Sommet d’urgence en Jamaïque pour faire face à la spirale d’instabilité en Haïti
Les envoyés américains, canadiens, français et caribéens se sont réunis lundi en Jamaïque pour faire face à la spirale d’instabilité en Haïti, où la violence des gangs a paralysé la capitale et contraint les diplomates étrangers à évacuer ce week-end.
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Les groupes armés, qui contrôlent déjà une grande partie de Port-au-Prince ainsi que les routes menant au reste du pays, ont semé le chaos ces derniers jours en tentant de renverser le Premier ministre Ariel Henry.
Au pouvoir depuis l’assassinat du président Jovenel Moise en 2021, Henry se rendait au Kenya, à la recherche de soutien pour une mission d’assistance à la sécurité soutenue par l’ONU, lorsque la dernière explosion de violence a éclaté.
Incapable de retourner en Haïti la semaine dernière, il a plutôt atterri sur le territoire américain de Porto Rico, où il est resté lundi, selon un responsable américain.
Le groupe CARICOM des nations des Caraïbes a convoqué ses dirigeants ainsi que les envoyés des États-Unis, de la France, du Canada et des Nations Unies à une réunion à Kingston, en Jamaïque, pour discuter de la crise.
Washington a envoyé son plus haut diplomate Antony Blinken à la réunion, où il devait discuter d’une proposition « développée en partenariat avec la CARICOM et les parties prenantes haïtiennes pour accélérer une transition politique en Haïti », a indiqué le Département d’État.
Le président guyanais Mohamed Irfaan Ali, président actuel de la CARICOM, a déclaré que les pourparlers visant à ramener « la stabilité et la normalité » en Haïti étaient en cours, mais que les parties prenantes haïtiennes « ne sont pas là où elles devraient être ».
« Le temps ne joue pas en leur faveur pour s’entendre sur la voie à suivre », a prévenu Ali dans une vidéo sur les réseaux sociaux, qualifiant les informations en provenance d’Haïti de « désastreuses ».
Les journalistes de l’AFP ont vu des corps gisant dans les rues de Port-au-Prince et quelque 362 000 Haïtiens ont été déplacés de leurs foyers, selon l’Organisation internationale pour les migrations.
Les diplomates fuient
L’Union européenne a annoncé lundi que tout son personnel diplomatique avait été évacué d’Haïti, un jour après que les États-Unis ont annoncé avoir évacué par avion le personnel américain non essentiel de leur ambassade.
Le ministère allemand des Affaires étrangères a par ailleurs indiqué que son ambassadeur était parti dimanche pour la République dominicaine « en raison de la situation sécuritaire très tendue ».
Le personnel des Nations Unies reste en Haïti « pour faire tout ce qu’il peut pour apporter une assistance aux personnes dans le besoin, malgré les risques pour leur propre sécurité », a déclaré le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric.
La police a repoussé vendredi soir les attaques des gangs, notamment contre le palais présidentiel, tandis que plusieurs « bandits » ont été tués, a déclaré Lionel Lazarre du syndicat de la police haïtienne.
Les gangs bien armés ont récemment attaqué des infrastructures clés, dont deux prisons, permettant à la plupart des 3 800 détenus de s’échapper.
Aux côtés de quelques Haïtiens ordinaires, les gangs cherchent à obtenir la démission d’Henry, qui devait quitter ses fonctions en février mais a plutôt accepté un accord de partage du pouvoir avec l’opposition jusqu’à la tenue de nouvelles élections.
Washington a demandé à Henry de mettre en œuvre des réformes politiques urgentes, mais n’a pas demandé sa démission immédiate.
Le Département d’État a déclaré lundi que Blinken discuterait d’une proposition avec la CARICOM visant à « accélérer une transition politique en Haïti grâce à la création d’un collège présidentiel indépendant et à large assise », sans plus de détails.
Des négociations significatives
Le Conseil de sécurité de l’ONU a donné son feu vert en octobre à une mission multinationale de police dirigée par le Kenya, mais ce déploiement a été bloqué par les tribunaux kenyans.
Le conseil a réitéré son soutien à la mission lundi, tout en appelant dans une déclaration toutes les parties prenantes haïtiennes à « s’engager de manière constructive dans des négociations significatives » en vue de nouvelles élections.
Port-au-Prince et ses environs sont soumis à l’état d’urgence depuis un mois, tandis qu’un couvre-feu nocturne est en vigueur jusqu’à lundi, même s’il est peu probable que la police, surchargée, puisse le faire respecter.
L’aéroport d’Haïti est resté fermé tandis que le port principal – clé pour les importations alimentaires – a signalé des pillages et suspendu ses services jeudi.
Les forces de sécurité ont depuis repris le contrôle du port et les bateaux ont pu décharger certaines marchandises, a déclaré le directeur de l’Autorité portuaire nationale, Jocelin Villier.
Il a toutefois averti que le transport des fournitures hors du port restait un défi en raison des problèmes de sécurité sur les routes environnantes.
(AFP)