Bébé gardé dans une camionnette : comment la disparition du garçon pendant un an et demi a-t-elle pu passer inaperçue ?
Plus de pyjama, plus de brosse à dents, plus de vêtements non lavés… Le procureur a dévoilé mercredi 15 avril 2026 les documents d' »une très longue histoire » : celle d’un garçon de 9 ans qui a été gardé pendant un an par son père dans une voiture, en Alsace.
Retrouvé le 6 avril à Hagenbach, près de Mulhouse, l’enfant a été retrouvé « pâle et apparemment malnutri », allongé nu sous une couverture, parmi les détritus et à côté des excréments. Son père, 43 ans, a reconnu les faits. Accusée d’enlèvement et de privation de soins et de nourriture, elle risque jusqu’à 30 ans de prison.
Garée devant la maison familiale, la voiture n’avait aucun endroit où passer au quotidien. Comment une chose pareille aurait-elle pu échapper aux radars de tous, de leur entourage jusqu’aux entreprises ? Pour comprendre le fonctionnement de la maltraitance des enfants et le signalement des erreurs, Yvonne Muller, professeur de droit pénal et experte des violences conjugales à l’Université Paris Nanterre, est l’invitée du podcast. Titre en vedette.
Comment la maltraitance des enfants est-elle reconnue et quand commence-t-elle ?
Je vous répondrai brièvement avec la Convention internationale relative aux droits de l’enfant de 1989, puisqu’elle exige déjà toutes sortes d’abus que les enfants peuvent subir : abus, abus physiques ou mentaux, abandon, négligence, abus et viol, y compris les abus sexuels.
Certains auteurs en ont regretté le sens, mais depuis lors, nous disposons d’un compte rendu très précis des lois du pays. La loi du 7 février 2022 a créé un chapitre spécifique sur les violences dans le Code de l’action sociale et des familles. Le premier article de ce chapitre définit la violence comme visant toute personne vulnérable lorsque des actes, paroles, actions ou inactions peuvent interférer ou nuire à son développement, à ses droits, à ses besoins fondamentaux ou à sa santé.
Cela s’applique quelle que soit la relation de confiance, de dépendance, de soins ou de soutien, et les circonstances de l’abus peuvent être intentionnelles ou non. Selon la procédure judiciaire et pénale, la maltraitance peut conduire à divers délits tels que la violence physique ou psychologique, les abus et agressions sexuels ou la maltraitance des enfants.
Quels sont les signes les plus courants de maltraitance envers les enfants ?
Signes courants et visibles blessures répétitives ou inexpliquées: symptômes sur le corps, hématomes, brûlures, morsures, fractures, plaies ou tumeurs. De plus, nous constatons parfois une négligence de l’hygiène de l’enfant. Dans les domaines du comportement et des émotions, il peut y avoir des changements brusques de comportement, notamment à l’école, par exemple une baisse des résultats ou un absentéisme. Nous pouvons également éprouver de la tristesse, de la colère, du ressentiment ou de l’isolement. Certains symptômes seront plus évidents pour le médecin, comme des troubles du sommeil ou un retard de croissance. L’enfant peut notamment être également en état d’hypervigilance.
Comment ces abus peuvent-ils affecter le développement à long terme d’un enfant ?
L’enfance est une période de formation du caractère. L’intimidation pendant cette période peut entraîner des ruptures relationnelles et des problèmes relationnels plus tard dans la vie. Nous constatons que les enfants maltraités deviennent des adultes facilement déprimés ou développant des comportements addictifs. Parfois, nous voyons d’autres maladies, notamment le cancer, des enfants qui ont été maltraités.
On s’interroge souvent sur le rôle de l’école, de la mairie ou des gens qui nous entourent. En général, qui porte la plus grande responsabilité en cas de maltraitance ?
Dans ce domaine, nous parlons de la responsabilité de toutes les parties, non pas pour la minimiser, mais pour souligner que plusieurs acteurs ont une responsabilité. Évidemment, les parents ont un devoir de diligence et de protection ; Se soustraire à cette responsabilité est un crime. On peut également reprocher à ceux qui suivent (famille, amis proches) de ne pas avoir aidé la personne en danger et de ne pas avoir signalé les abus s’ils ne le savaient pas et n’ont rien fait. Dans une affaire récente, une éducatrice en garderie a été poursuivie pour avoir omis de signaler les violences commises par ses collègues et a été condamnée à payer des dommages et intérêts.
Le Code pénal exige quiconque sait comment être torturéagression ou enlèvement d’un mineur à signaler aux forces de l’ordre ou aux autorités. Les secrets professionnels, notamment pour les médecins, sont supprimés dans ce cas. Enfin, les entreprises peuvent être tenues responsables si elles ne respectent pas leurs obligations. La Cour européenne des droits de l’homme a critiqué la France en 2020 après la mort d’une jeune fille, parce que les autorités n’avaient pas réussi à la protéger, même si le directeur de l’école avait déclaré qu’elle avait été maltraitée en 2008.
Quelles mesures empêchent les victimes de s’exprimer ou de fuir ?
Cela fait référence à la notion de contrôle, très courante dans les violences domestiques. Dans la relation de l’enfant avec ses parents, ce qui l’empêche de partir, c’est sa dépendance totale, qui est à la fois et surtout mentale.
A-t-on une idée de l’histoire des parents violents ?
Socialement ou économiquement, il n’existe pas de bilan comparable. S’il y a une histoire, elle est sans doute très psychologique et émotionnelle : les auteurs des violences sont souvent impliqués. une histoire de violence dans leur enfanceconfusion mentale, mauvaises habitudes ou immaturité. Il convient d’ajouter que les pressions sociales, telles que les problèmes économiques ou l’isolement, peuvent favoriser l’évolution de ce type de violence.
Pourquoi un enfant serait-il encore amoureux de ses parents violents ?
C’est ce qu’on appelle « l’attachement paradoxal ». L’enfant reste amoureux de son parent car il sait qu’il a besoin de lui pour vivre ; c’est un partenariat important. Il a une tendance, même violente, à penser du bien du parent et à se culpabiliser. Il y a un gros problème pour l’enfant de reconnaître la réalité de la maltraitance.