Comment Corinne Di Dio a-t-elle été tuée ? Au procès de « Ma Dalton », les médecins légistes évoquent un possible scénario de meurtre
Le Dr Jean-Georges Anagnostides se souvient encore « très bien » de son après-midi du 28 juin 1995. Ce jour-là, la Section de recherches de Rouen demandait au médecin légiste d’intervenir alors qu’une malle dérivant sur la Seine, dans l’Eure, venait d’être récupérée. « Il faisait très beau, le ciel était très bleu. Sur la berge, un gendarme a cassé le cadenas qui bloquait cette cantine. Il y avait des trous qui avaient été faits à la main sur chacun de ses côtés et le gendarme a remarqué qu’il y avait un corps. »
Les photos qui sont projetées au tribunal correctionnel des Yvelines, ce mercredi 24 juin, au procès pour le meurtre de Corinne Di Dio en 1995, donnent une idée de la peur des gendarmes lorsqu’ils ouvraient le coffre, trente et un ans plus tôt : deux cuisses repliées sur le torse, deux bras placés sur les côtés, et l’absence flagrante de tête et de mains. Alors que les photos défilent et que la famille de la victime a quitté la pièce, Marie-Thérèse Garcia, coaccusée de cette épreuve, gardez la tête baissée.
Le médecin légiste poursuit sa présentation à la barre. « L’état du corps était assez dégradé. (…) Un sac poubelle tapissait la cantine et le corps reposait sur ce sac », décrit-il. A première vue, sur la berge, le Dr Jean-Georges Anagnostides dénombre 11 lésions sur le corps. Le lendemain, lorsqu’il a réexaminé le corps dans de meilleures conditions, il a dénombré 16 coups de couteau.
Les enquêteurs mettront deux ans pour identifier formellement la victime : il s’agit de Corinne Di Dio, une vendeuse de 37 ans, disparue dans la nuit du 19 au 20 juin 1995, neuf jours avant la découverte de son corps. Trente et un ans plus tard, son ex-belle-sœur est jugée à Versailles, soupçonnée d’avoir joué un rôle dans ce sordide meurtre. Aujourd’hui âgée de 79 ans, elle a toujours clamé son innocence dans cette affaire.
L’ex-compagne de Corinne Di Dio, Antonio Marquez-Gomez est également accusé mais il est absent à l’audience. Visé par un mandat d’arrêt, les autorités le soupçonnent de se trouver en Colombie.
« Elle n’a pas dû beaucoup crier »
Selon le pathologiste, un couteau d’au moins 12 centimètres de long aurait été utilisé concernant les blessures constatées sur le corps du trentenaire, et la main qui a porté les coups est, selon toute vraisemblance, celle d’un droitier. S’appuyant notamment sur les quelques blessures défensives, l’expert a rapidement posé un diagnostic : « La mort a dû être rapide » et Corinne Di Dio a dû être prise de court.
« Quand on a des coups rapides en série dans la région thoracique, la mort arrive très vite. La victime s’effondre et cela peut expliquer cette lésion sur son bras gauche », indique-t-il avant d’ajouter : « Il est évident que lors de cette phase du combat, soit la victime connaissait son agresseur, soit elle était surprise. Mais il n’a pratiquement pas eu le temps de se défendre : on a simplement constaté deux lésions de défense. »
Me Najwa El Haïté,un des avocats de Marie-Thérèse Garcia, parle : « Corinne Di Dio a-t-elle eu le temps de crier dès le premier coup ? » Réponse : « Elle a certainement eu le temps de crier. Mais elle n’a pas dû crier beaucoup car c’est arrivé très, très vite. Le fait que le combat ait été particulièrement rapide, compte tenu de la répartition des coups et des causes de la mort, normalement, elle n’aurait pas dû avoir l’occasion de s’exprimer beaucoup. »
Tué par un professionnel ?
Quant à établir un profil plus précis de l’agresseur, c’est difficile à dire, explique encore le pathologiste en répondant à la question d’un juré sur la force nécessaire pour infliger de tels coups. « Il n’est pas nécessaire d’être très fort physiquement pour porter des coups violents. Quand on est dans le feu de l’action, les coups seront de plus en plus forts. Je ne pense pas que ce soit une question de force physique, mais de violence et de détermination », ajoute le Dr Jean-Georges Anagnostides.
Peut-être faudrait-il chercher la réponse dans la manière dont Corinne Di Dio a été démembrée après sa mort, suggère l’un des évaluateurs aux côtés des jurés : « Cela vous a-t-il semblé avoir été fait par un professionnel, ou par une personne ordinaire ? » demande-t-il.
« J’ai plutôt pensé à quelqu’un qui savait faire ça. (…) Cela demande une technique. Je me suis posé la question : qui pourrait faire ça, sinon quelqu’un qui a l’habitude ? », déclare prudemment le pathologiste, qui imagine que les coupes très nettes auraient pu être réalisées avec un instrument électrique comme une « scie à plâtre ».
A son tour, le président demande ce que pense l’avocat de l’absence de mains et de tête dans le coffre métallique. « Ce sont des techniques ‘classiques’ pour retarder l’identification par les enquêteurs », précise l’expert.
« La médecine légale n’est pas une science exacte »
Une fois démembré, le corps de Corinne Di Dio a été stocké dans la cantine métallique, elle-même fermée par un cadenas, percée de trous sur les côtés afin qu’il puisse fuir, et jeté dans la Seine. Reste à déterminer quand exactement tout cela s’est produit et combien de temps la trompe est restée dans l’eau.
« La médecine légale n’est pas une science exacte. On n’est jamais sûr à 100%, mais ce corps m’a semblé avoir été démembré rapidement et avoir été rapidement immergé dans l’eau, pendant un temps qui ne m’a pas semblé très long », explique le Dr Jean-Georges Anagnostides. Il est bientôt renforcé par son collègue, le Dr Jean-François Michard, qui réexaminera le corps en 2023, justement pour déterminer cette période d’immersion.
Selon cette dernière, le corps de la vendeuse de 37 ans est resté immergé « au moins trois jours ». « L’altération du corps dans l’eau permet de réduire cet intervalle » et affirme que la malle a été lancée dans la Seine « entre le 19 et le 25 juin 1995 ».
Autre inconnue dans l’affaire : aujourd’hui encore, personne ne sait où Corinne Di Dio a été tuée. Ce mercredi après-midi, les trois avocats de Marie-Thérèse Garcia n’ont pas tardé à le souligner : le sang de la victime n’a jamais été découvert au domicile de leur client. Coupable ou non coupable ? Le tribunal devra se prononcer sur ce sujet le 3 juillet.