L’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans s’appliquera-t-elle vraiment dès la rentrée ?
C’était l’une des promesses d’Emmanuel Macron. Après des mois de débats et de désaccords constatés en commission mixte paritaire, ministres et sénateurs ont approuvé, mardi 21 juillet, une déclaration instaurant un minimum de 15 ans pour pouvoir accéder aux réseaux sociaux en France.
La loi prévoit la mise en œuvre de cette interdiction à partir du 1er septembre, si le Conseil constitutionnel, dont les socialistes ont annoncé qu’il se tiendra « probablement », ne voit pas une erreur. Tout d’abord, tout utilisateur souhaitant créer un nouveau compte doit fournir la preuve qu’il a au moins 15 ans. Puis d’ici le 1er janvier 2027, les plateformes devront vérifier l’âge de tous les utilisateurs. LE « Encyclopédie en ligne »LE « écrits académiques ou scientifiques », LE « Plateformes gratuites de développement et de partage de logiciels » ou « Des projets numériques à fonction pédagogique » ne sont pas concernés par cette restriction.
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Cependant, plusieurs délégués restent sceptiques quant à la mise en œuvre de la loi. « C’est un bloqueur de voix »regrette le sénateur socialiste David Ros, rapporte Sénat de l’État. « L’interdiction, pour moi, est impossible, car nous ne savons toujours pas comment gérer les années, même si c’est dans deux mois, même si nous avons un conflit qui se déroule en Europe »a argumenté Arthur Delaporte, député et porte-parole du Parti socialiste, interrogé par Radio du Sud le matin du vote. Nous vous expliquons les différentes raisons qui font que la mise en œuvre de cette loi constitue un frein.
· Implémentation difficile de la vérification de l’âge sur les plateformes
La promulgation de la loi ne résout pas la question la plus difficile : comment vérifier l’âge des utilisateurs ? Le communiqué n’explique pas en détail comment les plateformes vérifieront l’âge des utilisateurs, et ce sera à elles de s’y conformer. « Les grandes plateformes, selon moi, sont prêtes »estime la députée Laure Miller, députée de Renaissance et chroniqueuse.
Le gouvernement mise sur le plan de « faire confiance à quelqu’un »pouvoir vérifier qu’un internaute a moins de 15 ans sans soumettre toutes ses informations personnelles aux plateformes. Des solutions comme France Identity ou Docaposte font partie des outils envisagés. La ministre du Numérique Anne Le Hénanff s’est montrée confiante : « Nous sommes prêts »estimant que les informations obtenues et la vérification de l’âge affiché sur les images pornographiques permettront un déploiement plus rapide.
La réalité est que l’ampleur de ce projet n’est pas viable. Les plateformes devraient modifier leur processus de création de compte, puis demander aux utilisateurs déjà inscrits de vérifier leur âge dans les mois suivants. Un défi technique qui consiste aussi à convaincre des groupes internationaux comme Meta, TikTok ou Snap d’envoyer rapidement ces outils en France. L’Australie, qui est le premier pays à interdire les réseaux sociaux aux jeunes de 16 ans, a prouvé qu’il était difficile de faire respecter la loi. Le directeur national, après trois mois, a montré des plateformes qui ne correspondaient pas aux nouveaux postes.
À cela s’ajoute un problème bien connu des experts du numérique : il n’existe aucun moyen de garantir l’ère de la fatalité. Les VPN, les « réseaux privés virtuels » qui permettent la confidentialité en ligne, l’utilisation de comptes créés par les autorités ou d’autres mesures de sécurité peuvent réduire l’efficacité de la mesure. Les responsables estiment toujours que cela réduira considérablement l’exposition des très jeunes.
· La question de l’Union européenne… et le Conseil constitutionnel
Un autre obstacle surmonté un peu : la loi édictée en France doit être compatible avec la loi sur les services numériques (DSA), la loi européenne qui encadre les principales plateformes numériques. Et ça n’a pas marché.
La Commission européenne a déclaré que la France pourrait fixer un âge minimum pour accéder aux réseaux sociaux, tout en demandant d’examiner d’autres options. Bruxelles a une démarche similaire à l’égard de l’ensemble de l’Union européenne et demande surtout à la France de ne pas former un gouvernement qui romprait avec l’Union européenne.
Cela a fait une grande différence jusqu’au dernier mot. Le Sénat a d’abord défendu le plan « liste noire » des plateformes concernées, développées par Arcom. Cette solution a été abandonnée lors du CMP.
Dans un communiqué publié lundi, le Sénat s’explique « L’échange avec la Commission européenne (…) a amené la journaliste Catherine Morin-Desailly à proposer un retour à l’interdiction totale ». Malgré ce désaccord, le Sénat reste prudent et estime que « La menace contre la Constitution (…) ne peut pas être modifiée » à cause de ce fait.
· La difficulté de mettre en place une interdiction des téléphones portables dans les lycées en cinq semaines
La loi prévoit également l’interdiction des téléphones portables dans les lycées, comme dans les collèges où cette mesure est déjà en place. Édouard Geffray n’a pas attendu la mise en place de la loi pour espérer la publication, le 2 juillet, de la circulaire qui vise à renforcer l’interdiction des téléphones portables et autres produits connectés dans les lycées.
Là encore, le gouvernement souhaite inscrire les élèves dans les écoles dès le début de l’année, soit un mois plus tard. Mais les dirigeants syndicaux seront responsables du respect de l’interdiction. Il est prévu que des sanctions puissent être utilisées, comme la confiscation de l’appareil qui peut durer jusqu’à la fin de la journée scolaire. Il leur incombe également d’identifier les moyens de stocker l’équipement et de gérer les événements spéciaux, notamment pour les universitaires ou les étudiants ayant des besoins particuliers. Le tout en seulement cinq semaines.
Dans toute législation, le député Arthur Delaporte demande : « Préférerions-nous avoir une interdiction complète et équitable d’une durée d’un an, ou quelque chose qui serait inutile et qui serait expulsé en deux mois ? J’aime dire : prenons le temps de bien faire les choses et de faire en sorte que cela fonctionne. » Le sénateur centriste Laurent Lafon, président de la commission culture et membre de la CMP, abonde dans ce sens : « Tout le monde connaît les limites du texte, tant sur le plan juridique que selon les usages. »
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