqué un énorme choc sur les termes de l’échange, la flambée des coûts de l’énergie entraînant l’UE dans un déficit commercial béant à l’échelle du bloc de 65 milliards en août, contre seulement 7 milliards un an plus tôt. Dans une manifestation de ces tensions, la dépendance croissante de l’Europe à l’égard du gaz naturel liquéfié américain pour remplacer les approvisionnements russes perdus a ravivé les tensions.

Les commentaires de Macron reflètent la consternation de l’UE face à la loi de Washington sur la réduction de l’inflation, qui incite les consommateurs américains à acheter américain lors de leurs achats une voiture plus verte. L’UE fait valoir que le fait d’exiger que la voiture soit assemblée en Amérique du Nord et contienne une batterie avec un certain pourcentage de contenu local constitue une discrimination à l’encontre de l’UE et d’autres partenaires commerciaux.

La Commission européenne espère convaincre Washington de trouver un compromis diplomatique pour les constructeurs automobiles européens et leurs fournisseurs. Sinon, cela ne laisse à l’UE d’autre choix que de défier Washington à l’Organisation mondiale du commerce, ont déclaré des responsables et des diplomates de l’UE à POLITICO, même si une nouvelle guerre commerciale transatlantique est la dernière chose à laquelle les deux parties veulent consacrer leur temps et leur argent.

Les commentaires de Macron sont clairement une réponse contre la loi sur la réduction de l’inflation, a noté Elvire Fabry, experte en politique commerciale à l’Institut Jacques Delors à Paris. Macron joue le rôle du mauvais flic, par rapport à la Commission européenne, qui a laissé à Washington une certaine marge politique pour faire des ajustements, a-t-elle noté.

« Domination américaine »

La Commission espère trouver un compromis diplomatique avec les États-Unis pour les constructeurs automobiles européens et leurs fournisseurs | Ludovic Marin/AFP via Getty Images

La France est traditionnellement le pays le plus franc du bloc lorsqu’il s’agit d’affronter Washington sur un large éventail de dossiers commerciaux. Paris, par exemple, a joué un rôle clé dans la mort d’un accord commercial transatlantique entre l’UE et les États-Unis (le soi-disant « TTIP »). Sa taxe numérique a provoqué la colère des grandes technologies américaines et déclenché une guerre commerciale avec l’administration Trump.

Plus récemment, lors de sa présidence tournante du Conseil de l’UE, Paris s’est concentré sur les mesures de défense commerciale, ce qui donnera à Bruxelles le pouvoir de riposter contre les mesures commerciales unilatérales, y compris de la part des États-Unis.

De nouvelles tensions sont une mauvaise nouvelle pour la prochaine réunion du Trade and Tech Council début décembre, qui jusqu’à présent a eu du mal à montrer qu’il s’agit plus qu’un bavardage glorifié.

La France ne sera pas laissée seule dans une éventuelle guerre commerciale contre les voitures électriques. Selon Fabry, ces tensions vont rapprocher Paris et Berlin, l’industrie automobile allemande étant aussi particulièrement touchée par les mesures américaines.

Mais l’approche Buy American n’est pas la seule pomme de discorde. Le fait que l’Europe dépende de plus en plus des importations de gaz en provenance des États-Unis a fait passer le mécontentement européen à un niveau supérieur.

Bien que les prix à l’importation du gaz aient chuté en septembre par rapport à leurs sommets historiques d’août, ils étaient encore plus de 2,5 fois plus élevés qu’il y a un an. Et, compte tenu de l’augmentation des volumes d’achat, la facture française des importations de GNL a plus que décuplé en août, sur un an, selon une estimation.

Le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a averti la semaine dernière que la guerre de la Russie contre l’Ukraine ne devait pas se traduire par une domination économique américaine et un affaiblissement de l’Europe. Le Maire a critiqué les États-Unis pour avoir vendu du GNL à l’Europe à quatre fois le prix auquel ils le vendent à ses propres entreprises, et a appelé Bruxelles à agir pour une relation économique plus équilibrée entre les deux continents.

Cette même inquiétude est partagée par certains fonctionnaires de la Commission, a appris POLITICO, mais aussi par des industriels français.

Il est difficilement contestable que les États-Unis aient tiré certains avantages économiques de la guerre en Ukraine et aient moins souffert que l’Europe de ses conséquences économiques, a déclaré Bernard Spitz, responsable des affaires internationales et européennes au Medef, le lobby des entreprises françaises.

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