Cinq points à retenir des élections françaises
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Roula Khalaf, rédactrice en chef du FT, sélectionne ses histoires préférées dans cette newsletter hebdomadaire.
Le premier tour des élections législatives françaises, convoquées à la hâte le mois dernier par le président Emmanuel Macron, a révélé une nation en pleine mutation politique.
Le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen a atteint de nouveaux sommets en recueillant 11,5 millions de voix, son soutien augmentant à travers le pays et dans presque tous les groupes démographiques.
Mais son chemin vers une majorité absolue, qui lui permettrait de remporter 289 sièges sur 577 et de prendre le contrôle du gouvernement et de la présidence du Conseil, reste incertain au second tour du 7 juillet. Un parlement sans majorité absolue reste une possibilité et le président peut déclencher de nouvelles élections dans un an seulement, ce qui accroît l’incertitude politique qui entoure la France.
Voici cinq points à retenir du vote de dimanche :
Le nombre de tours à trois sera déterminant
La participation électorale a atteint son niveau le plus élevé depuis des décennies, ce qui a conduit à un nombre sans précédent de scrutins à trois tours (et même à quelques scrutins à quatre) dimanche prochain. Plus le taux de participation est élevé, plus le seuil à partir duquel les candidats peuvent passer au second tour est bas.
Plus de la moitié des sièges sur 310 scrutins pourraient se jouer en triangles au second tour. Chacun d’eux représente un dilemme tactique pour le bloc de gauche du Nouveau Front Populaire (NFP) et l’alliance de Macron Ensemble : le candidat arrivé en troisième position doit-il se retirer pour maximiser le vote anti-RN ?
Il y a 68 scrutins contre le RN où Macron’s Ensemble est en deuxième position et 62 autres où le NFP a enregistré la deuxième plus grande part de voix. L’avance du RN serait en danger dans la plupart de ces scrutins, mais seulement si ses rivaux s’unissent contre lui.
Les partis ont jusqu’à mardi soir pour se réinscrire pour le second tour, ce qui prolonge le temps imparti aux négociations. Leurs décisions contribueront à déterminer si le RN peut remporter une majorité absolue des sièges ou si la France se retrouve avec un Parlement fragmenté et sans majorité absolue.
Les jeunes électeurs penchent vers la gauche, tandis que Macron remporte de justesse les voix des plus de 70 ans
L’âge a été un facteur déterminant. De nombreux jeunes électeurs ont soutenu le NFP, le RN a obtenu de bons résultats dans toutes les tranches d’âge et les électeurs les plus âgés ont apporté leur soutien à l’Ensemble de Macron.
En effet, la seule tranche d’âge qui a accordé le plus de voix à Macron’s Ensemble est celle des plus de 70 ans, avec près d’un tiers d’entre eux soutenant le parti au pouvoir, selon Ipsos. Cela contraste fortement avec 2017, lorsque les jeunes électeurs ont aidé Macron à remporter d’abord la présidence, puis une majorité écrasante au Parlement. Cette année-là, 33 % des 25-34 ans l’ont soutenu, selon Ipsos, contre seulement 13 % dimanche.

Le NFP a obtenu de bons résultats auprès des plus jeunes électeurs, recueillant près de la moitié des voix des 18-24 ans. En revanche, le seul groupe à ne pas avoir donné plus de 30 % de ses voix au RN est celui des plus de 70 ans. Les électeurs plus âgés se souviennent de l’extrême droite sous Jean-Marie Le Pen et ne sont pas convaincus par les efforts déployés par sa fille depuis dix ans pour désintoxiquer le parti.
L’évolution démographique du vote d’extrême droite
Sous la direction de Marine Le Pen, le RN a bouleversé des décennies d’idées reçues sur ses faiblesses électorales.
Le parti a longtemps été considéré comme peu performant auprès des riches, des diplômés universitaires ou supérieurs et des personnes de plus de 60 ans. Il souffrait également d’un écart entre les sexes, attirant moins d’électrices.
Les résultats du premier tour montrent que ces maximes ne sont plus vraies. La base électorale du RN est désormais l’une des plus larges de tous les principaux partis français.
Le moteur de ce changement est le protégé de Le Pen, Jordan Bardella, âgé de 28 ans, qui plaît aux femmes et n’a pas le bagage du nom Le Pen.
Le RN s’est également engagé à mener une politique budgétaire plus prudente et a déclaré qu’il maintiendrait les réductions d’impôts prévues par Macron pour les entreprises, dans le but de rassurer les électeurs les plus riches et le monde des affaires.
Les centristes de Macron ressentent la pression
L’alliance centriste de Macron a remporté le plus de voix au premier tour des élections législatives de 2022 ; mais elle est tombée à la troisième place dimanche.
Le soutien à Macron avait déjà chuté de manière vertigineuse depuis 2017, lorsque le jeune président français avait surfé sur une vague d’enthousiasme autour de son programme de réformes pour obtenir une majorité parlementaire absolue.
L’effondrement du centre Macron au Parlement

449
la première place est arrivée au 1er tour en 2017
201
la première place est terminée au 1er tour en 2022
68
la première place se termine au 1er tour en 2024
Les centristes de Macron ont recueilli 43,06 % des voix en 2017. Ils sont tombés à 25,8 % aux élections législatives de 2022, privant le président d’une majorité absolue et entravant son second mandat.
Au premier tour dimanche, Ensemble a été relégué à la troisième place, avec 22,4% des voix, derrière le RN et le NFP.
Macron a eu tort de penser qu’une élection anticipée signifierait que la gauche, éternellement divisée, ne serait pas en mesure de se rassembler à temps.
Malgré leurs grandes divergences politiques, les politiciens d’extrême droite comme de gauche sont arrivés à la même conclusion après le vote de dimanche : le macronisme est mort.
Les bastions de la gauche et de l’extrême droite livrés
Dans 76 circonscriptions, les candidats ont remporté la victoire, ce qui signifie qu’ils ont évité un second tour en obtenant une majorité absolue avec au moins 25 % des électeurs inscrits.
Les victoires écrasantes ont été presque également réparties entre le RN d’extrême droite avec 39 circonscriptions et le NFP de gauche avec 31. L’Ensemble de Macron n’en avait que deux, et les Républicains conservateurs, très réduits, en avaient une.
Le RN a ses bastions les plus forts dans le nord industriel, où Le Pen et ses alliés sont implantés depuis plus d’une décennie, ainsi que le long de la côte sud. Le Pen elle-même a été réélue avec plus de 50% des voix dans Hnin-Beaumont dimanche.
Mais le RN a aussi consolidé sa force dans les zones rurales et les petites villes où les électeurs ont le sentiment que les services publics ont reculé, comme en Gironde, près de Bordeaux, et en Haute-Saxe, en Bourgogne.
Le NFP de gauche a ses propres bastions dans les arrondissements de l’est de Paris et dans les quartiers pauvres et immigrés. banlieues autour de Paris, comme en Seine-Saint-Denis. Ils ont également remporté de gros succès dans des endroits présentant des caractéristiques démographiques similaires : les zones à faibles revenus situées à l’extérieur des petites villes comme Rennes et Nantes, et au nord de Marseille.
Cela s’explique en partie par le fait que les Français d’origine immigrée, notamment dans la communauté musulmane, ont commencé à voter en masse pour La France insoumise ces dernières années, car ils la considèrent comme leur seul porte-parole. Mathilde Panot, l’une des leaders de LFI, a été facilement réélue dans le Val-de-Marne, au sud de Paris.