Enjeu de « sécurité » ou « fabrique de l’impunité » ? La « présomption de légitime défense » des policiers et gendarmes, une proposition qui fait débat

Enjeu de « sécurité » ou « fabrique de l’impunité » ? La « présomption de légitime défense » des policiers et gendarmes, une proposition qui fait débat
Un policier avec une arme. (Photo d’illustration). – Crédit: –

D’une part, la conviction est un véritable enjeu pour les forces de l’ordre. De l’autre, la crainte d’un « sentiment d’impunité policière ». Alors que le syndicat Alliance appels à manifester Ce samedi 31 janvier dans toute la France, les députés devraient être prochainement appelés à se prononcer sur une proposition de loi visant à instaurer une « présomption d’usage légitime de leur arme à feu » par les forces de l’ordre.

Porté initialement par le député LR Ian Boucard, un amendement prévoyant que les policiers et gendarmes ouvrant le feu sont « présumés » avoir agi en état de légitime défense a déjà été adopté en commission grâce aux votes de la droite et du gouvernement.

Le 22 janvier pendant la niche parlementaire LR (journée durant laquelle un groupe contrôle l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et peut soumettre au vote ses propositions législatives), le texte n’a finalement pas été adopté en plénière, faute de temps pour voter, entre suspensions de séance et motions d’ordre.

« Nous réintégrerons évidemment ce texte » à l’ordre du jour, a affirmé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui soutient la proposition, sur notre antenne, jeudi 29 janvier dernier.

« Les policiers ont recours à la force légale », déclare le ministre de l’Intérieur, qui ajoute que les tirs mortels des policiers et gendarmes sont « stables, voire en baisse ».

Renverser la charge de la preuve

L’amendement qui a été adopté en commission et qui doit désormais être soumis aux députés est en réalité une modification de l’article L435-1 du Code pénal, lui-même introduit par une loi de 2017. Jusqu’à présent, cet article sous-entend que l’usage de leur arme par les policiers ou les gendarmes est légitime si deux critères sont respectés : la nécessité absolue, et la stricte proportionnalité.

Mais selon le syndicat de police Alliance, ces critères ne protègent pas suffisamment les policiers. « Aujourd’hui, chaque fois que des policiers font usage de leurs armes dans des affaires un peu médiatiques, une présomption de culpabilité est établie », a déclaré Stanislas Gaudon, délégué national du syndicat.

Si la proposition est adoptée puis inscrite dans la loi, il n’appartiendrait désormais plus au policier de prouver qu’il a agi en état de légitime défense, mais au parquet de démontrer que ce n’était pas le cas.

« Ce que nous exigeons, c’est qu’il y ait un renversement de la charge de la preuve, qu’il appartienne au procureur de la République de mener l’enquête et d’apporter des éléments pour prouver qu’il ne s’agissait pas de légitime défense », précise Stanislas Gaudon, qui assure que cela permettrait aux forces de l’ordre d’exercer de manière  » sereine « .

Un « permis de tuer » ?

Fermement positionné contre ce projet de loi, le Ligue des droits de l’homme (LDH) craint que cette nouvelle « présomption » n’incite davantage les policiers à faire usage de leurs armes. L’article de loi de 2017 « posait déjà problème, d’autant qu’on voit que ce sont principalement les personnes d’origine maghrébine ou subsaharienne qui sont ciblées », estime Nathalie Tehio, présidente de la LDH et avocate.

Selon elle, si l’on part du principe que les critères de « nécessité absolue » et de « stricte proportionnalité » sont déjà remplis, l’infraction est donc « effacée » : « C’est ce qu’on appelle l’autorisation de la loi, le policier est couvert ».

« Nous sommes en train de modifier une loi pour créer l’impunité », dénonce encore Nathalie Tehio. « Nous encourageons les policiers à utiliser leurs armes. Nous leur disons, en termes clairs : ‘vas-y’. »

Stanislas Gaudon, du syndicat Alliance, s’en défend au contraire : « Ce n’est absolument pas un permis de tuer », assure-t-il.

« Forcer la justice à travailler davantage »

Même au sein des forces de l’ordre, cette proposition ne fait pas l’unanimité. La CGT-Police estime par exemple qu’un tel texte « exposerait davantage » les policiers à des sanctions, plutôt que de les protéger.

« Cela va plutôt obliger la justice à travailler davantage, et les victimes ou leurs familles à exiger que la justice soit plus active sur ces dossiers, pour prouver que la légitime défense n’était pas pertinente », explique Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT Intérieur-Police, également auteur de Que peut faire la police ?publié en novembre aux Editions de l’Atelier.

« Si tout le monde est d’accord sur le fait qu’il ne s’agissait pas de légitime défense, cela ne donne pas un chèque en blanc aux policiers qui se retrouveront devant la justice », conclut-il.

Article original publié sur BFMTV.com

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