Une alliance improbable émerge en France en faveur de la légalisation du travail irrégulier

Une faction de la majorité parlementaire du président français Emmanuel Macron et plusieurs personnalités de gauche se mobilisent derrière une campagne visant à régulariser le statut des travailleurs immigrés sans papiers dans les professions en sous-effectif.

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Après que les élections parlementaires de l’année dernière n’ont produit aucune majorité claire, les partis soutenant le camp présidentiel au Parlement ont été contraints de nouer des alliances avec les partis d’opposition de droite et de gauche pour faire adopter une loi.

Depuis, une cinquantaine de lois ont été adoptées, mais le gouvernement a été contraint à plusieurs reprises de contourner le Parlement en invoquant l’article 49.3 de la Constitution, comme dans le cas de la réforme du budget et des retraites.

Mais le prochain projet de loi sur l’immigration, qui sera débattu au Sénat à partir de début novembre, rendra la bataille encore plus délicate.

Le gouvernement, dirigé par la Première ministre Elisabeth Borne et le ministre de l’Intérieur Grald Darmanin, tente toujours de séduire le parti de droite Les Républicains (LR), qui domine le Sénat et a une influence décisive à l’Assemblée nationale.

Cependant, les LR sont fermement opposés à la régularisation des travailleurs exerçant des métiers en pénurie, ce que Darmanin s’est engagé à faire il y a plus d’un an.

Mais si Darmanin se dit toujours favorable à la régularisation du statut de ces travailleurs, il pourrait être tenté d’exclure cette mesure du projet de loi et de la voter par décret afin d’obtenir le soutien de la droite à la loi.

Mais céder aux revendications de la droite ne plaît pas à l’aile gauche de la majorité présidentielle, qui s’est désormais alliée au NUPES, une alliance de gauche fondée par Jean Luc Mlenchon.

Selon eux, la régularisation du statut des travailleurs migrants doit être inscrite dans la loi.

L’initiative est portée par Sacha Houli, député de la Renaissance et président de la commission des lois de l’Assemblée nationale, le leader communiste Fabien Roussel, la sénatrice socialiste Marie-Pierre de la Gontrie et la sénatrice Mlanie Vogel, co-présidente des Verts européens, qui ont publié un article d’opinion commun dans Libration mardi 12 septembre.

Les députés d’Horizon, qui représentent le camp de droite de la majorité présidentielle, ainsi que le groupe de gauche radicale La France Insoumise, ne font pas partie de l’initiative.

Trois mesures

Le groupe demande au gouvernement de prendre trois mesures « pour permettre aux étrangers d’accéder au travail ».

Premièrement, ils demandent au gouvernement de régulariser le statut des étrangers sans papiers travaillant déjà « dans des secteurs en pénurie », comme le bâtiment, les soins infirmiers, la santé publique et les services de soins, pour lesquels un permis de séjour devrait être accordé.

« Ces travailleurs sans papiers contribuent à l’économie et à la vie sociale de notre pays. Sans eux, ces secteurs et des pans entiers de notre pays ne pourraient pas fonctionner », soulignent-ils.

Ils souhaitent également « redonner le droit au travail aux demandeurs d’asile », qui sont actuellement soumis à « un délai d’attente de six mois avant de pouvoir demander un permis de travail », une règle qui, selon les députés, est préjudiciable à leur leur autonomie et leur intégration.

Troisièmement, ils souhaitent que le gouvernement s’attaque à l’arriéré de demandes à cause duquel « de nouveaux migrants sans papiers apparaissent chaque jour » et demandent « qu’un délai maximum soit fixé pour que l’administration accorde un rendez-vous ».

Cette décision est favorisée par les entreprises, qui sont les premières touchées par les tensions sur le marché du travail.

Houli a défendu mardi la nécessité de « sortir de l’hypocrisie » sur France Inter.

Selon lui, certains députés de droite LR se faufilent dans leurs circonscriptions pour demander une régularisation alors qu’ils s’y opposent au parlement national à Paris.

Un éventuel « 49,3 »

Le projet de loi, présenté par Darmanin, sera examiné par le Sénat à partir de début novembre avant d’être transmis à l’Assemblée nationale début 2024.

Ce qui rend encore plus difficile l’adoption du projet de loi par la procédure parlementaire standard est le fait que la droite exige également que la France soit autorisée à déroger aux lois européennes sur l’immigration. Darmanin décrit comme un « Frexit migratoire » en mai.

Pour éviter que le projet de loi ne soit adopté sans vote, le gouvernement doit s’assurer de l’abstention des députés de gauche – qui ne voteront pas pour en raison du durcissement de la politique d’expulsion – et du soutien de quelques députés de droite et indépendants, tout en en gardant intacte la majorité présidentielle.

(Edité par Benjamin Fox/Zoran Radosavljevic)

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