Paris : les éducateurs d’un foyer rasent la tête d’un enfant en guise de punition, une enquête ouverte
Dans une vidéo sur Whatsapp, des éducateurs d’un foyer d’aide à l’enfance à Paris se sont filmés en train de raser la tête d’un garçon de huit ans, ont révélé ce mardi nos confrères de franceinfo. Le parquet de Paris a ouvert une enquête.
–>Sur les deux vidéos postées et que franceinfo a pu consulter, on voit Eliott assis sur une chaise, torse nu, dans une chambre d’un foyer d’aide à l’enfance (ASE) du 13e arrondissement de Paris. Une éducatrice se tient derrière l’enfant, une tondeuse à la main. Eliott a la moitié de la tête rasée. L’éducateur qui le filme lui dit :« Nous allons vous traiter de double-face » . Un enfant témoin de la scène s’exclame « On dirait Aladdin ! »<!–>
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(!–>Se moquer dans un groupe Whatsapp professionnel<!–>
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(!–>Dans la deuxième vidéo, le petit garçon a cette fois la tête entièrement rasée. Les deux scènes tournées ce jour-là sont partagées sur une boucle WhatsApp dédiée aux éducateurs qui travaillent dans la section 6-10 ans où habite Eliott. Ce petit garçon a été placé dans ce foyer sur décision d’un juge des enfants. Les messages en réaction aux vidéos et que franceinfo a pu consulter montrent qu’Eliott n’a pas demandé à se faire raser la tête, que personne – les parents du garçon ou les responsables du foyer – n’a donné son accord et que cette tonte est présentée comme une sanction à l’encontre de l’enfant. Par exemple, un éducateur demande aux auteurs des vidéos s’ils ont« vu avec les parents pour le raser proprement ? » . On lui répond :« Non, nous avons pris la décision sans consulter personne » . Un autre éducateur relance alors la conversation en demandant si c’était la demande d’Eliott et une encore une autre personne répond laconiquement :« C’est une sanction » . Ce dernier, selon les informations de franceinfo, est celui qui rase les cheveux d’Eliott et que l’on voit dans l’une des vidéos derrière l’enfant. Elle ne précise pas dans la boucle WhatsApp pourquoi Eliott a été ainsi puni. Une ancienne éducatrice de ce foyer parisien a raconté à franceinfo que le petit garçon« ne fait que payer le mal-être de certains éducateurs » voiture« c’est un garçon qui a besoin d’affection »<!–>
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(!–>D’autres éducateurs sont indignés Sur la boucle WhatsApp, les éducateurs prennent conscience de la gravité des faits :« Si c’est une blague, pour rappel, c’est un groupe WhatsApp professionnel et non un groupe d’amis. Si ce n’est pas une blague, c’est très très sérieux » souligne l’un d’eux. Cet avertissement n’effraie pas les responsables, qui répondent par la moquerie. L’un des éducateurs répond : « Mais non, cela lui donne en fait plus d’aérodynamisme »<!–>
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(!–>et compare Eliott au professeur « Charles Xavier », un héros X-Men de l’univers Marvel, chauve.« Quand on regardait ce petit garçon, on avait l’impression qu’il sortait tout juste de chimiothérapie » se souvient, encore choquée, une ancienne éducatrice du foyer.« Eliott avait honte, il était très triste. Il demandait quand ses cheveux repousseraient »<!–>
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(!–>Plusieurs fausses justifications de la direction<!–>
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(!–>Alors qu’elle rend visite à son fils à la maison, quelques jours après que celui-ci ait été rasé, la mère d’Eliott lui demande des explications. On lui dit d’abord que le coiffeur s’est trompé et qu’il a voulu égaliser la coupe. La mère n’a appris la réalité que quelques mois plus tard, fin septembre, lorsqu’elle a découvert les vidéos. Là, le foyer géré par l’association Jean Cotxet lui donne une nouvelle explication : la nouvelle directrice – qui a pris ses fonctions début septembre, environ six mois après les faits – explique qu’Eliott avait des poux et que les salons de coiffure ont refusé de l’accueillir pour lui couper les cheveux. Une justification donnée également par les chefs de service du foyer et par les éducateurs des autres tranches d’âge du foyer, qui n’ont pas accès à la boucle WhatsApp dédiée aux éducateurs des 6-10 ans. En interrogeant les coiffeurs qui s’occupent habituellement d’Eliott, sa mère se rend compte que c’est aussi un mensonge. Ils lui assurent qu’ils n’ont jamais refusé de couper les cheveux d’Eliott.<!–>
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(!–>Au même moment, fin septembre, selon les informations de franceinfo, l’éducatrice qui a rasé la tête du petit garçon a pris un arrêt maladie et en a profité pour appeler la maman d’Eliott. Elle lui assure qu’elle n’est pas responsable de ce qui s’est passé, qu’il s’agit d’un concours de circonstances et que ce que l’on voit sur les vidéos ne reflète pas les faits tels qu’ils se sont réellement déroulés. De son côté, l’avocat de la mère d’Eliott envoie un mail au juge des enfants pour signaler« des actes d’abus » . Le magistrat accuse réception du mail, sans donner suite depuis.« On place des enfants pour les protéger et finalement, on se rend compte que sur des vidéos prises par des tiers censés s’occuper d’eux, on se moque de l’enfant et on se retrouve avec un petit garçon qui a peur pendant plusieurs semaines »<!–>
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(!–>déplore Me Axel Delaunay-Belleville au micro de franceinfo.<!–>
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(!–>La ville de Paris saisit la justice Contactée par franceinfo, la mairie de Paris affirme avoir « pris note avec consternation » faits.« Ni le consentement de l’enfant, ni l’autorisation de sa mère, ni les tentatives infructueuses pour se débarrasser des poux ne peuvent justifier cette pratique humiliante » ajoute-t-elle. Le service solidarité de la Ville de Paris affirme avoir été« informé très tard des faits (en septembre 2025) »<!–>
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(!–>. L’association Jean Cotxet qui gère le foyer,« vient d’apporter les premiers éléments de réponse au service solidarité, expliquant notamment le changement de chef de service, le renouvellement de l’équipe concernée » affirme également la mairie de Paris. En conséquence, la communauté s’est emparée « sans plus tarder » l’autorité judiciaire et envisage de se constituer partie civile. Le parquet de Paris a ouvert une enquête« violences intentionnelles sur mineur de moins de quinze ans par personne ayant autorité »<!–>
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(!–>. Parallèlement, une enquête administrative a été menée, conduisant déjà au renouvellement de l’équipe dirigeante de la structure. Eliott« veut rester dans ce foyer et dit s’y sentir bien malgré l’épisode violent de février » assure également la Ville de Paris, et « Sa mère a également été incitée à porter plainte. »<!–>
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(!–>Elle le fera dans les prochains jours, a indiqué mardi sur franceinfo Me Axel Delaunay-Belleville, son avocat. Cette dernière estime que les faits reprochés aux éducateurs portent sur du « harcèlement » et des « violences psychologiques » et qu’une enquête doit être ouverte pour déterminer les responsabilités de chacun, « car tout le monde se renvoie la balle ».<!–>
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Les numéros gratuits pour les enfants en danger sont le 119 et le 114. © Radio France – Radio France