Incendie en Gironde : comment les autorités ont évacué des dizaines de milliers de personnes
C’est une opération que les autorités espéraient ne jamais avoir à lancer. Face à la progression rapide de l’incendie au nord du bassin d’Arcachon, qui a ravagé 12 500 hectares, la préfecture de Gironde a ordonné dans la nuit de jeudi à vendredi une série d’évacuations allant jusqu’à la presqu’île du Cap Ferret.
Les habitants et les touristes ont quitté la zone par la route mais aussi par la mer. A midi ce vendredi 24 juillet, la préfète de Gironde, Sophie Brocas, a fait état de 44 000 personnes évacuées ces deux derniers jours, tandis qu’une cinquantaine de maisons et un camping ont été détruits par l’incendie, toujours non maîtrisé.
Tout s’est accéléré peu après minuit. « A minuit, cet incendie XXL a soudainement grossi. Ma priorité est de protéger les vies et les populations »explique Sophie Brocas, qui décide alors d’évacuer Le Porge et Lège-Cap-Ferret, dont certains habitants avaient déjà été évacués la veille.
Julie, évacuée du Porge avec son compagnon et leurs deux jeunes enfants, a déclaré à l’AFP que « la police a sonné à toutes les portes ».
« Nous avions déjà fait nos valises au cas où, mais ils nous ont donné deux minutes et ont veillé à ce qu’il n’y ait plus personne dans la maison »elle témoigne. A Lège-Cap-Ferret, Jean Gonçalves quitte son domicile après avoir vu le chalet en bois de son voisin prendre feu. « C’est une catastrophe, c’est horrible »confie ce résident de longue date. Les établissements de santé ont également dû être évacués et les patients transportés vers d’autres hôpitaux de la région.
Évacuations par route ou par bateau
Le préfet avait également annoncé des évacuations préventives au Temple, à Saumos, Arès et Andernos-les-Bains. Mais à une heure du matin, la situation s’est encore détériorée. « L’incendie franchit la ligne de défense que les pompiers tenaient depuis deux jours, raconte le préfet. En brisant cette écluse, cela signifiait qu’il se dirigeait vers la presqu’île du Cap Ferret. » L’ordre a alors été donné d’évacuer. Une opération délicate puisqu’il n’existe qu’une seule voie terrestre pour évacuer les 40 000 estivants de la péninsule.
Les messages FR-Alert sont d’abord envoyés aux téléphones mobiles. « Nous les avons envoyés par secteur, par village, pour que les routes ne soient pas totalement encombrées »explique Sophie Brocas. « Nous leur avons demandé de prendre la route qui mène à Bordeaux, la départementale 106 »le seul couloir permettant de sortir de la presqu’île de Lège-Cap-Ferret, « sécurisé par la police »selon elle.
Pour les personnes ne disposant pas de véhicule ou afin de désengorger le réseau routier, des navettes maritimes sont également mises en place avec la préfecture maritime et le Syndicat des bateliers d’Arcachon.
Un plan d’évacuation préparé après les incendies de 2022
Plus de 800 personnes ont rejoint Arcachon en bateau dans la journée, selon la mairie. Les évacués sont accueillis au Palais des Congrès de la ville avant d’être orientés vers des solutions d’hébergement. « Nous avons reçu l’alerte d’évacuation à 6 heures du matin. Alors sans vraiment savoir comment faire, nous avons juste pris le bateau directement pour Arcachon »explique Clément qui était en vacances au Cap Ferret. « C’était un peu de panique mais quand nous sommes tous montés sur le bateau, c’était un soulagement »raconte Élodie, saisonnière, interviewée par la radio Ici.
« Tout s’est bien déroulé, une simulation d’évacuation avait été préparée en 2025, après les incendies de 2022, les valises étaient prêtes, les gens étaient calmes »constate David Lafforgue, commerçant du Cap Ferret et élu de la commune interrogé par téléphone par l’AFP, présent sur place en pleine journée après avoir évacué sa famille dans la nuit.
Cette évacuation n’a pas été improvisée. Après les incendies exceptionnels de l’été 2022, les services de l’État avaient élaboré un plan spécifique pour la presqu’île de Lège-Cap-Ferret. Approuvé en juillet 2023, il prévoit une évacuation essentiellement par voie terrestre, avec la possibilité de recourir aux moyens maritimes si la situation l’exige. Les autorités soulignent que cet engin avait également fait l’objet d’une simulation en 2025. Il était conçu pour évacuer « 10 000 à 14 000 personnes en 24 heures, en priorité les personnes vulnérables »selon la préfecture de la Gironde.
Les sinistrés dirigés vers Bordeaux, de nouvelles villes évacuées
Faute de proches pouvant les accueillir ou d’autres solutions d’hébergement, les personnes évacuées sont orientées vers Bordeaux. Le parc des expositions a été réquisitionné, des lits de camp y ont été installés et de nombreuses équipes y ont été mobilisées, comme les équipes de la Ville et la Croix Rouge. La capacité d’accueil est fixée à 1 000 personnes et selon les autorités, 300 personnes avaient déjà atteint l’accueil à midi ce vendredi.
Le risque de saturation est d’autant plus grand que les ordres d’évacuation se sont multipliés dans la journée. La préfecture a annoncé celle d’Andernos-les-Bains, où les départs organisés par la gendarmerie s’effectuent progressivement afin d’éviter les embouteillages sur les routes. Sur place il y avait des lieux pour accueillir des sinistrés venus d’autres villes et qui devront donc aussi se rendre à Bordeaux faute de solutions.
Elle a également ordonné l’évacuation d’Arès, toujours quartier par quartier. Les personnes ne disposant pas de solution d’hébergement peuvent être hébergées dans les centres d’hébergement ouverts à Marcheprime, Mios, ainsi que dans toutes les communes de l’agglomération d’Arcachon. Malgré l’organisation, des habitants ont signalé des blocages de circulation ce vendredi après-midi.
« Les conditions météorologiques restent défavorables avec des rafales de vent attendues jusqu’à 80 km/h et des orages secs qui pourraient éclater localement »souligne la préfecture dans son dernier point de situation ce vendredi. Et les pompiers luttent également contre les flammes dans le secteur de Biscarrosse, où 2 500 hectares ont été ravagés, et plus de 23 000 personnes ont été évacuées.
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