« Formés à vendre du vent » : toutes les plaintes déposées après des soupçons sur la pyramide de Ponzi
Trente-cinq groupes commerciaux, plus de 20 millions d’euros et environ 980 salariés… Comme beaucoup d’autres, Jérémy* a été séduit par les chiffres impressionnants affichés par le Groupe Closers sur son site Internet et dans ses publicités. Installé à l’étranger et ne revenant en France que quelques mois par an, l’ancien conseiller financier a trouvé une offre du groupe Yes.
L’offre est attractive : travail « local » (vendeurs à distance, travailleurs à domicile) accessible au plus grand nombre, travail flexible et stable, et revenus accrus.
Le quadragénaire a été interrogé à deux reprises par téléphone et a appris que pour intégrer la nature, il devait suivre un cours obligatoire qui coûte environ 2 500 euros et est proposé par l’organisme Citron Formation. Pour le convaincre, l’enquêteur lui propose d’utiliser les prêts dont il dispose Son Compte Personnel de Formation (CPF). Il a déclaré : « Si je devais donner de l’argent, je ne le recevrais pas, mais je n’avais jamais utilisé le CPF auparavant. »
Jérémy démarre, suit ces formations qu’il qualifie d’inutiles en raison de son expérience antérieure dans la vente, puis il entre dans l’écosystème Closers. Et ils deviennent vite frustrés lorsqu’ils se rendent compte que la seule façon de gagner de l’argent est de vendre les mêmes cours aux nouvelles recrues : « Je savais que c’était une pyramide de Ponzi ». Quelques semaines après avoir rejoint le groupe, il décide de quitter le groupe.
Le 1er décembre, avec sept autres personnes, ils ont déposé toutes les plaintes contre Closers Group, Closers LLC, Citron Formation et Consumedias, confirment des sources, après information de Marianne.
Ensemble, les huit plaignants dénoncent des « fraudes collectives », des « fraudes commerciales », des « opérations boule de neige », des « activités professionnelles illégales », des « opérations cachées » et une « association de malfaiteurs ».
3 000 victimes potentielles
Leur avocat, Me Charles Morel, estime qu’environ 3 000 personnes ont déjà été victimes du dispositif et que le préjudice économique s’élève à « plusieurs millions d’euros ». Selon lui, les plaignants « ont chacun une histoire unique et un point commun : ils recherchent de l’argent, dans de nombreux problèmes financiers, ou parfois ils croient voir la possibilité d’un redressement ».
Publicités sur LinkedIn, publicités sur les réseaux sociaux… Les auteurs utilisent de nombreuses méthodes pour envoyer « des publicités qui montrent des pratiques commerciales frauduleuses, très attractives, dans l’espoir d’obtenir un profit important et rapide », explique l’avocat.
Après avoir suivi ce que Me Charles Morel qualifie de cours « sans rapport, ni vérification, ni technologie », qui sont habituellement payés avec leurs prêts CPF, les nouveaux entrants découvrent l’existence de plusieurs groupes de vente, et que la plupart d’entre eux ne permettent pas de gagner de l’argent réel.
Jérémy raconte : « Je me suis retrouvé à vendre des cours d’intelligence artificielle à trois grand-mères retraitées et à un chauffeur routier qui n’y connaissaient rien.
Il dit avoir alors compris que le seul moyen de récolter des fonds était de rejoindre le groupe Closers University pour vendre les cours de Citron pour environ 2 500 euros. Des produits qui peuvent présenter des avantages environnementaux significatifs. « Ils se rendent compte qu’ils sont formés pour vendre du vent, pour recruter des gens qui suivent le même cursus, pour vendre leur formation », explique Me Charles Morel, expliquant à propos de une combine à la Ponziinterdit par la loi.
« Tu mens, comment peux-tu faire ça ? »
Pour Lucie*, qui a elle aussi parcouru la galaxie Closers et envisage de porter plainte, c’est un mot de son mari, qui était là alors qu’il tentait de vendre par téléphone une éducation à une femme enceinte, qui lui a ouvert les yeux. « J’étais au téléphone, il écoutait et il m’a dit : ‘Mais tu mens, comment peux-tu faire ça ?’. Je lui ai dit ‘oui, je sais’.
Lucie et Jérémy expliquent avoir également été témoins d’événements scandaleux lors de réunions en visioconférence avec les dirigeants de Closers. Lucie raconte : « J’ai vu des sexagénaires pleurer en pleine réunion. Ils disent qu’ils ont essayé de parler à la direction et qu’ils les ont chassés.
Parmi les plaignants, certains décrivent qu’ils se sentent floués financièrement et émotionnellement. « Ils sont très soucieux du respect qu’ils ont pour eux-mêmes. » Ils se demandent ‘comment ai-je été dupe ?' », explique clairement Me Charles Morel.
Jérémy a déclaré : « Certaines personnes à qui on avait promis des bénéfices miraculeux se retrouvent endettées et font face à de graves problèmes.
Appel de deuxième classe en préparation
Contacté, l’un des co-fondateurs du Groupe Closers, Romain Baillet, souligne que l’accès aux missions commerciales et aux volumes leaders « est déterminé par les besoins des entreprises clientes et la capacité de travail des équipes disponibles au moment donné ».
« Closers Group s’oppose à tout regroupement à caractère frauduleux, pyramidal ou organisé au sens des qualifications évoquées », nous a-t-il déclaré, précisant n’avoir reçu « aucune information de la part des autorités compétentes ou des juges ».
Même communiqué de Citron Formation, dont la dirigeante Eugénie Halgrain rejette catégoriquement la « confusion des événements » entre l’organisation et le Groupe Closers, ainsi qu’« un groupe d’administrateurs » et « la fusion en un système unique et organisé ». La formation proposée « n’est pas proposée par Citron Formation comme une opportunité d’obtenir un emploi précis, un emploi ou une somme d’argent », précise-t-il.
A notre connaissance, une deuxième plainte est en préparation contre les mêmes institutions, tandis que dix nouveaux plaignants se sont récemment manifestés.