Conduite de la diplomatie transfrontalière suisse en France
L’Auvergne-Rhône-Alpes La région accueille la plus grande communauté de Suisses de l’étranger en France. Cela a aussi le plus grand nombre de transfrontaliers ouvriers. Le Consul général de Suisse à Lyon, Pascal Bornoz, parle à SWI swissinfo.ch à propos de « Swissness » dans la région.
Ce contenu a été publié le 8 juin 2023
SWI swissinfo.ch: Quel est le profil de la communauté des Suisses de l’étranger dans la région et quel défi représente-t-elle?
Pascal Bornoz : Le consulat à Lyon est en charge des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comt. Nous avons au total 112 000 citoyens suisses inscrits, dont 84 000 rien qu’en Auvergne-Rhône-Alpes. Au total, environ 206’500 citoyens suisses sont domiciliés en France.
La communauté est unie, autonome dans son fonctionnement quotidien, et active il y a plus de personnes en âge de travailler que de retraités. Mais il faut aussi se souvenir que 80% d’entre eux ont la double nationalité.
Les Suisses qui vivent ici sont bien intégrés. Dans cette mesure, la communauté ne présente aucun défi particulier.
SWI: D’autre part, à quels défis les Suisses de l’étranger de la région sont-ils confrontés ?
PB : Comme dans tout pays, s’installer en France, c’est s’adapter aux règles locales et s’accommoder de structures administratives différentes de ce que l’on connaît en Suisse. Je pense donc qu’il est important que le consulat ait de bons contacts avec les associations suisses de la commune. Ils sont nos intermédiaires.
Ainsi, et surtout depuis la pandémie de Covid-19, mon vice-consul et moi-même en profitons pour rencontrer des présidents de clubs suisses lors de nos déplacements. Une fois par an, j’organise un déjeuner à la résidence, et j’invite tous les présidents du district, une trentaine d’entre eux. De plus, la personne invitée peut amener le plus jeune membre actif de son groupe.
SWI : Les régions avec lesquelles vous traitez sont des régions frontalières. Les Suisses de ces régions ressentent-ils un besoin de swissness, même si leur pays d’origine est si proche ?
PB : Ah oui. Je constate cela tant dans les centres urbains qu’à la campagne. Les Suisses d’ici veulent rester en contact par le biais des médias, mais aussi par toutes sortes d’activités culturelles organisées par des particuliers ou le consulat ici.
Pour les jeunes enfants suisses, le consulat organise chaque année un événement appelé après-midi dans le parc de la résidence du consulat. C’est un goûter avec des manières ludiques de découvrir la Suisse. Tous les enfants suisses entre 4 et 8 ans sont invités à l’événement et peuvent amener un ami d’une autre nationalité ainsi qu’un adulte.
SWI : Des élections fédérales se profilent plus tard cette année. Qu’attendent les Suisses de votre région?
PB : Le personnel diplomatique et moi-même essayons d’y travailler en amont afin que nos concitoyens soient bien informés, sachent où s’informer et connaissent les démarches à suivre.
Nous informons la communauté via notre newsletter. Quand je vais à des événements, je soulève toujours ce sujet, même s’il n’y a pas d’élection à l’horizon à ce moment-là. Chaque année, nous envoyons une lettre aux jeunes Suisses en âge de voter, afin de leur rappeler tous leurs droits et devoirs, y compris voter. En janvier 2023, nous avons ainsi rejoint environ 1 500 personnes.
SWI : Quel rôle joue le consulat à Lyon auprès de la communauté des Suisses de l’étranger et auprès de la France ?
PB : Le consulat porte plusieurs casquettes. Premièrement, il agit comme un bureau du gouvernement local et s’occupe de toutes les exigences administratives de la communauté suisse. Deuxièmement, son travail est d’écouter, d’être prêt à ouvrir des portes et à développer une compréhension des enjeux entre la France et la Suisse. Selon moi, le rôle du consulat est de contribuer à trouver des solutions.
SWI : Quels types de problèmes nécessitent des solutions ?
PB : Télétravail, ressources énergétiques et mobilité. Il est facile de passer la frontière à Bardonnex (Genève) ou de passer d’un côté à l’autre sur le chemin de fer Leman Express, mais peu de gens sont conscients de tout le travail que cela demande en coulisses. Au niveau régional, le consulat favorise le dialogue nécessaire entre les autorités françaises et suisses concernées. Cependant, lorsqu’un problème doit être résolu au niveau national, notre ambassade à Paris ainsi que les ministères cantonaux et fédéraux sont les seuls responsables.
SWI : Quels sont les objectifs stratégiques du consulat pour les Suisses dans la région ?
PB : Nous avons deux objectifs principaux. Le premier est de s’assurer que la communauté puisse bénéficier des services dont elle a besoin en Suisse comme en France. Cela signifie que les administrations doivent travailler ensemble.
Notre deuxième objectif est de favoriser les contacts entre les Suisses de l’étranger dans cette région. Pour ce faire, nous invitons les gens au consulat, comme je l’ai mentionné plus tôt, et nous organisons également des événements à l’extérieur du consulat.
J’aime sortir et rencontrer nos concitoyens suisses. C’est une expérience enrichissante d’apprendre sur leur vie.
SWI : Vos situations sont-elles comparables à la vôtre et à la leur ?
PB : J’ai une autre vision de la vie en France, bien sûr, car je suis ici en affectation restreinte, alors que les Suisses ici sont majoritairement des résidents permanents. La nature de mon travail me donne une vision différente des choses, mais je pense comprendre leur vision et ce n’est vraiment pas si différent du mien.
SWI : Un nouvel accord franco-suisse sur le travail à distance est entré en vigueur fin 2022. Voyez-vous des effets ?
PB : Certainement ! Le consulat répond désormais à beaucoup moins de demandes de renseignements, ce qui montre que le nouvel accord a correctement géré les préoccupations des personnes concernées. Le nombre de travailleurs frontaliers concernés est d’environ 214 000 personnes.
Selon moi, cet accord sur les aspects fiscaux du travail transfrontalier à distance montre que si nous dialoguons sur les problèmes, nous pouvons contourner nos particularités territoriales et trouver des solutions.
SWI : Y a-t-il des sujets qui troublent les relations entre cette région et la Suisse ?
PB : Ce sont plutôt des problèmes mineurs, qui ont juste besoin de plus de dialogue pour trouver des solutions communes. À mon avis, cela montre simplement que les discussions ont toujours lieu et que la situation n’est pas enlisée.
Les relations franco-suisse sont positives et dynamiques. Les régions frontalières sont de grands espaces communs d’établissement et d’activité humaine, nous devons donc trouver des compromis et c’est notre travail quotidien.
Traduit du français par Terence MacNamee/amva
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