Les fantômes de 1968 hantent Macron alors que l’hiver français de mécontentement se profile
Cherchant à capitaliser sur la situation, la coalition parlementaire de gauche NUPES, désormais principal groupe d’opposition, organise dimanche une marche qui, espère-t-elle, sera une grande démonstration de force contre la vie chère et l’inaction climatique.
Jean-Luc Mlenchon, 70 ans, figure de proue fougueuse du principal parti de la coalition NUPES, France Insoumise, a donné le ton cette semaine en comparant la manifestation du dimanche à la marche du 5 octobre 1789 sur Versailles. Considérée comme un tournant dans la Révolution française, une foule en colère a attaqué le Paris royal à cause du prix élevé du pain et a forcé le roi Louis XVI à revenir avec eux à Paris le lendemain.
Des opposants politiques consternés ont souligné que la foule avait décapité deux des gardes du roi et mis leurs têtes sur des pointes. La rhétorique de M. Mlenchon s’apparentait à un appel à l’insurrection, a averti le député centriste Modem Laurent Croizier.
Imperturbable, la députée mlenchoniste Clémentine Autain a déclaré : « L’heure de la confrontation est arrivée.
Sandrine Rousseau, députée de son partenaire de la coalition des Verts, a ajouté : J’espère que ce sera l’étincelle qui déclenchera une grève générale.
Les gens disent depuis des années que les mouvements sociaux sont inutiles, mais nous pouvons voir qu’ils servent à quelque chose, a-t-elle déclaré.
Les nerfs du gouvernement à bout
Épuisé après deux ans de confinements Covid, il est trop tôt pour dire si les Français répondront à l’appel. Mais de tels propos ont mis les nerfs à vif au sein du gouvernement Macron.
La situation est en train d’être militarisée, quand vous mélangez tout, vous obtenez la marche du dimanche. Vous obtenez le fourrage qui a mis le feu au gilet jaune, a déclaré à Reuters une source agitée du cabinet.
Le camp Macron a d’abord minimisé les blocages, le porte-parole Olivier Vran affirmant qu’il y avait des tensions mais pas de pénurie et M. Macron a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une affaire entre une compagnie pétrolière privée et ses travailleurs.
Cependant, avec des milliers de personnes incapables de remplir leurs réservoirs, son gouvernement est finalement intervenu cette semaine, prenant la mesure rare de forcer certains grévistes à reprendre le travail pour ouvrir des dépôts de carburant, une décision qui a exaspéré les syndicats mais a été confirmée par un tribunal vendredi.
Les opposants politiques de droite de M. Macron se sont plaints que c’était trop peu, trop tard.
Pendant deux semaines, il n’y a pas eu de gestion de ce problème, ils étaient dans le déni, a déclaré Eric Ciotti du parti Les Républicains, dont le soutien sera crucial pour M. Macron après que sa formation centriste ait perdu sa majorité parlementaire en juin.
Alors que les sondages suggèrent que jusqu’à deux tiers des Français sont favorables à la réquisition des travailleurs de la raffinerie, cette décision a galvanisé les syndicats, qui y voient un dangereux précédent.