Down to Earth – Superpredator : Les humains et les loups peuvent-ils coexister ?
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Les loups étaient autrefois l’étoffe des mythes. Mais des décennies d’efforts de conservation les ont progressivement ramenés à la vie, le prédateur reprenant le territoire perdu à travers l’Europe. Leur retour, cependant, a suscité des tensions au sein des communautés rurales et des questions sur la façon dont l’homme et le loup peuvent coexister pacifiquement. L’équipe Down to Earth regarde de plus près.
Les loups ont fait un retour inattendu en Europe. Près de 17 000 personnes errent désormais sur le continent, une augmentation de 2 000 % en 50 ans. La France abrite près de 140 meutes. Contrairement à la croyance populaire, l’animal n’a pas été introduit par les défenseurs de l’environnement. Ils sont revenus dans les Alpes françaises depuis l’Italie dans les années 1990 et se sont depuis répandus dans les régions voisines. Il y a même eu des observations en Normandie et en Bretagne.
« Ni anges ni démons »
Le Parc Régional du Vercors, situé dans les contreforts des Alpes, est l’un des nombreux lieux connus pour l’observation des loups. Roger Mathieu, membre de l’association de protection de la nature France Nature Environnement, coordonne un groupe de plus de 20 naturalistes qui surveillent les meutes de loups dans la région.
« Les loups ne sont ni des anges ni des démons », dit-il. « Si on les laisse tranquilles, il ne fait aucun doute que dans 50 ou même 30 ans, les loups recoloniseront les terres qu’ils occupaient il y a un siècle. »
Roger s’empresse de souligner que les habitants n’ont rien à craindre. Les cas d’attaques graves de loups impliquant des personnes sont extrêmement rares.
Beaucoup comme Roger ont accueilli les loups à bras ouverts, signe d’un environnement sain. D’autres sont moins enthousiastes, notamment les éleveurs de moutons, qui ont subi des pertes importantes. En 2021, au moins 12 000 animaux d’élevage ont été tués dans des attaques de loups, soit près de quatre fois plus qu’en 2008.
Le sort des agriculteurs
Elisabeth Moreau, éleveuse de moutons et de chèvres dans le Vercors, l’a vu de ses propres yeux.
« Nous ne prenons pas soin de nos animaux pour qu’ils soient tués par des loups », dit-elle.
Elisabeth a depuis dû s’adapter. Les chiens de protection qu’elle a adoptés sont désormais ses collègues de travail.
« Sans les chiens, nous n’aurions pas de travail. En une semaine seulement, ils sont capables de tuer les 2 000 animaux d’élevage », affirme-t-elle. « Et je n’exagère même pas. »
Contrairement à beaucoup d’autres dans sa situation, Elisabeth n’est pas complètement contre la présence des loups, car « ils ont le droit d’être ici, tout comme nous ». C’est la gestion de la situation par le gouvernement qui est source de mécontentement. En cas d’attaque de loup, les éleveurs reçoivent des indemnités allant de 25 à 150.
« Ils donnent l’impression que tout est sous contrôle, mais ce n’est pas seulement une question d’argent », dit-elle.
Un équilibre difficile
L’Agence française pour la biodiversité, organisme étatique, a pour mission d’assurer la coexistence pacifique de l’homme et du loup. Mais c’est un équilibre délicat à trouver. Nicolas Jean, ingénieur en charge de la « stratégie loup » de la France, explique que l’Etat français a mis en place une série de mesures, apportant une aide aux éleveurs avec des chiens de garde et des filets autour des troupeaux. Si les attaques de loups persistent, le gouvernement français autorise l’abattage des loups, sous des conditions très strictes.
« Apprendre à vivre aux côtés des animaux sauvages nécessite un équilibre, un dialogue. Certaines mesures sont peut-être plus impopulaires que d’autres, mais il faut qu’il y ait un esprit de coexistence entre la nature et les activités humaines », conclut-il.