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France : Les mineurs non accompagnés peuvent-ils bénéficier du contrat « jeune adulte » ?

Le contrat « jeune adulte » est une extension de l’aide sociale à l’enfance pour les jeunes adultes jusqu’à 21 ans maximum. Pourtant, depuis que le Parlement français a adopté en décembre dernier un nouveau projet de loi sur l’immigration, les étrangers ont délivré une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) ne bénéficient plus du dispositif.

En France, le contrat « jeune adulte » permet de prolonger l’aide sociale à l’enfance (ASE) dont bénéficiaient les jeunes adultes, manquant de ressources ou de soutien familial, et âgés de 18 à 21 ans, lorsqu’ils étaient mineurs.

Pourtant, le terme « contrat » est trompeur, estime Lyes Louffok, militant des droits de l’enfant et ancien membre du Conseil national de protection de l’enfance (CNPE).  » Il n’y a rien de contractuel entre le département et le jeune majeur. Le vrai nom de cette formule est APJM : Accueil Temporaire de jeunes majeurs (Accueil provisoire jeunes majeurs) », a déclaré Louffok.

« L’accueil temporaire est donc une proposition obligatoire faite par le ministère à un jeune ayant bénéficié de l’Aide à l’enfance avant son entrée à l’âge adulte. Le jeune adulte peut l’accepter ou le refuser, mais le ministère doit le proposer.

Les lois sur la protection de l’enfance protègent les mineurs étrangers en Europe contre l’expulsion. Pourtant, une fois majeurs, la loi française les considère comme « sans papiers ».

Le contrat « jeune adulte » (APJM) offre donc aux jeunes migrants un temps d’adaptation, d’intégration et de régularisation de leur situation administrative avant de se lancer dans leur vie d’adulte. Surtout, si le dispositif se termine en théorie à l’âge maximum de 21 ans, « rien n’empêche les départements d’étendre l’aide jusqu’à 25 ans par exemple. Cela a déjà été fait », a expliqué Louffok.

Le contrat « jeune adulte » prévoit plusieurs types d’accompagnement :

  • Accueillir le jeune adulte dans sa structure d’accueil, comme une résidence pour éducateurs
  • Aide financière
  • Éducation et/ou soutien psychologique

Jusqu’il y a peu, le « contrat » ne dépendait pas de la situation administrative des jeunes adultes. Le département pourrait ainsi décider d’étendre l’aide à un jeune titulaire d’une OQTF : Obligation de quitter le territoire français (Obligation de quitter le territoire franais).

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Les titulaires d’une OQTF ne peuvent pas accéder au « jeune adulte »

Pourtant, le projet de loi français sur l’immigration adopté en 2024 va modifier les termes du contrat « jeune adulte ». L’article 44 du projet de loi stipule que les jeunes adultes étrangers titulaires d’une OQTF ne peuvent plus bénéficier de l’extension des prestations sociales à l’enfance.

« La loi est claire : les départements n’ont plus le droit de proposer l’APJM aux jeunes qui font l’objet de la procédure d’éloignement de l’administration française », a déclaré Louffok. « Mais rien ne les empêche (les départements) de créer un système équivalent, portant un autre nom, pour ne pas priver les jeunes majeurs de protection. » Les jeunes étrangers reçoivent souvent une OQTF « entre 18 et 19 ans, le temps que la préfecture étudie leur dossier ».

L’article 44 peut donc « plonger ces jeunes dans une situation de précarité. Ils se retrouveront de facto à la rue », estime Louffok. Au lieu de rester dans leur centre d’accueil, leur domicile, « ils vont devoir se contenter des centres d’hébergement d’urgence pour dormir au chaud, alors que tout le monde sait que la situation est compliquée et qu’il y a peu de places. On oblige clairement ces jeunes à errer dans la rue. »

InfoMigrants ont documenté de nombreux cas de jeunes étrangers invités à quitter la France à l’âge de 18 ans alors qu’ils étaient en formation ou en apprentissage. Certains avaient même des promesses d’emploi.

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« Ma vie s’est effondrée quand j’ai eu 18 ans »

La préfecture des Ardennes (centre administratif) dans l’Est de la France a délivré au moins 25 OQTF en janvier 2023 à des jeunes migrants du département. Des associations et même des chefs d’entreprise partout en France militent pour que le département leur permette de rester en France pour poursuivre leurs études.

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InfoMigrants rencontre Omar, arrivé en France à 16 ans et étudiant en restauration. Pourtant, à 18 ans, son contrat d’apprentissage prend fin et le jeune Guinéen bénéficie d’une OQTF.

« Tout se passait bien, le patron était content et je m’adaptais bien, se souvient-il. « Pourtant, le jour de mes 18 ans, ma vie a complètement changé. Tout s’est effondré (…) Après le rendez-vous et la prise d’empreintes digitales à la préfecture (centre administratif) (…) J’ai reçu une obligation de quitter le territoire français accompagnée d’une interdiction de revenir sur le territoire français (IRTF), malgré mes documents de travail et lettres de recommandation de mon employeur, de mon école et de mon professeur de français. »

Laye Traor, un autre jeune Guinéen, est devenu un symbole du combat des jeunes étrangers pour leur régularisation. Il a obtenu ses papiers suite à la grève de la faim médiatisée en 2021 de son patron, le boulanger Stéphane Ravacley.

InfoMigrants a également raconté l’histoire d’Adama Ballo, un Malien titulaire d’une OQTF. Le jeune homme est arrivé en France mineur et a ensuite trouvé un emploi permanent de boucher en Normandie. Pourtant, l’histoire du jeune homme s’est bien terminée. Le parquet de Normandie a annulé son OQTF le 27 décembre 2022. Le maire de Rouen a personnellement contacté la préfecture (centre administratif) pour lui demander de revenir sur sa décision. « Je voudrais vraiment remercier tous ceux qui m’ont soutenu », avait alors déclaré Adama. « C’est un merveilleux cadeau de Noël. »

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