Liberté, Égalité, Vanité
Qui briefe Emmanuel Macron ? Le président français, formidablement cérébral, bénéficie des services diplomatiques et de renseignement tout aussi formidables de son pays. Alors pourquoi dit-il des choses aussi stupides ? Dans des propos diffusés ce week-end, il a préconisé des garanties de sécurité occidentales à la Russie dans le cadre d’un futur accord de paix. Parlant de la future architecture de sécurité de l’Europe, il a ajouté que l’un des points essentiels que nous devons aborder, comme le président Poutine l’a toujours dit, est la crainte que l’OTAN ne se présente à ses portes et le déploiement d’armes qui pourraient menacer la Russie.
Il a raison sur une chose. Ce sont en effet des points de discussion du Kremlin. Mais voici cinq autres choses que Macron devrait savoir.
Premièrement, la proximité avec l’OTAN n’a rien de nouveau. Les membres de l’Alliance avaient des frontières avec l’Union soviétique : la Turquie au sud et la Norvège au nord. Après 1991, la Russie a hérité de cette frontière avec la Norvège, qui est encore gérée de manière détendue et amicale.
Deuxièmement, Poutine ne s’est pas toujours plaint de l’OTAN. Le président russe a accepté avec joie un accord généreux de l’alliance lors de son sommet de Rome en 2002, basé sur la coopération et le partage d’informations. L’empreinte militaire occidentale dans les nouveaux membres orientaux était résiduelle, afin de ne pas inquiéter la Russie.
Troisièmement, les récents problèmes de la Russie avec l’OTAN sont de son fait. Ils découlent de l’ingérence et des méfaits dans son ancien empire et dans d’autres parties du quartier. Cela a amené l’OTAN, à contrecœur et tardivement, à se recentrer sur la défense territoriale. Il a également alimenté de nouvelles demandes d’adhésion. La Suède et la Finlande en sont les exemples les plus clairs : ces deux pays sont maintenant sur le point de rejoindre l’alliance uniquement à cause de la guerre de la Russie en Ukraine.
Quatrièmement, un regain d’intérêt pour le contrôle des armements serait une excellente idée. Mais il ne devrait pas s’occuper uniquement des armes qui pourraient menacer la Russie. La Russie a développé des armes, notamment des missiles de croisière lancés au sol à moyenne portée, des drones sous-marins coupe-câbles et des systèmes lancés dans l’espace à large portée géographique qui menacent les pays occidentaux. L’arsenal d’armes nucléaires à courte portée du Kremlins n’a pas d’équivalent en Occident. Et contrairement aux pays occidentaux, les décideurs du Kremlin font en fait des déclarations explosives et troublantes sur la façon dont leur pays est prêt et disposé à utiliser ces armements.
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Cinquièmement, les garanties de sécurité seront en effet un élément essentiel de tout règlement d’après-guerre. Mais le pays qui en a besoin est l’Ukraine, pas la Russie. L’Ukraine n’a pas attaqué la Russie. Elle l’a simplement concurrencé en montrant qu’un modèle alternatif de développement politique, économique et culturel était possible (et fonctionnait de mieux en mieux). L’Ukraine devrait idéalement devenir membre de l’OTAN une fois les combats arrêtés. La meilleure garantie de sécurité de la Russie est de ne pas attaquer ses voisins de l’ouest et du sud. La menace chinoise ne fera que s’aggraver tant que les décideurs de Moscou maintiendront leur engouement pour Pékin.
Avec un dirigeant qui adopte une vision lucide des problèmes de sécurité de l’Europe et des solutions nécessaires, la France pourrait être la cheville ouvrière de la sécurité des continents. Il combine une perspective mondiale, principalement d’excellentes relations avec les États-Unis, l’adhésion à toutes les structures internationales pertinentes (l’UE, le G7, le Conseil de sécurité des Nations unies) et une capacité militaire largement admirée et très efficace. L’Allemagne, qui, en raison de sa taille et de sa richesse, devrait occuper cette position en Europe, est paralysée par sa culture de sécurité complaisante et superficielle. La Grande-Bretagne, qui a historiquement joué ce rôle, s’est pour l’instant paralysée avec le Brexit.
Mais pour que la France intervienne, il faudrait une dose inacceptable de réalisme, accepter que sur les grandes questions, les Etats-Unis soient l’hégémonie sécuritaire ultime et indispensable de l’Occident. La Grande-Bretagne peut avaler cela. La France ne peut pas. Le résultat est que Macron se démarque, faisant la une des journaux au lieu de façonner l’histoire.
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