La France prépare le supercalculateur classé le plus rapide d’Europe pour l’IA de défense
PARIS La France envisage de construire le supercalculateur classifié le plus puissant d’Europe pour prendre la tête de l’intelligence artificielle à des fins de défense, a annoncé le ministre des Armées Sébastien Lecornu lors du salon de la défense Eurosatory.
Le ministère des Armées mettra du temps de calcul à la disposition du ministère de l’Enseignement supérieur et d’autres services gouvernementaux, et permettra également aux entreprises françaises de défense d’exploiter des solutions d’IA dans un environnement sécurisé et protégé, selon Lecornu. Lecornu a déclaré qu’il ne fournissait pas de détails sur la capacité du super calculateur pour les applications d’IA, prévu pour 2025.
La France a annoncé en mars son intention de réaffecter 2 milliards de fonds du budget de la défense 2024-2030 à l’intelligence artificielle. Lecornu a déclaré que l’IA sera un facteur de différenciation entre les pays, créant une rupture entre ceux qui sont laissés pour compte et ceux qui parviennent à s’accrocher.
L’enjeu pour l’équipe de France est évidemment de figurer parmi ceux qui se démarquent dans ce domaine, a déclaré Lecornu. En matière d’IA militaire, nous serons bien la puissance européenne la mieux préparée, celle qui y consacrera le plus de ressources.
La France, avec son armée qui se déploie opérationnellement, sera capable de développer non pas une IA théorique mais une IA de combat, et cela va fondamentalement changer la donne.
EN RAPPORT
Lecornu a déclaré que cette technologie est déjà utilisée partout dans l’armée française, l’obusier César utilisant l’IA pour faciliter l’acquisition de cibles par drone, un développement résultant des besoins des artilleurs ukrainiens dans leur guerre contre la Russie, tandis que l’armée de l’air utilise l’intelligence artificielle. en formation de pilote.
En termes de partage de capacités avec des applications civiles, le ministère utilisera le même modèle que celui utilisé par le Commissariat à l’énergie atomique français dans les années 1960, a précisé Lecornu. Le ministère des Armées a annoncé en mars la création d’une agence ministérielle chargée de l’intelligence artificielle dans la défense, connue sous son acronyme français Amiad.
C’est une telle révolution, l’intelligence artificielle, à bien des égards aussi profonde que l’atome au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, a déclaré Lecornu. La particularité de notre métier est qu’il est impensable de faire fonctionner l’IA sur du matériel potentiellement classifié dans un réseau qui n’est pas totalement sécurisé.
La France n’est pas le seul pays à avoir identifié l’IA comme une priorité militaire. Les dépenses du département américain de la Défense en matière d’IA ont presque triplé au cours de la période d’un an se terminant en août 2023, pour atteindre 557 millions de dollars, selon analyse de la Brookings Institution publié en mars.
Le supercalculateur le plus rapide d’Europe est le LUMI de Finlande, avec une performance de 380 pétaflops/s, soit 380 quadrillions d’opérations en virgule flottante par seconde, ce qui le place au cinquième rang mondial, selon le Classement Top500 dès juin. Deux des supercalculateurs les plus puissants au monde utilisent l’architecture d’Eviden, une unité de la société française Atos : Leonardo en Italie et MareNostrum en Espagne.
L’un des défis auxquels la France est confrontée est de retenir les ingénieurs qualifiés, face à la concurrence d’entreprises technologiques telles que Google et Apple qui offrent de meilleurs salaires, a déclaré Lecornu. La rétention des talents est une question de souveraineté, et c’est un problème que l’agence de l’IA s’attaquera, selon le ministre, qui n’a pas fourni de détails sur la manière d’y parvenir.
Rudy Ruitenberg est correspondant européen de Defence News. Il a débuté sa carrière chez Bloomberg News et possède une expérience en matière de reportage sur la technologie, les marchés des matières premières et la politique.