Images de BFMTV. L’incendie de Crans-Montana : ces ratés qui pourraient aussi incriminer le gouvernement et son ancien chef de la sécurité
« L’enquête prendra du temps », prévenait Béatrice Pilloud, la procureure générale du Valais, dès la première semaine de janvier. Et au final, qui sera responsable ? Qui retrouvera-t-on sur les bancs du tribunal ? Comme si la famille Moretti – le propriétaire -, ancien policier de la ville de Crans-Montana, est désormais jugé dans cette affaire. Il a été convoqué pour un interrogatoire le 9 février.
Cette nouvelle n’a surpris aucun des participants à l’essai. Dès le début, de nombreux avocats et familles des victimes estiment que les responsabilités sont nombreuses dans ce drame… Au vu des différents contrôles effectués au bar Constellation, l’agent de sécurité a constaté des failles de sécurité, et la municipalité ne pouvait les ignorer.
BFMTV a pu consulter les documents que la municipalité de Crans-Montana a adressés à la justice.
Les erreurs identifiées n’ont pas été corrigées
Cet ancien agent de sécurité a signé deux « rapports d’inspection » pour Constellation. Il s’agit de la dernière des « inspections périodiques », où doivent être vérifiées les mesures de « sécurité incendie » des commerces de la commune. Pour rappel, ces contrôles doivent être effectués annuellement. Or, dans Constellation, il n’y en a eu que trois en 10 ans, la dernière datant de 2019.
Dans les deux derniers rapports, pour 2018 et 2019, l’inspecteur de sécurité constate de nombreuses failles de sécurité.
Lors de son examen en 2018, il a révélé au moins sept erreurs. Le rez-de-chaussée est en bois, alors qu’aucun matériau « combustible » n’est requis pour l’évacuation. L’une des sorties de secours ne mène pas directement à l’extérieur, comme recommandé, mais au centre commercial. Les portes d’entrée ne s’ouvrent pas vers l’extérieur pour faciliter l’évacuation.
Au niveau des équipements, le rapport montre qu’il n’y a pas de détecteurs de fumée, que les extincteurs ne sont pas fixés et qu’il n’y a aucun panneau indiquant leur emplacement.
De plus, la fonction des « panneaux de sortie de secours » n’a pas été testée. Enfin, les travailleurs ne sont pas « formés et instruits » en matière de gestion des incendies. Vous devez faire des « tests de suppression ».
Limiter l’accès à la base installée
A la fin de son rapport, l’officier demande à Julien Beytrison, alors propriétaire, de régler le problème. Il ordonne également que les personnes présentes sur les lieux n’atteignent que 100 personnes au sous-sol, 100 dans la chambre haute et 50 dans le fumoir.
L’agent de sécurité donne trois mois au propriétaire pour mettre en place des « contrôles périodiques », équiper la porte d’entrée d’une poignée « anti-panique » (ces barres sont placées sur la porte pour l’ouvrir) et rendre compatible le fumoir.
Le Constellation est à nouveau revu en 2019. Et les défauts évoqués sont les mêmes, à une exception près : la poignée anti-panique est apparemment installée en ce moment sur la porte d’entrée. Malgré ces lacunes, en 2018 comme en 2019, l’inspecteur de sécurité de la ville a recherché des informations « POSITIFS ».
A cette époque, Jacques Moretti, qui fait désormais l’objet d’une enquête pour « assassinat par négligence, coups et blessures par négligence et incendie par négligence », était le gérant du bar. Le Corse a acheté les murs du Constellation en 2022 à Julien Beytrison, qui en a hérité de son père.
L’ancien inspecteur de sécurité mentionne également dans un autre document que « les mesures de protection contre l’incendie relèvent de la responsabilité du propriétaire du produit ».
Mais le 5 janvier, Julien Beytrison affirmait que « son père n’avait que des murs, et il leur louait un local non cuisiné. Il payait l’aération et le chauffage mais tout le reste était à la charge des gérants ».
Le fameux « silence » de la mairie
Il n’y a aucun document que nous ayons pu demander, la mousse contre le bruit, le pétrole qui déclenche la catastrophe, semble être une source d’inquiétude.
Ainsi en 2016, les Moretti qui gèrent le bar et le propriétaire Julien Beytrison ont demandé à modifier l’heure de fermeture du bar. Ils souhaitent allonger les horaires du soir, de minuit à 2 heures du matin. A l’époque, plusieurs voisins avaient tenté de s’opposer à ce changement d’horaire.
Dans une lettre datée du 5 avril 2016, le conseil municipal de l’époque répondait aux plaignants qu’il acceptait la demande de changement d’heure « parce qu’un travail important d’insonorisation a été effectué dans le bâtiment lors de rénovations ».
Quelques mois avant l’accident, M. Morettis avait demandé de prolonger l’horaire jusqu’à 3 heures du matin, heure à laquelle un « expert acoustique » serait envoyé par le Conseil municipal. Il dira le 15 septembre 2025 que le bar « est globalement conforme aux exigences », ne reconnaissant pas le risque causé par les bulles.
La porte « de service » doit être une porte de secours
D’ailleurs, dès 2015, alors que Jacques Moretti venait de reprendre la direction du bar Le Constellation, Julien Beytrison avait demandé un « permis de construire » pour agrandir le bar.
Pendant ce temps, les pompiers cantonaux gèrent le domaine. Il offre de bonnes idées et conditions, notamment que « la porte ouest existante sera utilisée comme issue de secours et comme voie d’évacuation à l’intérieur de l’emplacement actuel et reconnue comme telle ». La « porte ouest » est une porte de service commune qui n’est pas répertoriée comme porte de secours.
La soirée de l’événement était close, et Cyane Panine s’est retrouvée coincée derrière elle, avec d’autres personnes qui n’ont pas survécu.