Les trafiquants de drogue français portent la violence à un nouveau niveau avec une embuscade dans un fourgon de prison

Une attaque sur une autoroute qui a coûté la vie à deux gardiens de prison en France cette semaine marque un nouveau niveau de violence de la part de la dernière génération de trafiquants de drogue, ont déclaré à l’AFP des policiers et des experts.

Publié le:

3 minutes

Mardi, des hommes armés ont attaqué un fourgon de prison à un péage d’autoroute dans le nord de la France, tuant deux gardiens de prison et libérant un condamné lié à des meurtres de gangs liés à la drogue.

Les officiers qui gardaient Mohamed Amra, 30 ans, étaient armés de pistolets tandis que les assaillants attaquaient avec des armes d’assaut de qualité militaire.

Les meurtres et la fuite dramatique des auteurs, qui ont utilisé une Peugeot volée pour percuter le fourgon de la prison, ont choqué la France.

« Je n’avais jamais rien vu de pareil », a déclaré à l’AFP un ancien policier, Jean-François Maugard.

En savoir plusCe que nous savons de Frances The Fly et de son évasion mortelle d’un fourgon de prison

L’ancien commandant de division a passé près de 25 ans au sein de la brigade anti-criminalité organisée de la police judiciaire parisienne, traquant notamment le braqueur de banque italien Antonio Ferrara et Redoine Faid, un criminel de carrière surnommé le « roi de l’évasion ».

« Ce n’est même pas du banditisme, parce que le banditisme, ce n’est pas ça. En fait, nous entendons des gros escrocs qui ne comprennent pas du tout (cela) », a déclaré le policier aujourd’hui à la retraite.

Selon les images des caméras de surveillance au péage, les portières de la voiture se sont ouvertes et plusieurs hommes armés vêtus de noir en sont sortis. Une fusillade s’est ensuivie et un homme a semblé être éloigné de la camionnette par les hommes armés.

Les gardiens de prison décédés étaient les premiers à être tués dans l’exercice de leurs fonctions depuis 1992.

« Une étape très inquiétante a été atteinte, avec une attaque à grande échelle avec presque une colonne d’assaut, des armes de guerre et aucune chance donnée aux agents pénitentiaires », a déclaré Grégory Joron, secrétaire général du syndicat de police UN1TE.

Les millions générés par les importations de drogue « génèrent une énorme quantité de ressources, qui sont également utilisées pour militariser le trafic », a-t-il déclaré.

Mercredi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a condamné la « barbarie » de cet attentat, estimant qu’il s’agissait du dernier exemple en date de la « sauvagerie qui affecte notre société ».

« Désir de tuer »

L’attentat d’Incarville n’est pas sans rappeler les vols de blindés des sociétés de transport de fonds, devenus rares depuis la fin des années 2000.

Dans ces cas-là, « en général, ils tiraient pour étourdir, il y avait cette volonté de ne pas tuer », raconte Frédéric Ploquin, auteur de nombreux ouvrages sur le banditisme.

« Dans ce cas, non seulement il n’y a pas de souci d’épargner des vies, mais on a même l’impression qu’il y a une volonté de tuer tout le monde, comme dans un jeu vidéo. »

Amra, connu sous le nom de « La Mouche », a un long historique de condamnations pour crimes violents qui ont commencé alors qu’il n’avait que 15 ans.

« C’est un pur produit de la start-up que représente aujourd’hui le trafic de drogue en France. On devient chef de gang à 30 ans, donc on n’a pas forcément eu le temps de réfléchir et de mûrir », estime Ploquin.

Il a établi des parallèles avec les dirigeants des gangs de drogue Yoda et DZ Mafia qui se battent pour le contrôle des points de deal dans la ville méridionale de Marseille.

« Ces types oseront tout faire », a déclaré un enquêteur chevronné spécialisé dans le crime organisé, sous couvert d’anonymat.

« Nous avons une génération qui a grandi avec la drogue et une violence extrême. »

« Externaliser la mort »

L’incident s’est produit le jour même où le Sénat français publiait un rapport accablant avertissant que les mesures gouvernementales n’avaient pas réussi à empêcher l’essor de l’industrie des stupéfiants en France.

Une commission d’enquête sénatoriale a pointé du doigt « l’ubérisation » du trafic de drogue – en référence à la facilité d’accès au produit – et une recrudescence des violences liées à la concurrence entre bandes criminelles.

Maugard a suggéré que l’assaut aurait pu être organisé par « l’équipe de dealers des évadés » venue secourir « le chef du réseau qui les maintient en vie ».

« Ils réagissent de manière clanique. Il n’y a aucun contrôle ni filtre », a-t-il déclaré.

Selon l’enquêteur chevronné, cette agression est « le signe de la puissance financière considérable des trafiquants de drogue, capables de mettre de l’argent sur la table pour payer une équipe ».

Ce domaine était auparavant l’apanage des gangs sud-américains, a déclaré Ploquin.

« À partir du moment où vous externalisez la mort comme si vous externalisiez une livraison, vous avez agi en partant du principe que la mort est un produit comme un autre ».

(AFP)

www.actusduweb.com
Suivez Actusduweb sur Google News


Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite