La France va déclarer l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie alors que les troubles deviennent meurtriers

Le bureau du président français Emmanuel Macron a déclaré mercredi que l’état d’urgence serait déclaré après la mort d’au moins trois personnes en Nouvelle-Calédonie, au milieu de violentes manifestations qui ont éclaté suite à l’adoption d’une réforme constitutionnelle qui a provoqué la colère des forces indépendantistes.

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« Le président a demandé que le décret visant à déclarer l’état d’urgence en Nouvelle-Calédonie soit inscrit à l’ordre du jour » d’un conseil des ministres cet après-midi, a indiqué l’Elysée dans un communiqué.

Macron a averti que toute nouvelle violence entraînerait une réponse « inflexible » et a appelé à une reprise du dialogue politique pour mettre fin aux troubles. Le Premier ministre français Gabriel Attal a déclaré que la France envoyait des renforts de sécurité qui arriveraient dans les prochaines heures.

Les troubles ont éclaté après que les législateurs français ont approuvé un projet de loi étendant le droit de vote aux élections provinciales aux résidents arrivant de France métropolitaine, un changement qui, selon les critiques, pourrait marginaliser les peuples autochtones et profiter aux politiciens pro-France.

Après des débats longs et parfois tendus, l’Assemblée nationale à Paris a adopté la réforme peu après minuit, par 351 voix contre 153.

Le président français Emmanuel Macron a annulé mercredi matin une visite prévue en Normandie pour présider des pourparlers sur la sécurité nationale au niveau du cabinet sur la crise, a indiqué son bureau.

Les manifestations sont devenues violentes lundi soir, avec des coups de feu contre les forces de sécurité, des véhicules incendiés et des magasins pillés, ce qui constitue les pires troubles que l’outre-mer français ait connu depuis les années 1980.

En réponse, les autorités ont déployé un important contingent de sécurité, imposé un couvre-feu, interdit les rassemblements publics et fermé l’aéroport principal.

Le ministre français de l’Intérieur, Grald Darmanin, a déclaré mercredi que les autorités n’avaient pas encore établi les « circonstances » qui ont conduit à la mort d’une personne par balle dans la nuit de mardi à mercredi, et que des dizaines de maisons et d’entreprises ont été incendiées lors d’émeutes liées à la colère contre les réformes constitutionnelles. .

Les autorités françaises sur le territoire ont indiqué que plus de 130 personnes ont été arrêtées et plus de 300 blessées depuis lundi dans les violences.



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« Plus de 130 arrestations ont été effectuées et plusieurs dizaines d’émeutiers ont été placés en garde à vue et seront traduits devant la justice », a indiqué le Haut-commissariat français de la République en Nouvelle-Calédonie dans un communiqué mercredi matin.

Qualifiant les « graves troubles publics » de persistants, le Haut-commissariat a dénoncé les pillages et les incendies généralisés d’entreprises et de biens publics, notamment d’écoles.

Il a ajouté que les cours resteraient supprimés jusqu’à nouvel ordre et que l’aéroport principal serait fermé aux vols commerciaux.

Différend sur le droit de vote

Macron cherche à réaffirmer l’importance de son pays dans la région du Pacifique, où la Chine et les États-Unis se disputent l’influence, mais où la France dispose d’une empreinte stratégique à travers ses territoires d’outre-mer, parmi lesquels la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française.

Située entre l’Australie et les Fidji, la Nouvelle-Calédonie est l’un des nombreux territoires français s’étendant des Caraïbes et de l’océan Indien au Pacifique qui font toujours partie de la France à l’ère postcoloniale.

Dans l’Accord de Nouméa de 1998, la France s’est engagée à donner progressivement plus de pouvoir politique à ce territoire insulaire du Pacifique qui compte près de 300 000 habitants.

Aux termes de cet accord, la Nouvelle-Calédonie a organisé trois référendums sur ses liens avec la France, tous rejetant l’indépendance. Mais l’indépendance conserve des soutiens, notamment parmi le peuple autochtone Kanak.

L’accord de Nouméa a également pour conséquence que les listes électorales de Nouvelle-Calédonie n’ont pas été mises à jour depuis 1998, ce qui signifie que les habitants de l’île arrivés de France métropolitaine ou d’ailleurs au cours des 25 dernières années n’ont pas le droit de participer aux élections provinciales.

Le gouvernement français a qualifié d' »absurde » l’exclusion d’une personne sur cinq du droit de vote, tandis que les séparatistes craignent que l’élargissement des listes électorales ne profite aux politiciens pro-français et ne réduise le poids des Kanaks.

« Détermination de nos jeunes »

Les protestations latentes contre les changements prévus dans l’éligibilité des électeurs ont pris une tournure violente lundi soir, avec des groupes de jeunes manifestants masqués ou cagoulés occupant plusieurs ronds-points et affrontant la police, qui a répondu par des salves non meurtrières.

Un groupe d’entreprises a déclaré qu’une trentaine de magasins, usines et autres sites dans et autour de la capitale Nouméa avaient été incendiés, tandis qu’un journaliste de l’AFP a vu des voitures incendiées et des restes fumants de pneus et de palettes en bois jonchant les rues.

Les pompiers ont déclaré avoir reçu environ 1 500 appels dans la nuit et avoir répondu à 200 incendies.

Même après la mise en place du couvre-feu mardi, des actes de vandalisme ont eu lieu dans la nuit, le magasin d’une grande marque de sport ayant été saccagé.

Une rébellion carcérale impliquant une cinquantaine de détenus dans le centre de Camop-Est s’est calmée après que les forces de sécurité ont repris le contrôle, ont indiqué des responsables locaux.

Le chef du parti indépendantiste Daniel Goa a demandé aux jeunes de « rentrer chez eux » et a condamné les pillages.

Mais il ajoute : « Les troubles des dernières 24 heures révèlent la détermination de nos jeunes à ne plus se laisser prendre en main par la France ».

La principale figure du camp non indépendantiste, l’ancienne ministre Sonia Backes, a dénoncé ce qu’elle a qualifié de racisme anti-Blancs des manifestants qui ont incendié la maison de son père, un septuagénaire exfiltré par les forces de sécurité.

« S’il n’a pas été attaqué parce qu’il était mon père, il a au moins été attaqué parce qu’il était Blanc », a-t-elle déclaré sur BFMTV.

(FRANCE 24 avec AFP et Reuters)

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