La France envoie d’urgence des renforts de police en Nouvelle-Calédonie

La France a annoncé jeudi qu’elle enverrait des forces de sécurité supplémentaires en Nouvelle-Calédonie après avoir imposé l’état d’urgence après trois nuits d’affrontements sur son territoire du Pacifique qui ont fait cinq morts et des centaines de blessés.

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Les protestations majoritairement autochtones contre le projet français d’imposer de nouvelles règles électorales sur l’archipel ont dégénéré en violences les plus meurtrières depuis les années 1980.

Un gendarme a été tué jeudi, a indiqué le ministre français de l’Intérieur Grald Darmanin, portant le bilan à cinq morts, dont deux gendarmes.

Une source policière a indiqué à l’AFP que le gendarme avait été tué jeudi par un tir ami.

Le Premier ministre français Gabriel Attal a déclaré que Paris enverrait « environ 1 000 agents de sécurité intérieure supplémentaires » en Nouvelle-Calédonie, s’ajoutant aux 1 700 sur le terrain et demanderait « les sanctions les plus sévères pour les émeutiers et les pilleurs ».

Attal a annoncé mercredi soir l’état d’urgence, qui est entré en vigueur jeudi à 5 heures du matin, heure locale, en Nouvelle-Calédonie.

Les mesures d’urgence donnent aux autorités de plus grands pouvoirs pour lutter contre la violence, y compris la possibilité de placement en résidence surveillée pour les personnes considérées comme une menace à l’ordre public, et des pouvoirs élargis pour procéder à des perquisitions, saisir des armes et restreindre les déplacements, avec une éventuelle peine de prison pour les contrevenants.

TikTok avait été interdit parce qu’il était utilisé par des manifestants, a déclaré Attal.

La dernière fois que la France a imposé de telles mesures à l’un de ses territoires d’outre-mer, c’était en 1985, également en Nouvelle-Calédonie, a indiqué le ministère de l’Intérieur.

La Nouvelle-Calédonie, située entre l’Australie et les Fidji, à environ 17 000 kilomètres (10 600 miles) de Paris, est l’un des nombreux territoires du monde qui font toujours partie de la France à l’ère postcoloniale.

Des émeutes ont éclaté à cause d’un nouveau projet de loi, adopté mardi par les législateurs à Paris, qui permettra aux résidents français vivant en Nouvelle-Calédonie depuis 10 ans de voter aux élections provinciales, une décision que certains dirigeants locaux craignent comme diluant le vote autochtone kanak.

Les protestations majoritairement autochtones contre le projet français d’imposer de nouvelles règles électorales sur l’archipel ont dégénéré en violences les plus meurtrières depuis les années 1980.

Des magasins et des entrepôts « anéantis » par les troubles

Dans la capitale Nouma, un incendie criminel présumé aurait eu lieu dans le bâtiment abritant un organe consultatif du peuple kanak, a indiqué son personnel, même si l’étendue des dégâts n’a pas été immédiatement établie.

Les forces de sécurité ont placé cinq meneurs présumés en résidence surveillée, selon le haut-commissariat qui représente l’État français en Nouvelle-Calédonie.

Plus de 200 des quelque 5 000 « émeutiers » du grand Nouma ont été arrêtés, a indiqué le haut-commissariat.

Il a ajouté que « des gens ont tendu une embuscade aux agents des forces de l’ordre » avec « des tirs soutenus avec des fusils de chasse ».

Les autorités ont fait état jeudi matin d’une troisième nuit d' »affrontements », même si les correspondants de l’AFP à Nouma ont indiqué que la situation semblait plus calme que les nuits précédentes.

Entre 80 et 90 pour cent du réseau de distribution alimentaire de Nouma, des magasins aux entrepôts et aux grossistes, a été « anéanti », a déclaré le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI), David Guyenne.

« La structure de l’économie de la Nouvelle-Calédonie a été mise à mal », a-t-il ajouté.

Le haut-commissariat a déclaré que la France était en train d’établir un « pont aérien » pour amener des troupes, des renforts de police et des fournitures essentielles à la population.



Statut spécial

Si la Nouvelle-Calédonie a rejeté à trois reprises l’indépendance lors de référendums, la cause conserve un fort soutien parmi le peuple kanak, dont les ancêtres vivent sur les îles depuis des milliers d’années.

Colonisée par la France à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, elle bénéficie d’un statut particulier, contrairement aux autres territoires d’outre-mer du pays.

Les législateurs français ont avancé mardi un projet visant à permettre aux étrangers installés en Nouvelle-Calédonie il y a au moins 10 ans de voter aux élections du territoire.

Les forces indépendantistes affirment que cela diluerait le vote des Kanaks, qui représentent environ 40 pour cent de la population.

La réforme du vote doit encore être approuvée par une séance commune des deux chambres du Parlement français.

Le président Emmanuel Macron a déclaré que les législateurs français voteraient en faveur de l’adoption du changement constitutionnel d’ici la fin juin, à moins que les parties opposées en Nouvelle-Calédonie ne parviennent à trouver un nouvel accord.

Mais une visioconférence prévue jeudi a été abandonnée car « les différents acteurs ne voulaient pas se parler pour l’instant », a indiqué son cabinet.

(FRANCE 24 avec AFP, AP et Reuters)

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