« Les images sont vraies » : au premier jour du procès des CRS, on a jugé la brutalité des vêtements jaunes dans Burger King, le poids des vidéos
On dit souvent qu’une image vaut mille mots. Lundi 9 février, ces propos vagues prennent leur sens devant le tribunal correctionnel de Paris. Au premier jour du procès des neuf CRS déférés devant la justice pour avoir violemment combattu les manifestants dans le Burger King de l’avenue de Wagram à côté du meeting des Gilets jaunes en décembre 2018, l’image était au centre du débat.
Sans badge
Il y avait d’abord la question de savoir qui serait renvoyé. Dès l’ouverture du dossier, Me Arié Alimi et Me Moad Nefati, qui sont les avocats des partis gouvernementaux, ont critiqué le dossier. Les vêtements des huit accusés – dont un des CRS est absent pour raisons de santé et de famille – ne leur ont pas échappé. Lundi matin, tous les policiers sont arrivés à l’audience en uniforme, certains avec des bretelles. Les avocats estimaient que l’uniforme posait un problème d’égalité entre les accusés et les partis gouvernementaux. Le tribunal leur a donné raison.
Par conséquent, les accusés, portant des cravates noires sur des chemises blanches, ont regardé diverses vidéos diffusées au tribunal sans signal. Ces images proviennent des caméras de vidéosurveillance installées dans le Burger King où les violences ont été commises, et du travail des journalistes qui, sur le terrain, ont enregistré les événements.
En France, en 2018, le mouvement des gilets jaunes a été largement enregistré samedi. Ces vidéos ont permis d’identifier neuf policiers du CRS 43 de Chalon-sur-Saône, déférés au tribunal sept ans après les faits. Il a également prononcé un discours.
Il ressort de ces images que les manifestants qui se sont précipités vers le fast-food, après sa fermeture pour la journée, n’avaient pas d’ennemis et n’étaient pas violents. Ils souhaitaient plutôt se protéger des gaz lacrymogènes tirés un peu plus loin, sur la place Charles de Gaulle, par la police pour disperser la foule. On voit sur les mêmes images que les policiers ont frappé les manifestants, parfois allongés au sol ou les mains en l’air.
« La vérité, ce sont les photos. Et les photos sont vraies », a souligné Me Moad Nefati, l’avocat de Natan. Aujourd’hui âgé de 31 ans, Natan a été brutalement battu par six des accusés de Burger King. Le tribunal est censé entendre cela ce mardi.
Scènes de l’acte III
La défense a également diffusé des enregistrements audio et vidéo au tribunal. Il crée des scènes de l’acte III des Gilets jaunes à Paris. Cette journée a été considérée comme l’une des, sinon la plus difficile, du mouvement de la robe jaune qui a un ordre. Images de voitures volées, manifestations sous l’Arc de Triomphe, l’air s’est rempli de gaz lacrymogènes, la police a attaqué, et le chaos de l’ordre a été visible pendant sept minutes.
La vidéo n’a pas manqué d’offenser Me Arié Alimi qui s’est « excusé » auprès du tribunal de ne pas avoir pu présenter des « objections », selon ses termes.
Pourtant, ces images ont permis de voir les propos que les différentes critiques ont tenus ce lundi. Ils ont tous décrit une journée difficile en termes de maintien de leur calme et de confiance en soi de se sentir exclus.
« Ce jour-là, nous avons vécu un enfer avec mes amis », a déclaré Tommy P. « J’avais 24 ans (…) et ce que nous avons vécu, je pense que personne ne s’y était préparé », a-t-il ajouté, évoquant « s’occuper d’une organisation terroriste ». « J’ai eu peur toute la journée », a-t-il répété à plusieurs reprises. « Si nous avions pu procéder différemment, nous l’aurions fait », a-t-il déclaré, les mains derrière le dos tout au long de son témoignage.
Une vidéo de la comparution de Tommy P. a été diffusée devant le tribunal avant qu’il ne réponde. Il en sera de même pour tous les accusés qui seront entendus aujourd’hui. Le Président s’est appuyé sur ces images pour poser ses questions aux CRS, notamment à Fabio N.
« Les photos sont superbes »
CRS est appelé juste pour avoir participé à de nombreuses émissions dans l’émission avec son tonfa. « Je l’ai gardé organisé », a-t-il déclaré.
Les vidéos, dont certaines sont aussi difficiles à regarder qu’elles le paraissent, ont été regardées par Natan et Manon depuis le banc du parti de l’État. Manon, qui a fui avec son amie dans un fast-food où elle a été torturée, est l’auteur d’une de ces vidéos. Et c’est aux côtés de son avocat, Me Arié Alimi, assis à ses côtés pour l’aider, qu’il a été de nouveau encouragé en ce jour du 1er décembre 2018. Dans ce Burger King où il a reçu de nombreux coups de poing. Il doit témoigner ce mardi devant le tribunal correctionnel de Paris.