France : des manifestants mettent le feu à un couvent historiqueSeulement trois lignes dans les médias
Lors des manifestations pour la réforme des retraites, des manifestants radicaux de Rennes ont tenté d’incendier le couvent des Jacobins ainsi qu’un commissariat.
par Willy Fautr

Le 14 avril, dans la ville de Rennes, des manifestants radicaux anti-Macron d’extrême gauche, qui s’opposent à la nouvelle loi fixant l’âge de la retraite à 64 ans, ont mis le feu à l’historique Couvent des Jacobins, reconverti en salle de congrès, et a fait de même dans un poste de police qui était vide à ce moment-là. Les médias français n’ont consacré que quelques lignes à cet acte de violence visant un édifice catholique du XIVe siècle.
Des dégâts considérables ont également été causés aux commerces du centre-ville.
Le ministre de l’Intérieur Grad Darmanin a vivement condamné ces débordements sur Twitter. Les dégâts et attentats de ce soir à Rennes, contre un commissariat et le Couvent des Jacobins, par des casseurs déterminés à se battre sont inacceptables. Il a promis un soutien total aux policiers et gendarmes mobilisés, ajoutant que les auteurs seront poursuivis.
Le syndicat des officiers et commissaires de police a également réagi aux dégâts au commissariat jugés lamentables. Voici un commissariat de police de Rennes destiné à accueillir nos concitoyens qui part en fumée. Pourquoi? Cette action des militants discrédite la lutte contre la réforme des retraites, estiment les syndicalistes.
Suite à ces incendies, une enquête a été ouverte pour dégradation par voie dangereuse et association de malfaiteurs. Trois personnes ont été placées en garde à vue. Nous verrons quel sera le résultat final des poursuites, le cas échéant.
Le couvent est une fondation de l’Ordre des Prêcheurs, plus connu sous le nom de Dominicains ou (en France) Jacobins. L’originalité de ce nouvel ordre, créé en 1215, réside dans sa situation au cœur des villes.
La première pierre du couvent est posée le 2 février 1369, en présence du duc de Bretagne et édifié sur les terres de deux généreux donateurs, Pierre Rouxel et son épouse. Sa construction marqua le début d’un important renouveau spirituel, intellectuel et politique dans l’histoire de la ville et de la Bretagne. Le travail fut plutôt lent car il ne reposait que sur les dons des fidèles. Pour accélérer l’entreprise, le duc Jean IV de Bretagne apporte son soutien financier et en devient le fondateur officiel.
Le couvent des Jacobins devint rapidement le lieu d’un important pèlerinage, grâce à la dévotion portée à l’image de la Vierge de la Bonne Nouvelle.
Aux XVIe et XVIIe siècles, l’importance du couvent des Jacobins n’est pas seulement liée au culte de Notre-Dame de la Bonne Nouvelle, mais aussi à son rayonnement intellectuel, qui se traduit par un nombre croissant de vocations religieuses. La théologie était la principale matière enseignée ici, qui pouvait être complétée par la philosophie, le droit canonique et les Saintes Écritures.
L’enseignement s’appuyait sur l’importante bibliothèque du couvent : il y avait plus de 5 000 livres imprimés (dont une partie est aujourd’hui conservée par la bibliothèque de Rennes Métropole). Juste avant la Révolution, certains frères adhèrent aux nouvelles idées de la franc-maçonnerie. Sur la vingtaine de dominicains restant au couvent dans les années 1770, au moins cinq étaient actifs dans la loge maçonnique Parfaite Union.

A la Révolution, tous les biens religieux sont saisis et deviennent propriété de l’Etat. Beaucoup d’entre eux ont été démantelés et vendus comme biens nationaux. Cependant, les bâtiments conventuels ne trouvent pas preneur. En 1793, le couvent est affecté à l’armée et adapté pour servir de magasins militaires. Jusque dans les années 1980, le couvent était le siège des associations sportives des armées ; il abritait également du matériel et certaines archives du ministère de la Défense. Le couvent est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en septembre 1986. Il est classé monument historique en mai 1991. En 2002, il devient la propriété de Rennes Métropole qui le transforme en salle de congrès en 2018.