Affaire en appel libyenne : lors de son interrogatoire, Nicolas Sarkozy accuse Claude Guéant et Brice Hortefeux d’être « coupables d’ignorance »

Un moment important dans le procès financier de la Libye. L’interrogatoire de Nicolas Sarkozy a débuté mardi 7 avril. Le discours le plus attendu de l’ancien chef de l’Etat. L’ancien Président de la République s’est adressé pour la première fois aux familles des victimes du DC-10 d’UTA.

« Il est impossible de laisser ces témoignages sans répondre. J’ai beaucoup réfléchi à ce que je voulais dire et à ce qui serait plus précis. En dire beaucoup est une plaisanterie, il ne suffit pas d’être indifférent », a déclaré l’ancien président, semblant bien conscient de ce comportement.

Pour rappel, Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir permis à ses collègues de négocier de l’argent fin 2005 avec le noble libyen Abdallah Senoussi, condamné à la prison à vie en 1999 pour avoir ordonné que cela arrive au DC-10 d’UTA, dont 154 Français qui ont perdu la vie.

« Il n’y a pas eu un seul centime libyen dans ma campagne »

« La vérité est la seule manière de mettre fin à cette souffrance. La vérité est qu’il n’y avait pas une seule pièce de monnaie libyenne à mon rendez-vous. La vérité est que je n’ai jamais rien fait en faveur d’Abdallah Senoussi », énumère l’ancien chef de l’Etat devant la Cour de cassation de Paris.

Dès la fin de son discours, l’avocat des parties civiles, Me Vincent Brengarth, a répondu à Nicolas Sarkozy, lui demandant de fournir « une explication claire de ce qui n’a pas été trouvé jusqu’à présent ».

Il a également rappelé que la décision qu’il avait prise initialement de condamner Nicolas Sarkozy à 5 ans de prison avec sursis et exécution provisoire et à 100 000 euros d’amende, « est très convaincante, soutient-il, soutenu ».

« Jusqu’à présent, les différentes enquêtes n’ont pas donné ces explications. Et nous les attendons du principal critique qui est Nicolas Sarkozy », explique-t-il.

« Une sorte de bonheur » sur Nicolas Sarkozy

L’avocat des parties civiles a souligné qu’il ne voyait pas Nicolas Sarkozy « avec le même pouvoir qu’avant ». « On voit, même s’il est trop tôt pour le dire, une sorte de bonheur », souligne l’avocat.

Nicolas Sarkozy a été interrogé par le président de la cour d’appel sur la manière dont il connaissait les deux fraudeurs présumés dans cette affaire : les hommes d’affaires Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri. Le premier est mort et le second a disparu.

L’ancien président de la République apparaît nerveux et souvent irrité par le dirigeant. Il a interrogé Dominique de Villepin, un proche d’Alexandre Djouhri, sur ses souvenirs. Histoire de Clearstream en 2005.

Il s’en est également pris à Brice Hortefeux, qui était dans la salle, et à Claude Guéant, sans raison de santé, reprochant l’irréflexion de ses collègues pour avoir eu deux lettres de soufre, à son insu, a-t-il précisé.

En début d’après-midi, Nicolas Sarkozy, toujours en poste, est revenu sur les rencontres entre ses proches collègues, Claude Guéant puis Brice Hortefeux, et les autorités libyennes en 2005, dont le terroriste Abdallah Senoussi. Ces rencontres ont préparé le terrain pour la première condamnation de Nicolas Sarkozy pour terrorisme, en préparation.

Tout d’abord, Claude Guéant, dont le parcours de planification a commencé avec quelques jours de Nicolas Sarkozy en octobre 2005, lorsqu’il rencontrait le colonel Kadhafi en tant que ministre de l’Intérieur pour discuter de l’immigration.

« Ce voyage prévu par mon chef de cabinet Claude Guéant était important, on ne va pas en Libye comme on va en Espagne ou en Angleterre. Mais Claude Guéant s’est trompé », dit-il, ajoutant qu’il l’y représentait, et qu’il « avait permis à Ziad Takieddine de préparer ce voyage ».

Quant à Brice Hortefeux, qui s’y était rendu comme délégué ministériel en décembre 2005, « ce n’était pas un événement », ne s’en souvient plus Nicolas Sarkozy. Et concernant son séjour en Libye, ce dernier déclare que « c’était sous la tente » avec tous ses représentants. « La prochaine élection (présidentielle) en France n’a pas été discutée du tout », confirme-t-il.

Contrairement à ce qu’affirmait alors Ziad Takieddine, « il n’y a eu aucun appel entre Abdallah Senoussi et moi, aucune rencontre ! », continue de dire l’ancien président.

« Il s’est rendu coupable de négligence »

Face à lui, le président de la cour d’appel Olivier Géron reste dubitatif : « il vous a fallu six ans et une question du juge d’instruction pour constater que vos proches avaient rencontré Abdallah Senoussi en 2005, lorsqu’il apparaît en noir sur blanc dans le premier journal de Mediapart en 2012 ? Le journal qui vous a porté plainte, également, Nicolas.zy.

« Vous savez, quand le journal paraît, en 2012, on est entre deux tours, je regarde la victoire, et je regarde aussi l’incendie pour l’éteindre. Et l’incendie, c’est 50 millions d’euros qui seraient arrivés dans ma campagne ! », tente de se défendre l’ancien chef de l’Etat.

Interrogé à nouveau sur Brice Hortefeux, assis derrière lui, et Claude Guéant, Nicolas Sarkozy ne s’en plaint pas. « Ils étaient coupables d’avoir agi avec sagesse. Victimes plus tard de la tromperie de Ziad Takieddine, bien sûr, mais coupables d’abord, imprudemment, d’avoir permis à Ziad Takieddine de se rendre vers eux », a-t-il plaidé.

Le procès s’est terminé vers 18h40 et reprendra mercredi à 9 heures.

L’article original a été publié sur BFMTV.com

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